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Dossier de presse

Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2017.
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D'une nuit sur l'autre - Jean-Pierre Andrevon Encres Vagabondes, 15 mai 2017.

Point final, recueil de Sylvie Huguet.

Ce recueil de textes courts (dix-neuf nouvelles de trois à dix pages) nous amène à regarder notre société avec un regard décalé et critique. Maniant avec talent l'humour et l'hyperbole, l'auteure nous pousse à considérer le monde qui nous entoure avec un peu plus de discernement. Dans le registre de la critique sociale, morale et religieuse des Lettres persanes de Montesquieu ou des contes philosophiques de Voltaire, nous avons parfois l'occasion peu banale mais très enrichissante de voyager dans le temps, jusqu'en 4050, ou dans l'espace, sur des planètes comme Vénus ou dans des cités comme Graphipolis, où nos comportements actuels sont observés à grande distance.

Le second degré de la plupart des textes pousse des raisonnements à l'extrême, parfois jusqu'à l'absurde, pour nous faire réfléchir sur les limites de certains principes auxquels nous sommes très attachés comme la liberté ou l'égalité. Ainsi, dans une société où le suicide est interdit, un homme qui a tenté de mettre fin à ses jours est condamné à mort. Ailleurs, un avocat défend des parents sourds qui ont crevé les tympans de leur enfant entendant et conclut ainsi sa plaidoirie: «Je vous demande donc de les acquitter au nom de ce respect des cultures minoritaires qui est l'une des valeurs fondamentales de notre société».

L'enseignement est un domaine présent dans plusieurs textes.
Un étudiant qui a échoué au bac peut attaquer l'état et son avocat est sûr de sa victoire: «J'aurai beau jeu d'objecter à la défense que la notion de mérite est obsolète, inégalitaire et discriminatoire. Le juge me suivra, j'en suis sûr. Voilà un jeune homme qui a été scolarisé seize ans dans un système dont l'ambition proclamée est d'assurer la réussite de tous, dans la diversité et le respect des différences, comme l'affirment les textes officiels. Aux termes de la Constitution, cet objectif relève à la fois de la justice sociale et de l'obligation de résultat. Or, mon client a échoué au baccalauréat en dépit de ses trois tentatives. L'État a donc failli en ce qui le concerne.»
Une agrégée de Lettres n'a plus aucun plaisir à enseigner dans une société où l'étude de la «communication moderne» a remplacé celle du français. Même sa reconversion est devenue compliquée: «Il y a quelques années, j'aurais pu offrir mes services à des éditeurs pour corriger la syntaxe et l'orthographe de leurs écrivains maison. Mais on a banni par décret syntaxe et orthographe parce qu'elles étaient discriminatoires. C'est un débouché que je n'ai plus.» Heureusement, elle trouve beaucoup de plaisir dans son nouvel emploi que je vous laisse découvrir...
Une mère d'élève est convoquée par le principal du collège parce que son fils a des résultats trop brillants. Heureusement, «il n'est jamais trop tard pour corriger les effets d'une éducation élitiste, et nous saurons convertir votre fils aux valeurs de la démocratie.»

Un autre thème qui revient dans plusieurs nouvelles est celui de la montée en puissance de la religion et même l'instauration de son caractère obligatoire.
Un étudiant obligé de préciser quelle est sa religion trouve amusant d'en inventer une sans imaginer une seconde qu'elle puisse rencontrer un aussi grand succès.
Un homme qui vent défendre un ami est contraint de prêter serment et se retrouve lui-même en difficulté en avouant qu'il ne reconnaît aucun livre comme sacré. Une faute impardonnable !
Un enseignant qui s'opposait aux thèses créationnistes est obligé de se cacher parce qu'il a sous-estimé l'irrésistible progression des forces obscurantistes. «De fait, les biologistes ont été récemment sommés, sous peine de révocation, de respecter la lettre du Livre en professant que la création du monde tel que nous le connaissons s'est déroulée en sept jours. Un seul décret du Guide a mis la science hors-la-loi.»

D'autres sujets encore, comme le féminisme, la maternité, les rapports entre les hommes et les femmes, entre les jeunes et les vieux, la place de la culture et du livre dans la société, sont autant d'occasions pour l'auteure de mettre en oeuvre son humour noir et de nous prévenir contre des tendances dangereuses que nous laissons se développer par manque de vigilance.

