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Notes de lecture

Les plus anciennes de ces notes sont parues dans nos diverses publications, ou sont demeurées impubliées faute de place. Les plus récentes sont désormais placées directement sur cette page. Sauf mention contraire, ces notes ont été rédigées par le responsable du site, Philippe Gindre. Par la force des choses, les informations les plus anciennes, notamment les tarifs ou les adresses web, sont parfois obsolètes. Nous les conservons néanmoins à titre d'archives.

Le petit Silence illustré n°10, janvembre 2013 (55e année).

Le petit Silence illustré, fameuse revue underground française initiée en 1955 par Jacques Sternberg et Philippe Curval, vient de faire paraître son dixième numéro, après un long lui-même d'une petite cinquantaine d'année. Philippe Curval  et Valérie Schmidt sont désormais seuls à bord, depuis que Jacques Sternberg a eu la curieuse idée d'aller voir de l'Autre côté s'il y était. La «seule revue qui n'ait strictement rien à dire» a gagné un bon centimètre en largeur, ce qui n'est pas rien à l'heure d'aujourd'hui, mais son format oblong désespérera toujours autant qu'à l'époque les bibliophiles aux petites étagères (c'est voulu, n'en doutons pas).
On y croise pêle-mêle Roland Topor, Serre, Kurt Steiner/André Ruellan et Jacques Barbéri; les annonces nonsensiques y répondent aux définitions surréalistes et aux impensées profondes, le tout illustré comme il se doit par des collages ou des bd détournées, comme à l'époque. Présentée ainsi, l'entreprise pourrait paraître essentiellement nostalgique et, de fait, l'aspect et l'esprit de la revue binoculaire évoquent irrésistiblement l'époque déjà presque lointaine où la France littéraire et néanmoins germanopratine découvrait la SF grâce, notamment, mais oui, à Boris Vian. Pourtant, même si (ou plus certainement parce que) l'hommage à Jacques Sternberg est clairement assumé tout au long de ces pages, Le petit Silence illustré conserve intacte la vigueur ébouriffante de ses jeunes années, que c'en est un plaisir.
Est-il sûr que les années défuntes restent enceintes de notre futur? Que sait-on au juste de l'Esbirradée? Qu'en est-il du Bleukdtt? Comment joue-t-on à «Qui veut perdre des millions?» Et, surtout: quel est le prix du silence? Vous saurez tout cela, et bien d'autres choses encore en vous procurant sans plus tarder cet indispensable opuscule. Qu'on se le dise.

Le petit Silence illustré, 11,5 x 29 cm. 76 pages. 7€. Tous les textes publiés ont été vieillis en fûts de chêne.

[article mis en ligne le vendredi 22 février 2013]

Le petit Silence illustré - Philippe Curval et Valérie Schmidt

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Celui qui pourrissait.
Recueil de Jean-Pierre Bours.

On doit aux éditions de L'Arbre Vengeur de pouvoir découvrir et redécouvrir, depuis quelques années, toutes sortes d'infréquentables littéraires dont on se demande bien où ils pourraient aller se faire éditer ailleurs de nos jours (si ce n'est parfois chez nous ou chez nos amis du Visage Vert). On ne dira jamais assez le plaisir qu'il peut y avoir à lire en édition contemporaine et convenablement introduite Régis Messac, Arnould Galopin ou Marc Stéphane.

L'Arbre à clous est le nom d'une toute nouvelle collection de cet éditeur. Initiée par Frédéric Saenen, elle est tout entière consacrée aux Lettres belges. La Belgique évoque assez irrésistiblement pour nous le fantastique, pour toutes les raisons que l'on sait, et c'est comme une évidence que nous y voyons reparaître 35 ans après sa première édition chez Marabout (where else?), le célèbre recueil de Jean-Pierre Bours intitulé Celui qui pourrissait.

Récipiendaire du Prix Jean Ray en 1977, Celui qui pourrissait témoigne d'une approche désormais délaissée par la plupart de nos contemporains: le «à la manière de...». On s'en doute, le but de Jean-Pierre Bours n'était pas de pasticher tel ou tel auteur clairement identifié, comme on pouvait le faire au début du XXe siècle à l'époque où cet exercice très en vogue avait la faveur d'un assez large lectorat. Il s'agissait plutôt pour lui, nous semble-t-il, d'«habiter» successivement, avec une sincérité et un talent confondants, la plupart des styles adoptés au fil des décennies par les fantastiqueurs depuis que le genre existe: le poème en prose, le récit de mystère, le conte cruel, le conte érotique, pour n'en citer que quelques-uns. Cet exercice de style où l'écrivain accepte de placer ses pas dans les traces de ses glorieux aînés implique une humilité clairement assumée qui n'empêche nullement, bien au contraire, l'expression d'une réelle virtuosité. On songe notamment à René Sussan, avec des recueils comme L’Anneau de fumée ou Les Insolites, ou à Jonas Lenn, plus près de nous, avec son  Livre des théophanies. Mais parmi ces auteurs qui savent d'où ils viennent et n'ont pas honte de le montrer, Jean-Pierre Bours occupe une place à part, non seulement en raison d'une égale maîtrise des styles que nous venons de citer mais aussi, plus prosaïquement, car il n'a pratiquement jamais rien fait paraître d'autre depuis. Ainsi circula, avant l'avènement d'internet, la légende de ce mystérieux écrivain dont on trouvait assez facilement le recueil en bouquinerie (le croirez-vous, jeunes lecteurs, il fut un temps où le fantastique se vendait tellement bien que des éditeurs populaires n'hésitaient pas à se lancer dans des tirages qui nous paraîtraient aujourd'hui astronomiques) mais dont tout semblait indiquer qu'il avait disparu à jamais dans les brumes fantastiques qu'il avait imprudemment évoquées. Brumes belges, comme il se doit. Dans sa préface fort agréable, Frédéric Saenen, Belge lui-même, rappelle d'ailleurs brièvement mais efficacement ce que le fantastique francophone doit à la Belgique et pourquoi il le lui doit. Et dans un registre plus anecdotique, nous apprenons que, comme la plupart d'entre nous, il a un jour trouvé par hasard chez un bouquiniste un exemplaire de Celui qui pourrissait; qu'il s'est, comme la plupart d'entre nous, interrogé sur le sort de ce mystérieux monsieur Bours qui, jusqu'en 1996 (année où il fit paraître un polar), n'avait plus rien écrit ou du moins plus rien publié; et nous apprenons enfin que, comme la plupart d'entre nous, il a fini par retrouver sa trace grâce à la toile, levant un mystère qui n'en était pas un: Jean-Pierre Bours, juriste, menait tout simplement carrière, semblant considérer en homme raisonnable qu'on ne saurait bien faire deux choses à la fois, point sur lequel nous ne saurions le contredire.

Le lecteur contemporain peut donc désormais retrouver dans une édition soignée ce beau recueil. Le fantastique y déploie tous ses (im)possibles, de l'accumulation d'invraisemblances pourtant indéniables comme dans la nouvelle titre, où un malheureux se voit affligé de toutes les dermatites connues et inconnues jusqu'à en perdre la raison, jusqu'à la persistance du merveilleux onirique, comme dans «Le Château des réminiscences», en passant par la figure du juge hanté ou possédé par celui qu'il juge (thème cher à Sheridan Le Fanu), comme dans «Procédure contradictoire».

Seul regret: ce projet semble s'être concrétisé en quelques mois seulement. Tout à sa hâte, sans doute, de voir reparaître son recueil, l'auteur a omis de corriger certaines erreurs qui, déjà, avait attiré l'attention du lecteur attentif de l'édition précédente (la chasse à la coquille et aux oublis est devenue chez nous, il faut le dire, une quasi-obsession, on voudra bien nous le pardonner). Ainsi, la nouvelle érotique «Histoire d'A» (allusion transparente à certain roman paru en 1954) constitue-t-elle un lipogramme en a où les seules occurrences de la voyelle en question sont censées être celles du nom du personnage ainsi nommé: A. Hélas, un malencontreux a résiduel empêche toujours, comme en 1977, ce tour de force (comme le désigne à juste titre le préfacier) de pleinement prétendre à la perfection perecquienne.* Ce n'est qu'un détail, bien sûr, mais s'agissant d'un lipogramme ce genre de détail a plus que son importance et on aurait aimé que l'auteur, désormais jeune retraité, prenne le temps après 35 ans d'attente de revisiter plus sereinement son chef d'oeuvre de jeunesse.

* p.273, l.20: «comme s'il devait crier des mots.»

L'Arbre Vengeur. 16,5 x 11,5 cm. 288 pages. ISBN 978-2-916141-88-6. 14 euros.

[article mis en ligne le lundi 19 novembre 2012]

Celui qui pourrissait - Jean-Pierre Bours

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Le Boudoir des Gorgones n°22, octobre 2011.

À peine le temps de le chroniquer que, déjà, il reparaît! Au sommaire de ce 22e numéro du Boudoir des Gorgones:

«Prométhéa» de Jean Cotard (1932), un étonnante nouvelle de science-fiction mettant en scène... Dieu lui-même. «Notice sur Jean Cotard» par P. Gontier. «L'Inventeur» de Pierre Thibault (1911), récit d'anticipation souriante contenant de vraies idées conjecturales. «
Notice sur Pierre Thibault» par P. Gontier. «Fin de siècle - Obsession» de Godefroy (1892), une histoire en image qui ironise sur le modernisme fin-de-siècle, friand d'inventions domestiques.« Notice sur Godefroy», par P. Gontier. «Colonisons l'Europe !» d'Albert Robida (1904), illustration en images du fameux péril jaune, et notamment des conséquences de la colonisation de l'Europe par le Japon sur la vie quotidienne des nouveaux colonisés. «Octave Béliard» (seconde partie) par Philippe Gontier, suite de l'étude bio-bibliographique consacrée à l'immortel auteur des Petits hommes de la pinède, inventeur du concept de terraformation. «Le Chercheur de merveilleux» (revue de presse de l'étrange).«Last but not least» (notes de lecture) par Philippe Gontier.
Pour en savoir plus, une seule adresse: http://boudoirdesgorgones.free.fr

Le Boudoir des Gorgones n°22 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - octobre 2011 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

[article mis en ligne le vendredi 21 octobre 2011]

Le Boudoir des Gorgones 22

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Le Boudoir des Gorgones n°21, juin 2011.

L'amateur de fantastique populaire, de littérature étrange et insolite et de bizarreries inclassables s'était fait une raison, Le Boudoir des Gorgones, la célèbre revue fondée en 2001 par Philippe Gontier (et dernière en date d'une longue série de publications érudites) avait officiellement cessé de paraître. C'est avec d'autant plus de bonheur qu'à l'approche de l'été nous apprenons la sortie de son 21e numéro. Insensible au temps qui passe et à l'inflation paraît-il renaissante, le Boudoir est encore et toujours disponible aux conditions habituelles: 6 Euros port compris.
Au sommaire: «Le Squelette» (Le Prêtre désossé) (1868) de Gabriel Marc, «Notice sur Gabriel Marc» par Noëlle Benhamou, «Comment mourut Jacques Codelle» (1910) de R. d'Ast, «Si c'était vrai...» (1917) de Henry Frichet, «Notice sur Henry Frichet» par Philippe Gontier, «Les maîtres de la littérature fantastique et de science-fiction francophone : Octave Béliard, entre science et merveilleux» (1ère partie) par Philippe Gontier. Et bien sûr les rubriques habituelles: Le Chercheur de merveilleux (revue de presse de l'étrange), Last but not Least (notes de lecture).