Bien sûr, la cause animale n'est pas oubliée. Déjà présente dans la plupart de ses livres précédents (des romans comme L'appel du lointain ou des recueils de nouvelles comme Le passage notamment), la défense des animaux, qu'ils soient sauvages ou domestiques, est au coeur de plusieurs des textes regroupés ici. La disparition de certaines espèces au fil des siècles est épinglée dès la première nouvelle. «On ne comptait plus alors sur la planète que cent cinquante éléphants d'Afrique, deux cents tigres et cinquante guépards. Le loup, le jaguar, la girafe avaient disparu avec tant d'autres, mais dans une société qui érigeait sa propre reproduction en fin suprême, s'en inquiéter était devenu politiquement incorrect.» Et dans la dernière nouvelle, qui donne son titre au recueil, ce sont les animaux domestiques qui sont menacés à leur tour. «Un décret fut pris qui interdisait de sortir les chiens en ville, prélude machiavélique à l'éradication totale: à de rares exceptions près, un animal gardé constamment à l'intérieur, sans aucune possibilité de se détendre, pose très vite des problèmes d'hygiène et de comportement générateurs de nuisances. En créant une situation intenable, ce décret, à court terme, devait rendre nécessaires des mesures définitives que l'opinion approuverait. Les chiens, puis les chats, furent donc bientôt interdits sur tout le territoire.»

Les mondes qui nous sont présentés au fil des textes n'ont plus rien de réjouissant mais peut-être n'est-il pas encore trop tard pour en prendre conscience et faire en sorte que le pire ne soit pas inéluctable. C'est évidemment le message de l'auteure dans ce recueil où l'on retrouve avec plaisir sa prodigieuse inventivité en matière de situations portée par une langue toujours aussi bien maîtrisée. Un ouvrage aussi utile qu'agréable à lire. Comme écrivait Jean-Paul Sartre, «on est responsable de ce qu'on n'essaie pas d'empêcher». Sylvie Huguet nous met en garde, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas...

Serge Cabrol

Dix-neuf romans - Jean-Pierre Andrevon

Yozone, 5 mai 2017.