Le lecteur curieux de mieux connaître le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

Le Boudoir des Gorgones n°21 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - juin 2011 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

[article mis en ligne le vendredi 27 mai 2011]

Le Boudoir des Gorgones 21

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Le miroir noir et autres curiosités.
Recueil de Francis Thievicz.

Sous une épatante couverture de Tiffanie Uldry, voilà un oblong recueil qui a de quoi intriguer. L'auteur (que nous découvrons, il ne semble pas avoir publié jusqu'ici) nous invite à une hallucinante déambulation au sein d'un musée des horreurs, d'un cabinet de curiosités qu'il a peuplé de toutes les difformités humaines possibles et imaginables. Ces difformités, on l'aura deviné, sont autant, sinon plus, morales que physiques, et c'est avec une complaisance évidente que les différents personnages avec lesquels nous faisons connaissance nous narrent par le menu les avanies qu'ils ont pu subir -- ou faire subir -- au cours de leur déplorable existence. Mais on se tromperait en imaginant que l'auteur s'est livré là à quelque exercice de style gratuit ou qu'il n'a cherché qu'à renouveler à sa manière une esthétique tératologique désormais fort convenue. Les récits de Francis Thievicz inquiètent au sens premier du terme: ils ne laissent pas tranquille. Très vite, au delà du simple divertissement morbide ou sadique, on devine de plus profondes et plus lancinantes interrogations. Du fort non-euclidien (et donc fort lovecrafto-belknapien ajouteront les connaisseurs) «Les angles universels» au très jeanrayesque «Miroir noir», en passant par le sorre-mouretien (les habitués du Club Diogène comprendront) «fishman», Francis Thievicz nous prouve en outre qu'il a des lettres. D'agréables intertextes, sortes de pages comme arrachées à de possibles oeuvres à paraître de Francis Thievicz, viennent compléter le volume, non sans élégance.
Dans cette auberge espagnole de l'horreur qu'est le club des curiosités de Francis Thievicz, chacun amène un peu de ce qu'il y trouve, comme vous pourrez le découvrir en vous procurant sans plus tarder cet indispensable opuscule.

Les Éditions de l'Antre. 10 x 19 cm. 114 pages. ISBN 978-2-915016-09-3. 8 euros.

[article mis en ligne le lundi 29 novembre 2010]

Le miroir noir

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La mort rouge.

Bande-dessinée de Jean-Louis Thouard et Roger Seiter (Casterman, mai 2010).

La "Mort Rouge" est le nom d'un sinistre quartier isolé et condamné de la ville de Baltimore dans les années 1840.
Une secte étrange et grouillante y règne alors que, de l'extérieur, ce quartier est barricadé afin d'en interdire l'accès.
Dans ce récit, les héros, William Wilson et Edgar Legrand, affronteront un inquiétant docteur schizophrène, acoquiné avec le
cruel souverain du quartier de "La Mort Rouge".
Un nouvel épisode sombre et rougeoyant qui fait pénétrer le lecteur au coeur de l'univers d'Edgar Poe.

Le dessinateur: Jean-Louis Thouard est né à Toulouse et a passé son enfance dans le Jura. Après un diplôme aux Arts déco de Strasbourg et une licence en Arts plastiques, il réalise pour l'édition bon nombre de couvertures, d'albums, de décors... Son goût pour le fantastique le porte naturellement vers les contes, les histoires étranges, les légendes... Son site: www.lebaron-rouge.com

Le scénariste: Roger Seiter est né en 1955 à Strasbourg. Historien de formation, il travaille aujourd'hui comme conseiller principal d'éducation. Il commence son oeuvre de scénariste pour Roussel en 1989, avec Après un si long hiver (éd. La nuée bleue). Puis il publie aux éditions Glénat, Simplissisimus avec Frédéric Pillot au dessin, et, en 1995, avec Vincent Bailly, aux éditions Delcourt, la série Coeur de Sang, dont le troisième album parait en janvier 1999. Chez Casterman, il publie les séries Fog, Dies Irae et H.M.S.

L'album La mort rouge est paru en mai 2010 chez Casterman bd dans la collection Ligne-rouge. Cet album poursuit une série intitulée «Histoires extraordinaires d'Edgar Poe» destinée à explorer l'univers des nouvelles fantastiques de Poe.

[article mis en ligne le mardi 25 mai 2010]

La Mort rouge

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Le diable du Crystal Palace.
Une nouvelle enquête d'Andrew Singleton et James Trelawney, par Fabrice Bourland.

Un réjouissante nouvelle pour les admirateurs de Singleton et Trelawney, les deux enquêteurs de l'étrange dont Fabrice Bourland exhume pour nous les aventures depuis quelques années. Après Le fantôme de Baker Street et Les portes du sommeil (sans oublier La dernière enquête du Chevalier Dupin, époustouflant spin-off où l'auteur renouvelait avec virtuosité le thème du double), nous retrouvons les deux investigateurs dans une nouvelle aventure. Les textes de Fabrice Bourland témoignent d'une érudition humble et discrète, mais redoutablement efficace. Rien de laborieux ou d'ostentatoire, comme trop souvent dans les fictions littéraires de ce genre qui mettent en scène des personnages littéraires ou historiques. Les dialogues, notamment, collent parfaitement à l'époque, sans jamais tomber dans la caricature complaisante, le clin d'oeil, tous ces artifices parfois amusant, mais vite lassant. C'est donc avec un réel plaisir que nous nous apprêtons à lire ce nouveau volume, dont voici déjà la 4e de couverture:

Présentation de l'éditeur:

En novembre 1936, Andrew Singleton et James Trelawney reçoivent à leur domicile la visite de la belle et mélancolique Alice Grey. Depuis près d'une semaine, le fiancé de la jeune femme, Frederic Beckford, entomologiste au British Museum, a disparu sans laisser de traces. Craignant qu'un malheur ne soit arrivé, miss Grey implore les détectives de lui venir en aide. Seul indice: un entrefilet relatant un accident survenu en pleine nuit entre un taxi et un fauve en liberté, dont la lecture a, semble-t-il, beaucoup troublé Beckford. Si les deux acolytes ont déjà assisté à maints phénomènes extraordinaires au cours de leurs enquêtes, ils étaient loin d'imaginer ce qu'ils allaient bientôt découvrir dans les rues brumeuses de la capitale britannique. Aidés par le Pr Winwood, zoologiste réputé, nos héros vont devoir batailler ferme pour empêcher le XXe siècle de sombrer dans le chaos.

10/18. 12 x 20 cm. 288 pages. ISBN-13 978-2-264047-94-6. 7 euros.

[article mis en ligne le jeudi 25 mars 2010]

Le diable du Crystal Palace - Fabrice Bourland

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Dracula, prince des ténèbres.
Céline du Chéné / Jean Marigny

Présentation de l'éditeur:

Le vampire a la fâcheuse habitude d'échapper à la tombe pour revenir boire le sang des humains -- plus encore celui des jeunes filles. Nous le savons depuis l'extraordinaire succès du roman Dracula du Britannique Bram Stoker, paru en 1897. Un roman qui nous en apprend beaucoup sur les fantasmes de son auteur et ceux de la société victorienne... Il s'inscrit toutefois dans une tradition longtemps occultée, ou négligée, qui traverse la littérature et la mémoire populaire depuis l'Antiquité, bien avant qu'un certain Vlad l'Empaleur -- dit « le Dragon », Dracul --, prince de Valachie, ne devienne un personnage de légende au XVe siècle.
Mort-vivant amoureux, Dracula, archétype de la culture européenne, a fini par traverser l'Atlantique. Jean Marigny et Céline du Chéné suivent sa trace et dévoilent son prodigieux pouvoir de métamorphose. De la mystérieuse Transylvanie jusqu'aux studios de Berlin et de Hollywood, le «fantôme de la nuit» est devenu l'un de nos mythes contemporains les plus vivaces.
Jean Marigny, professeur émérite de l'université Stendhal-Grenoble 3, est l'auteur de nombreux ouvrages sur les vampires.
Céline du Chéné enseigne la langue et la civilisation françaises à l'université Paris-III Sorbonne Nouvelle.
La collection « Dieux, mythes et héros» convie le lecteur à découvrir les figures légendaires qui fondent les mythologies des civilisations du monde entier. Le récit, riche et vivant, traverse les siècles, et montre comment ces mythes résonnent encore dans l'imaginaire contemporain.

Éditions Larousse, coll. Dieux, Mythes & Héros. 14 x 21 cm. 224 pages. ISBN 978-2-03-584783-6. 17 euros.

[article mis en ligne le mardi 13 octobre 2009]

Dracula prince des catalogue.php#tenebres - Celine du Chene / Jean Marigny

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Simples choses.
180 haïkus urbain de Roland Tixier.

Les éditions Le Pont du Change publient avec ces simples choses le premier livre de leur collection Poésie, et leur premier livre tout court puisqu'elles viennent d'être créées à Lyon à l'initiative de Jean-Jacques Nuel. Les choses simples observées, ressenties par Roland Tixier, piéton urbain contemplatif et attentif, touchent par la pertinence avec laquelle elles sont évoquées. Comme le souligne Nicole Vidal-Chich dans sa postface, le grand intérêt de ce recueil est que l'auteur y démontre «sa parfaite maîtrise d'un genre où il est parvenu à dire tant en si peu de mots, à "accrocher" à chaque fois une vérité frissonnante de vie, troublante parce qu'elle vient nous retrouver à ce point où nous nous disons "oui, c'est cela, c'est ainsi, oui, c'est ainsi que moi aussi, finalement...» Et nous partageons son regard sur cette poésie qu'elle dit «si emblématique de la poésie que nous aimons, loin des jeux de mots et de sonorités, parce qu'il nous semble que le vrai poème commence dans le regard que porte le poète sur le monde.»
assis sur un banc public
regarder la ville
aller d'elle-même
léger parfum de femme
espoir dans la nuit
des transports en commun
je ne vois plus l'homme au chien
ont-ils quitté le quartier?
ou peut-être pire?
les amis parlent tard
pourtant il y a bien longtemps
qu'ils se sont compris

Éditions Le Pont du Change. 11 x 70 cm. 80 pages. ISBN 978-2-9534259-0-1. 13 euros.

[article mis en ligne le vendredi 11 septembre 2009]

Roland Tixier - Simples choses

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Howard Phillips Lovecraft : Lettres de 1929

Présentation de l'éditeur:

Qui ne connaît Lovecraft? Cet auteur hors du commun, père de la littérature fantastique moderne, aura fasciné des générations entières de lecteurs tant par ses écrits que par sa personnalité contradictoire. Ses idées, ses pensées, sa vision du monde et de l'homme... tout chez lui est sujet à polémique. Difficile d'accorder les lecteurs de l'opuscule qui propulsa Michel Houellebecq au sommet de la notoriété Lovecraft contre le monde, contre la vie avec ceux du très volumineux et richement documenté Roman de sa vie de Lyon Sprague de Camp... Pour autant, ces deux ouvrages ne demeurent que des biographies et ne remplaceront jamais une lecture de la correspondance d'un des plus grands épistoliers de son temps.

Au travers d'une trentaine de lettres écrites entre juillet et décembre 1929, absolument inédites en français, ce premier volume des lettres de Lovecraft, offre au novice comme à l'initié, l'opportunité de se forger avec raison et sentiments sa propre idée du Maître de Providence.