Dix-neuf romans, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Pour ceux qui l'ignoraient encore, Jean-Pierre Andrevon, pierre angulaire de la SF (mais pas que) française, a de l'imagination à revendre. Eh ben pour le coup, il la donne.
L'auteur a entrepris, depuis quelques temps, avec La Clef d'Argent, de ne pas laisser moisir dans ses tiroirs toutes ses idées jetées de manière parfois très détaillées sur le papier. Cela a commencé avec «66 synopsis». Puis l'auteur a fourni la matière première de ses idées, à savoir ses rêves, consignés avec minutie au réveil, dans «D'une Nuit sur l'autre», élégamment sous-titré «Lettres à mon psy» tant certains schémas et éléments sont récurrents, et aident à cartographier les grands axes de son imaginaire onirique (Grenoble, les trains, les femmes...).
Avec «19 romans», il franchit un nouveau pas: au lieu de nous allécher avec des projets qu'il n'aura peut-être pas le temps ou l'occasion de réaliser, il «libère» des histoires, et nous invite, écrivains en herbe, à nous en emparer.
Séparées en 3 catégories, SF, Fantastique et Polar, ces textes sont assez élaborés, le schéma narratif est souvent complets, les ressorts et engrenages nécessaires sont là, il n'y a effectivement plus qu'à y donner un peu plus de corps.
‚a c'est de la SF!
Une première partie très très variée, avec des voyages temporels à grand spectacle mais aussi davantage centrés sur l'aspect psychologique, des questions sur les fondements de l'Humanité, le sens de la vie, et la remise en question de notre ethnocentrisme.
«Le dirigeable des temps perdus»: Sur fond de première Guerre mondiale, un zeppelin s'écrase dans une enclave préservée du temps, rappelant «Le Monde Perdu» de Conan Doyle, pour se conclure sur la folie de nos temps modernes. Un rien daté, avec des archétypes de bons héros sauvant la fille du chef de la barbarie oppressive de son clan, etc...
«L'enfant du temps»: Une histoire de voyage dans le temps, ou comment devenir son propre père. Tous les paradoxes y sont décortiqués.
«Troïdons»: un savant un peu fou ramène des dinosaures, qui lui échappent et sèment la terreur en Amérique, menaçant même la domination humaine. Un rappel que notre situation actuelle est le fruit d'heureux hasards (ou malheureux, cela dépend).
«Des amis fidèles»: se déroulant dans Centrum, l'univers du «Travail du Furet», comment les petites applications et machines peuvent, après nous avoir soutenu, se retourner contre l'Homme devenu corps étranger nocif à son propre environnement. Certainement mon préféré, avec une vraie réflexion sur les dérives de la technologie et des IA dont certains (vous?) sont devenus de plus en plus dépendants.
«Les explorateurs de Cygnus IV»: une expédition revient de l'espace, les 3 astronautes sont arrêtés. Pourquoi? Parce qu'ils sont déjà revenus. Deux fois. Intéressante réflexion sur l'humanité, la conscience de soi et l'éventualité d'une autre forme de vie ailleurs.
«Ovni»: une enquête du FBI sur une disparition/réapparition d'un avion de guerre vingt ans après. Aliens, chamanisme, secrets du gouvernement, tout cela bien goupillé pour donner lieu à un thriller mystico-étrange dans la droite ligne des crânes de cristal.
‚a c'est du fantastique!
Très varié également, ce corpus ne déçoit pas, versant parfois jusque dans l'horreur sans effets superflus, rendant cette prose pourtant épurée d'autant plus efficace.
«La nuit saigne»: un masque démoniaque (pas celui de Jim Carrey pour les cinéphiles plus tout jeunes) sème le trouble et la mort sanglante dans les quartiers interlopes d'une grosse ville de province française. La multiplication des personnages, des intrigues secondaires, des fausses pistes officielles rend ce script très dense et captivant.
«Ogres»: une épidémie, et les gens se mettent à manger leurs voisins. Un homme tente de fuir cette folie, se cache, résiste à s'abaisser à cette horreur, lutte pour sauver une jeune femme, et espère que quelqu'un, quelque part, pourra mettre fin à tout cela. Avec un rendu visuellement dépouillé, cela ferait un excellent film d'horreur sans beaucoup de budget.
«La maison d'Émilie»: revenir passer quelques jours auprès d'une ancienne amante, qui vit isolée de tout, peut s'avérer fatal. Possession, vampirisme psychique, une histoire intemporelle qui n'a donc pas vieilli.
«Le fantôme de la piste zéro»: croisement entre «Cent mille dollars au soleil» et «Duel», un suspense sur une piste africaine, un camion fantôme synonyme de revanche d'un défunt. Dommage peut-être que l'explication finale, assez rationnelle, tienne peu la route (sans mauvais jeu de mots).
«La nuit des petits couteaux»: là encore, le talent de l'auteur pour forger une communauté complexe, riche (ici un petit village de montagne) comme les aime également Stephen King. Ici, les enfants se soulèvent contre les adultes... et c'est sanglant!
«Les ailes de la nuit»: une petite morsure de chauve-souris, et une fille un peu banale devient Vampirella, luttant à sa façon contre le labo qui expérimente dangereusement sur des animaux. Assorti d'un triangle amoureux et d'un message fort contre les industriels prêts à tout par et pour de l'argent, le tout a néanmoins un petit côté vintage qu'il faudrait faire oublier au profit d'un lifting high-tech.
‚a c'est du polar!
Sans doute le tiers le plus faible de ce recueil, à mon goût, car les histoires peuvent paraître davantage datées que ce qui précède (notamment par l'absence des technologies de ces dix dernières années). De plus, à lire à la suite ces scripts dépouillés à l'os, une certaine sensation de redite finit par émerger dans les mécanismes, les rebondissements...
Plus encore que dans la partie fantastique, certains textes ont été travaillés pour l'image, et comme le polar «historique» aux ambiances rétro sont revenus à la mode, il ne faut pas désespérer de voir ces scénarios peut-être refaire surface...
«Snuff movie»: le démantèlement d'un réseau de chair humaine en Europe de l'Est par des journalistes baroudeurs. Un trafic terrifiant, pire que la drogue, pour une justice finale définitive, à la Bronson, faute de tribunal compétent.
«Des vacances aux Caraïbes»: deux plaisanciers aux Caraïbes, lui journaliste, elle flic locale, tombent sur un épave en mer et un naufragé qui ne joue pas franc-jeu...
«La mort sait attendre»: des pilleurs de tombeau égyptien sont victime d'un spectre vengeur: celui du tombeau ou de leur collègue qu'il y ont abandonné? Assez classique, dans la veine d'Agatha Christie.
«Le long chemin de la mort»: une femme d'affaires est l'objet d'une menace diffuse, stressante, qui la pousse à revenir sur son passé en Asie, qu'elle tente d'oublier.
«Six morts sur le Caillou»: La Nouvelle-Calédonie est le cadre d'un projet hôtelier. Mais lorsque les accidents mortels ou presque se multiplient conformément aux menaces d'un sorcier local, est-ce une malédiction ou une machination? Andrevon offre en prime des fins alternatives, plus ou moins morales.
«Eau trouble»: deux anciens amis refont une petite croisière, comme 20 ans avant. Certains événements se répètent, d'autres se font écho, comme la présence d'une jeune femme...
«L'île des morts»: rassemblés sur une île privée au large de la Grande-Bretagne par un industriel et politicien déchu, ses anciens alliés tombent comme des mouches, dans un grand ménage où chacun espère effacer ses traces peu glorieuses. Mais tout ne se passe pas comme prévu... Rebondissements à tiroirs au rendez-vous.
Bien entendu, cette forme ramassée, dépouillée du script n'apporte pas la satisfaction d'une nouvelle ciselée, ni celle du roman mitonné avec soin. Ces textes n'en demeurent pas moins 19 preuves de l'incontestable talent de Jean-Pierre Andrevon pour la conception de ses histoires, sur le fond comme la forme. Un bon écrivain n'est pas qu'un «habilleur», à la plume volubile et fleurie, capable de noircir des pages à la demande, il est aussi et d'abord un bon architecte. Mais à qui veut s'y essayer, Andrevon offre de quoi s'entraîner, et à qui veut analyser en profondeur, il donne les clés de bonnes histoires, bien conçues. Prenez-en de la graine!

Nicolas Soffray

D'une nuit sur l'autre - Jean-Pierre Andrevon

Yozone, 27 avril 2017.

Point final, recueil de Sylvie Huguet.

L'anticipation dystopique n'est pas le pré carré d'une littérature young adult qui la dilue dans des affres sentimentales d'ado en perte de repères. La SF, en temps troublés, sait faire entendre sa voix quant au futur incertain (ou trop certain) qui se profile. Sylvie Huguet, dans ce recueil, s'attache à des sujets qui lui sont chers, mais qui nous concernent tous.
Pas moins de 19 textes dans ces 130 pages. Vous l'aurez compris, la brièveté est de mise, mais elle n'en renforce que davantage le propos.
"L'avenir de l'homme" fait un sort au féminisme extrémiste mais aussi à tout mouvement qui dresserait un groupe social contre un autre, en nous projetant dans un futur lointain, et du point de vue d'un «observateur extérieur», à l'instar de "Des anthropoïdes", nous rappelant que nous ne sommes pas, et c'est sans doute heureux, l'étalon d'intelligence de l'univers que nous prêtons à nous croire. "Épreuves" évoque, dans un texte d'une grande tension, la possibilité de «professionnaliser» la Culture, sorte d'écho très dystopique à "L'Imprévu".
Qu'il s'agisse de railler l'orgueil d'auteurs rêvant de postérité("L'imprévu"), de dénoncer les canons esthétiques des mannequins ("Le crime de Ronsard"), diktat purement masculin, ou encore la déresponsabilisation de tous avec la permanente recherche judiciaire d'un coupable dans "Attention, fleurs méchantes", Sylvie Huguet est capable d'humour, certes noir, et les excès administratifs, la pression de nous faire rentrer des cases, sans que rien ne déborde, sont sa cible favorite. Elle s'en prend à l'éducation dans "Au nom du droit" et "L'héritier", à la religion dans "Lettre à Voltaire" et "Serment"; au droit à partir dans la dignité avec "La Cérémonie", "Morte", "Criminel" et le conclusif "Point final".
L'avenir des plus âgés, dans la société, leur emploi ou même la vie, est également au centre de "Reconversion", monologue désabusé, "Longévité" qui traite de l'insoluble (ou pas) problème des retraites, et rejoint la cause animale dans "Les Templiers d'Adam", lorsqu'un maire de Paris s'en prend aux chiens des retraités pour en faire des boucs émissaires.
Quelle que soit leur forme, ces textes nous placent devant les conséquences proches de nos choix actuels, et nous mettent en garde contre ces «solutions» politiques brandies par les camps de la droite de l'échiquier politique, stigmatisant certains groupes ethniques, sociaux, culturels, générationnels, leur attribuant tous les maux au lieu de chercher des réponses permettant un vivre ensemble au quotidien. Sylvie Huguet y va tantôt avec des gants, montrant les procédés insidieux et détournés, tantôt sans pour nous placer «trop tard», quand ce mal a pris racine et qu'il n'est (ou ne sera) plus possible de faire machine arrière. Quand les «étrangers» ont été mis dehors, que les nouveaux parasites de la société sont les inactifs, retraités ou chômeurs, pauvres de surcroît. Sans aller jusqu'au recyclage extrême de «Soleil Vert» de Harry Harrison, l'autrice nous dépeint un avenir où, d'une façon au d'une autre, on est fortement incité à ne pas s'éterniser, à laisser sa place à plus utile, plus actif... où l'inutilité, l'échec, mais aussi et surtout la différence sont passibles de sanctions. Mieux vaut, dans ces dictatures parfois pavées de bonnes intentions, ne pas sortir du moule, surtout par le haut, et faire profil bas.
La couverture de Léo Gontier est d'ailleurs on ne peut plus explicite, et réalisée avec beaucoup d'inventivité, croisant le Veau d'or biblique avec une esthétique urbaine presque hollywoodienne: la «culture de masse» du cinéma, de la télévision, et d'internet a lénifié les foules, qui se hâtent d'acclamer des leaders charismatiques pour peu qu'il les flatte dans le sens du poil.
Un recueil «d'alerte», des textes brefs, favorisant l'effet surprenant et révélateur de la chute, qu'on devine parfois lentement, qui s'impose au fil des lignes comme une affreuse évidence. Et un humour grinçant, qui ne fait pas oublier que tout ce mal est déjà en germe, hélas.