Évènement majeur pour les lecteurs francophones de Lovecraft, la parution d'un nouveau volume de son abondante correspondance (on lui attribue généralement 80.000 lettres) était attendue depuis 31 ans. En effet, c'est en 1978 que le regretté Francis Lacassin avait fait paraître chez son ami Christian Bourgois le tome 1 de ses Lettres (1914-1926). Faute d'un lectorat suffisant à l'époque, cette somme abondamment annotée n'avait jamais pu être suivie d'un second tome. On se souvient également de ce bel opuscule que constituaient les Lettres d'Arkham, compilation d'extraits de correspondance traduits et présentés par François Rivière, paru en 1976 chez Glénat dans la collection Marginalia. Enfin, certaines lettres sont parues au fil des ans dans différentes revues faniques, que l'amateur francophone n'aura pas manqué de collecter pour se constituer tant bien que mal une petite bibliothèque épistolaire lovecraftienne que le présent volume vient heureusement compléter.
L'approche est ici différente de celle des deux ouvrages que nous venons de citer puisque ces Lettres de 1929 concernent, comme l'indique assez explicitement le titre, l'année 1929 durant laquelle Lovecraft écrivit la plus longue de ses lettres à nous être parvenues, une épître de 70 pages manuscrites.

On pourra bien sûr adresser quelques reproches à ce volume. On ignore par exemple quels critères ont prévalu lors du choix des 29 lettres qui le composent. L'auteur n'est pas véritablement présenté et les circonstances biographiques de la rédaction de ses lettres ne sont pas évoquées. Les 7 correspondants concernés par ce volume ne sont pas non plus présentés. Si l'éditeur tient dans son avant-propos à prendre ses distances avec les opinions exprimées par Lovecraft (on songe par exemple aux préjugés sexistes dont Lovecraft ne s'affranchit jamais véritablement) on aurait aimé qu'il le fasse de manière plus précise et constructive, comme l'avait fait en son temps Francis Lacassin dans son introduction aux Lettres 1. Mais il faut bien admettre que ces défauts sont relativement secondaires dans la mesure où ce volume semble bien s'adresser aux lecteurs assidus de Lovecraft, pour qui toutes ces informations sont déjà supposées connues. On relève également quelques erreurs anecdotiques que l'éditeur voudra sans doute corriger dans ses futures éditions. On trouve ainsi le nom de l'auteur du célèbre Necronomicon orthographié Halazred au lieu d'Alhazred. Plus étonnant, l'éditeur affirme que la tombe de Lovecraft porte pour épitaphe le fameux distique attribué au même Alhazred («N'est pas mort ce qui peut reposer durant l'éternité. Et quand surviennent des temps étranges, même la mort peut trépasser.») quand on sait que l'épitaphe en question est en réalité un très court extrait d'une des lettres de Lovecraft, «I am Providence», allusion à son profond attachement pour sa ville natale de Nouvelle Angleterre. Enfin, le choix de l'année 1929 pour débuter cette collection de la correspondance de Lovecraft pourra paraître relativement arbitraire (l'éditeur le justifie par la présence de la lettre de 70 pages que nous évoquons plus haut). Rappelons que la correspondance de Lovecraft est en cours de rééditions aux États-Unis chez différents fanéditeurs qui ont fait le choix de consacrer exclusivement un ou plusieurs volumes à un unique correspondant ce qui limite sans doute le nombre de sujets abordés mais permet de suivre de manière plus continue la pensée de Lovecraft sur les sujets en question.

On ne saurait trop, par contre, insister sur le remarquable travail de traduction d'Alain Chouraki qui, en complétant ce volume d'un glossaire de plus de 50 pages, permet au lecteur de ne jamais vraiment perdre le fil d'un discours parfois elliptique, truffé d'allusions personnelles et de notations non moins personnelles qui rendent à l'occasion la lecture de ces lettres un peu laborieuse. Ce patient et scrupuleux travail rend finalement les quelques critiques que nous énonçons plus haut très secondaires. On relève naturellement quelques détails perfectibles, comme la traduction littérale du lieu-dit Brick Row à Providence (de vieux entrepôts en brique, promis à la démolition, que Lovecraft aurait aimé voir conservés pour leur valeur patrimoniale) par «rangée de briques». L'anecdote aurait mérité une entrée dans le glossaire, d'autant plus que le poème que Lovecraft a consacré à la question a été traduit en français dans l'intégrale Lovecraft parue chez Robert Laffont sous son titre anglais de «Brick Row». De manière plus générale, on peut d'ailleurs regretter que les titres des nouvelles citées aient été traduits en français sans toujours tenir compte des éditions courantes. Citons par exemple «Le Tumulus», titre qu'un lecteur occasionnel de Lovecraft risque de ne pas associer avec «Le Tertre», qui est le titre sous lequel «The Mound» a été jusqu'ici publié en français. L'auteure de la nouvelle que Lovecraft révisa sous ce titre, Zealia Brown Reed Bishop, aurait d'aileurs mérité elle aussi une entrée dans le glossaire. On note enfin quelques anglicismes comme «excité» pour «excited» au lieu de «enthousiasmé». Le fait que le livre a été réalisé visiblement en tirage numérique à la demande (de grande qualité) permettra aisément là encore à l'éditeur de corriger ces quelques imprécisions lors des futures réimpressions.

Ces Lettres de 1929 témoignent donc à maints égards du sérieux et de l'engagement des différents participants à cette ambitieuse entreprise. On pourra bien sûr regretter qu'un tel effort n'ait pas été plutôt consacré à un volume de correspondance choisie, classée par thèmes, portant sur l'ensemble de la correspondance de Lovecraft, en d'autres termes un ouvrage susceptible de servir d'introduction à Lovecraft auprès de ceux qui ne le connaissent pas encore. Le choix assumé d'un volume plus précisément destiné à des lecteurs déjà familiers de Lovecraft et de ses oeuvres, plus risqué sans doute, ne semble pourtant pas déraisonnable. On ne peut qu'espérer que les nombreux amateurs francophones de Lovecraft donneront raison à l'éditeur d'avoir tenté l'aventure et -- comme il en affirme la volonté -- de la poursuivre.