Nicolas Soffray

D'une nuit sur l'autre - Jean-Pierre Andrevon L'Écran Fantastique n°386, mai 2017.

D'une nuit sur l'autre, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

L'auteur qui se dévoile dans cet ouvrage, mieux sans doute qu'il ne l'aurait fait sur le divan d'un médecin de l'esprit, ne manque pas de nous étonner, voire de nous abasourdir. C'est qu'il n'y va pas de lettre morte, le bougre! Avec des confessions inattendues qui nous avouent ses rêves comme il n'est guère fréquent de les mettre en page. Ses obsessions, ses fantasmes, ses goûts et ses horreurs s'enchaînent en pages brèves ou en historiettes qui relatent des rencontres incertaines, des plaisirs peut-être inavoués et de réelles admirations. Un tel livre, pour tout dire, ne se raconte pas: il se déguste juste avant le sommeil pour bien se préparer au saut dans l'inconnu onirique ou, mieux encore, sitôt le lever, histoire de comparer nos propres nuitées avec celles, en couleurs, de l'insatiable écrivain grenoblois. On y rencontre, au fil de sa plume, ses proches et ses amis, les femmes qu'il a aimées et nombre d'autres; on visite des campagnes insolites et des villes étranges, de périlleux sentiers de montagne ou l'intérieur labyrinthique d'habitations qui sont ou pourraient être les siennes; on parcourt souvent un Grenoble d'ici ou d'autre part et même des cités qu'il avoue inconnues de lui-même. Portées par cette écriture aussi fluide que précise qui le caractérise, ses nuitées en finiraient presque par devenir les nôtres tant il sait nous les faire partager. Un statisticien relèverait sans doute que les gares comme les chats, les guerres passées et le sexe, étrangement aussi les voitures qu'il a dû conduire autrefois, s'invitent assez souvent à ce banquet. Le menu, qui comprend une bonne centaine de plats, se pimente en outre de présences inattendues: réalisateurs, icones de l'écran et écrivains -- de polars surtout mais pas uniquement -- plus quelques monstres, surgis de l'espace ou de nulle part. Pour tout dire, un recueil d'une richesse telle qu'il serait imprudent, par excès de gourmandise, de vouloir le dévorer d'une seule traite. C'est ce qui en fait l'indéniable charme.