Précisons enfin que ces Lettres de 1929 sont disponibles non seulement sous forme de livre papier, mais aussi sous forme de fichiers mp3 et de document pdf (à télécharger ou disponibles sur cd), ce qui ne laisse plus vraiment d'excuse pour ne pas se procurer cet indispensable ouvrage, sous une forme ou sous une autre.

[article mis en ligne le dimanche 10 mai 2009]

Lovecraft - Lettres de 1929
CD double format: pdf/mp3.
Éditeur: Alexis Brun Production.
Collection: Lyre Audio.
Prix: 9,90 Euros.
pdf: 500 pages.
mp3: 4h20.
ISBN: 978-2-356450-08-1.
Traducteur: Alain Chouraki.
Lecteur: Xavier Béja.
Disponible également en téléchargement sur www.lyre-audio.com.
Lovecraft - Lettres de 1929
Livre papier.
Collection: Lyre Press.
Prix: 22 Euros.
228 pages.
ISBN: 978-2-356454-49-2.

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Douze poèmes d'Edgar Poe.
Vers français de Jean Cadas. Frontispice de Sam Jones.

Les poèmes les plus célèbres de Poe (dont «Le Corbeau», «Lénore», «Ulalume», «Annabel Lee»). Le traducteur précise à propos de cette édition dont on constate d'emblée qu'elle s'affranchit d'une certaine littéralité et surtout du format bilingue généralement d'usage dans ce genre d'édition: «Je sais que la beauté et la musique des vers ne sont guère prisées actuellement. C'est pourtant ce qui distingue la poésie de Poe et qu'il m'incombait de traduire, parfois au-delà des mots.» Pari risqué qui amène parfois le traducteur à privilégier l'assonance et le rythme au détriment du sens (on songe par exemple à ce vers d'Ulalume: «Au bois hanté de Ghouls de Weir»). Mais l'entreprise est menée avec assurance et une rigueur qu'il convient de signaler.

Éditions Anagrammes. 12 x 20 cm. 60 pages. ISBN-10 2-84719-060-0. ISBN-13 978-2-84719-060-1. 12 euros.

[article mis en ligne le lundi 13 avril 2009]

Douze poemes d'Edarg Poe - Vers francais de Jean Cadas

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Sur Mars, récit de voyage.
Roman d'Arnauld Pontier.

À première vue, Sur Mars, récit de voyage a tout du récit de SF écrit par un auteur généraliste (on dit aussi «mainstream»). À voir cette couverture sobre et élégante, cette mise en pages oblongue sur papier ivoire relié en cahiers cousus, à découvrir au fil des pages les notations en apparence nombrilistes du narrateur, on pourrait facilement imaginer qu'on a affaire une fois de plus à l'oeuvre d'un écrivain qui n'aborde la SF que par jeu, avec distance et sans doute un peu d'ironie. On craint vaguement la fable philosophique. Encore un, s'apprête-t-on à penser, qui ambitionne naturellement sous ce prétexte de faire bien plus que de l'anticipation, bien davantage que de la prospective romancée... On pourrait penser cela, mais ce serait injustement réducteur, car à lire pour de bon ce court roman d'un peu plus de cent mille signes, on se rend compte que ce récit de voyage finalement très intérieur, où chaque pas sur la planète rouge est l'occasion de réminiscences intimes ou d'associations d'idées à la pertinence épatante; que ce récit, donc, s'enracine en fait dans un imaginaire scientifique et culturel que partagent désormais tous les lecteurs, qu'ils pratiquent assidûment la SF ou pas. Les interrogations qui agitent le narrateur rejoignent très directement celles de ces personnages de SF qui nous font souvent dire que la SF contemporaine a encore des choses à dire. «Il y a quelques chose de surnaturel dans la rencontre avec un objet du passé -- qu'il s'agisse d'un objet issu de sa propre vie ou de son patrimoine.» songe par exemple le narrateur en apercevant le mât d'antenne de la sonde américaine Viking I. N'est-ce pas là le constat de toute une vie, celui que fait Michel, le personnage inoubliable de psy français de la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson? Non, vraiment, le puriste de la SF aurait tort de bouder ce récit universel qui le renverra, par des chemins certes un peu détournés, aux meilleures pages de ses romans d'élection. Et le lecteur qui, depuis toujours, se détourne par principe de la SF trouvera là une excellente occasion de se familiariser avec un genre qui lui réserve quelques bonnes surprises.
De nombreuses notes, une bibliographie, et différents documents complètent utilement le récit. On pourra regretter quelques approximations ou copier-coller un peu hâtifs, comme celui par lequel les deux derniers tomes de la trilogie martienne de K.S. Robinson sont attribués à Greg Bear, ou celui qui a fait classer le film Cube parmi les récits de catastrophes spatiales, entre Perdus dans l'espace et Planète rouge. D'un point de vue purement matériel, on se félicitera de tenir entre ses mains un livre dont les marges généreuses permettent de lire une page d'une traite, sans avoir à bouger ses pouces. C'est un détail, mais il a son importance. Contrepartie inévitable étant donnée la largeur relative de l'ouvrage (10 cm): les lignes comportent en moyenne 4 à 5 mots, ce qui implique un nombre considérable d'aller-retour oculaires, ce que certains pourront trouver contraignant.
Sur Mars, récit de voyage: une expérience à tenter, qu'on aime la SF ou pas. Ce n'est pas si courant.

Éditions Nicolas Chaudun. 10 x 16 cm. 176 pages. ISBN 978-2-350390-69-7. 8 euros.

[article mis en ligne le jeudi 12 mars 2009]

Sur Mars, Recit de voyage - Arnauld Pontier

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Usher.

Bande-dessinée de Thouard et Seiter (Casterman, mars 2009).

Décembre 1845. Recherchés par la police à la suite de leurs aventures dans Le Scarabée d’Or, premier volume des Histoires extraordinaires
d'Edgar Poe, Edgar Legrand et son ami William Wilson, gentlemen aventuriers, font voile en direction de New York, accompagnés de la belle Kitty. Leur objectif : rejoindre un inquiétant manoir gothique où les attend Roderick Usher, descendant d'une vieille famille protestante dont tous les membres sont frappés d'une étrange maladie cataleptique. Or presque au même moment, un sinistre gang de malfrats new-yorkais livre discrètement à la maison Usher une mystérieuse caisse contenant le sarcophage d'une momie égyptienne… Adaptée des célèbres «Histoires extraordinaires» d'Edgar Allan Poe, le grand maître américain de la littérature fantastique, une nouvelle saga historique et aventureuse signée Roger Seiter. Le dessinateur Jean-Louis Thouard lui donne brillamment la réplique dans une ambiance capiteuse empreinte de mystère et de surnaturel.

Le dessinateur: Jean-Louis Thouard est né à Toulouse et a passé son enfance dans le Jura. Après un diplôme aux Arts déco de Strasbourg et une licence en Arts plastiques, il réalise pour l'édition bon nombre de couvertures, d'albums, de décors... Son goût pour le fantastique le porte naturellement vers les contes, les histoires étranges, les légendes... Son site: www.lebaron-rouge.com

Le scénariste: Roger Seiter est né en 1955 à Strasbourg. Historien de formation, il travaille aujourd'hui comme conseiller principal d'éducation. Il commence son oeuvre de scénariste pour Roussel en 1989, avec Après un si long hiver (éd. La nuée bleue). Puis il publie aux éditions Glénat, Simplissisimus avec Frédéric Pillot au dessin, et, en 1995, avec Vincent Bailly, aux éditions Delcourt, la série Coeur de Sang, dont le troisième album parait en janvier 1999. Chez Casterman, il publie les séries Fog, Dies Irae et H.M.S.

L'album Usher est paru en mars 2009 chez Casterman bd dans la collection Ligne-rouge. Cet album poursuit une série intitulée «Histoires extraordinaires d'Edgar Poe» destinée à explorer l'univers des nouvelles fantastiques de Poe.

[article mis en ligne le mercredi 11 mars 2009]

Usher

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Le Dico des Héros. Sous la direction d'André-François Ruaud.

A comme Adamsberg, B comme Belphégor, C comme Chéri-Bibi, D comme Dickson, E comme Emmanuelle, F comme Fu Manchu, G comme Green Hornet, H comme Holmes et ainsi de suite... Une célébration de l'imaginaire à travers ses héros et ses anti-héros, ses grandes figures et ses modestes passants, ses flics et ses truands.

Élégant, roboratif et drôle, mais surtout, très instructif, cet érudit fourre-tout ravira les amateurs de culture populaire. À noter qu'une fois de plus la numérisation de la couverture ne rend pas justice au subtil travail du graphiste Sébastien Hayez, adepte du vernis sélectif surprise. Si vous ne voyez pas de quoi il s'agit, courez chez votre libraire.

Les moutons électriques éditeur. 17 x 21 cm. 412 pages. ISBN 978-2-915793-62-8. 28 euros.

[article mis en ligne le samedi 7 février 2009]

Le Dico des Heros

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Quinzinzinzili, le bulletin messacquien.

La revue trimestrielle de la Société des amis de Régis Messac en est déjà à son 4e numéro, il est grand temps d'en signaler l'existence. Sous-titrée à juste titre «revue d'informations littéraires et socio-culturelles», elle propose une foule d'informations érudites -- qu'une présentation irréprochable rend toutefois agréablement accessible au néophyte -- sur Régis Messac (1893-1945). Qui était Messac? L'un des auteurs les plus remarquables de la première SF française. Autant dire un inconnu parmi les inconnus pour bon nombres de lecteurs contemporains. Plus pour longtemps, est-il permis d'espérer, grâce à des initiatives de ce genre ou à celles des éditions Ex Nihilo qui viennent de rééditer son roman Le miroir flexible, ou encore à celles des éditions de L'Arbre vengeur qui ont fait reparaître il y a peu Quinzinzinzili, autre roman de Messac. Pacifiste pessimiste qui mourra en déportation, helléniste et latiniste, angliciste spécialiste du roman policier, critique littéraire, Régis Messac pratiquait dans ses romans une critique sociale sans réel équivalent à son époque, Jacques Spitz excepté. Dépourvus de ce burlesque franchouillard qui teinte volontiers les derniers chapitres des romans de Spitz et qui paraît aujourd'hui si incongru au lecteur de SF, les oeuvres de Messac nous parlent d'autant mieux. Raison de plus pour s'y intéresser sans tarder.

Pour tout savoir sur cette passionnante entreprise, une seule adresse: Société des amis de Régis Messac, 71 rue de Tolbiac, 75013 Paris, France. Tél. 09.54.13.87.88.
Et bientôt un site web, encore en construction: www.regis-messac.fr

[article mis en ligne le mardi 23 décembre 2008]

Quinzinzinzili 4

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La Nuit des saisons mortes.
Recueil de nouvelles de Violet Hunt traduit de l'anglais et postfacé par Jacques Finné.