Jean-Pierre Fontana


Edgar l'araignée du soir - Philippe Gindre et Poulpy Yozone, 14 mars 2017.

Edgar l'araignée du soir, récit jeunesse de Philippe Gindre (textes) et Poulpy (dessins).

Édouard est une araignée du soir, pleine d'espoir, contrairement à ses congénères du matin, plutôt chagrins. Du coup, il part à la rencontre d'autres arachnides, à travers le monde, voir si quelqu'un partage sa vision de l'existence...
Une phrase, deux parfois, gros caractères fuligineux sur la blancheur du papier glacé, en regard d'une pleine page noircie de petits traits, dont la légèreté et l'humour contrastent avec la couleur.
«Édouard, l'araignée du soir» est un petit bijou en noir et blanc, premier pas si je ne me trompe de La Clef d'Argent dans l'album. C'est le grand patron Philippe Gindre en personne qui se colle au texte, n'hésitant pas à versifier - l'air de ne pas y toucher. Son histoire est un voyage, un conte philosophique, une quête, pour son araignée, d'un alter ego sympathique. L'occasion de rencontrer, catalogue à faire frissonner, les autres arachnides de la planète, avec leurs qualités et leurs défauts.
Au crayon, Poulpy fait donc merveille de petits traits. A celles et ceux qui regardent parfois ces bestioles avec dégoût, voire terreur, chaque planche arrachera un sourire, et passées les premières réticences, on farfouillera dans le détail, en appréciant le parti-pris de remplissage total, qui n'atteint jamais la surcharge visuelle, mais, malgré l'absence de couleurs, transmet très bien la sensation des divers environnements, matières, etc.
L'histoire se termine sur une bonne nouvelle, la rencontre en Édouard et l'Araignée souriante d'Odilon Redon, dessin conservé au Musée d'Orsay. Qui, soyons honnête, a l'air davantage sympathique.
Le message, profondément humaniste, ouvert sur l'Autre et ses différences, touchera les grands comme les petits, à qui on évitera peut-être cette lecture juste avant le coucher, on ne sait jamais!
Dédiabolisant une petite bête guère méchante, lumineux de poésie malgré sa sombre apparence, «Édouard, l'araignée du soir» est à découvrir et faire découvrir.

Nicolas Soffray

L'Ombre Noire - Jean-Pierre Favard Sueurs Froides, 16 janvier 2017.

L'Ombre Noire, roman de Jean-Pierre Favard.

L'OMBRE NOIRE est le cinquième volume écrit par Jean-Pierre Favard à la Clef d'Argent, recueils de nouvelles inclus.
L'OMBRE NOIRE est le quatrième volume de la collection LoKhale, dirigée par... Jean-Pierre Favard!
Ce nom devient donc vraiment un gage de qualité chez cette petite maison d'édition, puisque cette collection est certainement l'une de ses initiatives les plus intéressantes, au moins ces dernières années.
L'OMBRE NOIRE est un charmant petit roman, une novella de 100 pages en fait, qui pourrait aussi trouver grâce aux yeux d'un public adolescent avec son jeune héros et sa mignonne histoire d'amour. Un roman jeunesse alors? Peut-être, peut-être pas, et peu importe!
Yoann est puni par son père, envoyé à la campagne chez sa grand-mère pour le séparer de ses « mauvaises » fréquentations. Le jeune homme se retrouve donc en Bourgogne-Franche-Comté dans le joli village de Châteauneuf-en-Auxois. « Un village classé parmi les plus beaux de France et marqué par le sceau d'une Histoire riche et non dénuée de drames », comme l'indique la quatrième de couverture.
Un lieu idéal pour la collection LoKhale dont le concept est le suivant : un lieu pittoresque, au charme particulier, à partir duquel un auteur crée une intrigue plutôt fantastique.
Fantastique? peut-être pas tellement ici d'ailleurs, contrairement à un CABINET DU DIABLE récent. Jean-Pierre Favard travaille cette fois davantage sa fibre ésotérique, comme dans son pavé L'ASCH MEZAREPH chez Lokomodo. Si l'amateur de fantômes et de créatures de la nuit sera peut-être déçu, celui qui aime goûter le charme indicible des mystères de l'Histoire et celui, des plus vénéneux, des sociétés secrètes, sera quant à lui aux anges!
Yoann, après avoir vu une statue bouger (élément surnaturel ou pas?), pénétrera en effet dans un monde aux secrets bien cachés, un univers dans lequel se trame une conspiration ancestrale et une lutte secrète entre les défenseurs de la démocratie et ceux de la monarchie la plus absolue. (A propos, on remarquera le très bon "méchant" de L'OMBRE NOIRE, aussi cultivé que farfelu... et fanatique.)
Le style impeccable de Favard emporte une nouvelle fois le lecteur dans une histoire suffisamment intéressante et documentée pour qu'on y croît au moins un peu. On aurait aimé peut-être davantage d'action, de péripéties, ainsi que (soyons francs même si cela n'engage que le rédacteur de cette chronique) une note surnaturelle largement plus accentuée. Les références pétries de pop culture au SEIGNEUR DES ANNEAUX n'y changent rien...aussi amusantes soient-elles.
L'OMBRE NOIRE est donc à conseiller aux amoureux de petite et de grande histoire qui n'en désirent pas moins s'encanailler un peu. Comme le disait ce bon Alexandre Dumas, on peut « violer l'histoire à condition de lui faire de beaux enfants ». Les enfants de LoKhale sont très beaux, à l'intérieur comme à l'extérieur, comme en témoigne une nouvelle couverture de Léo Gontier, sans l'aide de Philippe cette fois.
La lecture du dernier Favard est fort plaisante et l'on passe un excellent moment que d'aucuns jugeront trop court en ces temps de romans de 500 pages minimum. En ce qui concerne ce dernier point, tel n'est pas notre avis, malgré une conclusion il est vrai un peu rapide, voire abrupte. On aime les nouvelles et les novellas en ces lieux!

Patryck Ficini

Edgar l'araignée du soir - Philippe Gindre et Poulpy Encres Vagabondes, janvier 2017.

Edgar l'araignée du soir, récit jeunesse de Philippe Gindre (textes) et Poulpy (dessins).

«Édouard est une araignée du soir. Dans son petit coeur d'araignée, il y a toujours un peu d'espoir.» C'est sur ces mots que s'ouvre le petit livre écrit par Philippe Gindre et illustré par Poulpy, que viennent de publier les éditions de La Clef d'Argent. L'ouvrage offre une série de doubles pages qui présentent en regard un texte très aéré et un dessin riche en détails. Édouard, donc, n'est pas très heureux car les autres araignées qui vivent autour de lui sont toutes d'humeur chagrine. Il décide donc de partir en voyage, à la recherche de congénères moins moroses. C'est l'occasion, pour le jeune lecteur, de se faire apprenti géographe -- Édouard traverse l'Eurasie, L'Afrique, l'Amérique, l'Australie, et même l'Antarctique -- et aussi apprenti entomologiste, car à chaque continent correspond une espèce particulière d'arachnide -- épeire, mygale, veuve noire, tarentule, et même... araignée de mer -- chacune dessinée avec ses caractères spécifiques. L'enfant est même convié à devenir apprenti philosophe, car le texte distille une sagesse à la portée des petits -- «Quand il pleut, quand le vent souffle en tempête, Édouard se fait une raison: après la pluie, vient le beau temps.» -- et offre une réponse dédramatisante à des questions graves comme on peut s'en poser à six ans, par exemple sur la mort: «Édouard sait bien qu'il ne vivra pas toujours. Il n'en fait pas une maladie.», le tout pimenté d'humour tendre.
Le texte de Philippe Gindre a la simplicité cristalline et la poésie d'une comptine. Quant aux dessins de Poulpy, ils sont d'une fantaisie et d'une précision qui forcent l'admiration. Il faut voir avec quelle verve la dessinatrice dépeint l'accablement des araignées du matin, sujettes au chagrin comme chacun sait, où l'inconfort dont souffrent les tarentules d'Australie, contraintes de se serrer les unes contre les autres dans leurs terriers, à cause d'une invasion de lapins!
Le livre, et la quête d'Édouard, s'achèvent sur une merveilleuse trouvaille qui amusera les enfants et séduira leurs parents, pour peu qu'ils soient amateurs de peinture. Ce petit bijou d'humour et de poésie est à conseiller à tous, et plus spécialement aux arachnophobes, qui y trouveront de quoi dédramatiser leurs terreurs.

Sylvie Huguet
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