Sous une belle couverture (la célèbre Araignée souriante d'Odilon Redon) paraît chez José Corti à l'initiative de Jacques Finné (qui a traduit et postfacé avec l'érudition et l'humour qu'on lui connaît ce recueil) un choix de nouvelles fantastiques de Violet Hunt, écrivaine britannique encore méconnue des francophones. Une belle contribution à la connaissance des fantastiqueuses britanniques, après notamment la parution de La Voix maudite de Vernon Lee chez Terre de Brume en 2001 dans une édition remarquablement présentée par Sophie Geoffroy-Menoux.
Résumé de l'éditeur: Violet Hunt (1862-1942) fréquentait les salons littéraires anglais et tenait même le sien où se rencontraient Joseph Conrad, Henry James ou D.H. Lawrence. Elle connut la célébrité avec son roman The wife of Rossetti. Jacques Finné, spécialiste notamment des écrivaines victoriennes (voir son anthologie publiée chez Corti, Les Fantômes des Victoriennes) a choisi de réunir ici ses meilleures nouvelles fantastiques sous le titre de «La nuit des saisons mortes et cinq autres nouvelles de malaise» issues de deux recueils (Tales of the Uneasy, 1911; More Tales of the Uneasy, 1925). Toutes ses nouvelles témoignent de son originalité dans le traitement du fantastique et toutes ont une thématique commune: l'ironie du destin, la fragilité des choses humaines et les relations entre la vie et la mort. Tous les théoriciens du fantastique anglo-saxon la tiennent en haute estime: son fantastique débouche sur des considérations bien plus vastes que le fantastique traditionnel.

Éditions José Corti, collection Domaine Romantique. 13,5 x 21,5 cm. 184 pages. ISBN 978-2-714309-77-8. 20 euros.

[article mis en ligne le jeudi 9 octobre 2008]

La Nuit des saisons mortes - Violet Hunt

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La nuit des chiens.
Roman de Lucia Jalba (Éditions ArTitilleurs, 2008).

L'association ArTitilleurs, bien connue des habitants de Château-Thierry et du Sud de l'Aisne (02) pour sa participation active depuis de nombreuses années à la vie culturelle locale, a longtemps diffusé les livres des autres. Elle continue d'ailleurs à le faire avec une redoutable efficacité comme nous pouvons en témoigner. Mais ce sont désormais également ses propres livres qu'elle diffuse puisqu'elle vient de faire paraître son premier titre, le roman de Lucia Jalba, La nuit des chiens. Pour plus de renseignements, n'hésitez pas à visiter le site web des ArTitilleurs.

Résumé: Mes années de lycée s'écoulaient tranquillement come l'eau du Danube. Je n'étais par retournée à l'internat. Mes parents m'avaient trouvé une chambre meublée chez une vieille dame et sans émotion, ni joie, ma vie devint régulière, comme celle de tout le monde. La maison de la vieille dame se trouvait dans un quartier rescapé du plan d'urbanisme. La cour était partagée par deux familles et ma propriétaire. Ancienne maison bourgeoise, elle fut occupée à l'époque de la nationalisation, à la fin des années quarante, par des prolétaires, heureux de faire frire leurs oignons et forniquer sous le toit des feu bourgeois.

La nuit des chiens (Éditions ArTitilleurs, 2008). 978-2-917556-00-9. 10 x 14,5 cm. 221 pages. 10 euros port compris pour la France. ArTitilleurs - 24 rue de la Madeleine - 02400 Château-Thierry - France. http://artitilleurs.free.fr

[article mis en ligne le vendredi 6 juin 2008]

La nuit des chiens - Lucia Jalba

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Peau d'ours.

Album illustré de Camille Jourdy (Éditions Drozophile, coll. Maculatures, 2006).

Il y a de l'Edward Gorey chez Camille Jourdy. Pas seulement, bien sûr, mais un peu. Dans cet album-là, en tout cas. À première lecture, on croit retrouver dans Peau d'ours ce qui fait souvent l'intérêt des singuliers contes graphiques du dessinateur américain trop tôt disparu: cette nonchalance inquiète des personnages, leurs effarements subits et subis devant l'irruption de quidams étrangement inquiétants qui viennent perturber l'ordonnancement bourgeois d'un quotidien torpide au terme d'errances incongrues mais implacables (comme dans L'Invité douteux). Mais cet ours rose chasseur de cyclopes, charmeur de dames désoeuvrées, improbable doudou resurgi des limbes du souvenir enfantin, s'apercevra mais un peu tard que les petites filles ont grandi et que les dangers qui les menacent -- ou les attirent -- ont changé de nature. Le destin cruel et ironique que Camille Jourdy réserve à son personnage entraîne ainsi -- au terme de quelques pages parfois relativement dépouillées et toujours sans paroles -- le lecteur vers une chute grinçante, un trait d'humour noir qui dans d'autres régions du monde passe pour être plus particulièrement prisé dans notre région à nous, ce qui suffirait déjà à distinguer le travail de Camille Jourdy de celui de l'illustre devancier que nous venons d'évoquer.

Avec Peau d'ours, Camille Jourdy a sans doute étonné un lectorat qui, déjà, s'était habitué à ses chroniques intimistes et poétiques (Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d'une vie! ou la série Rosalie Blum, notamment). Cette incursion dans un domaine qui, tout en nous étant plus familier, ne fait que prolonger une oeuvre déjà riche et passionnante, ne peut que nous conforter dans l'idée que le cloisonnement des genres, utile parfois, est souvent relatif. Ajoutons que la délicieuse reliure à dos entoilé que les éditions suisses Drozophile ont réservée à ce petit livre ne pourra que décider les indécis à se procurer au plus tôt cette indispensable Peau d'ours. Si, de passage dans la région doloise, ils ont en outre le plaisir de croiser Camille Jourdy que nous avons rencontrée il y a quelques jours à peine au festival Texte et Bulle, ils connaîtront peut-être le bonheur sans égal de voir leur exemplaire s'orner d'une minutieuse dédicace et d'échanger quelques mots avec cette graphiste discrète au regard malicieux et absorbé.

Peau d'ours (Éditions Drozophile, coll. Maculatures, 2006). ISBN 978-2-940275-33-5. 14 x 19,5 cm. Sérigraphie 3 couleurs, couverture rigide demi-toile, cahiers cousus. 36 pages. 22 euros / 33 francs suisses. Éditions Drozophile, 150 rue de Genève, CH-1226 Thônex, Suisse. www.drozophile.ch

(dimanche 1er juin 2008)
Peau d ours - Camille Jourdy

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Le Boudoir des Gorgones n°19, mai 2008.

Une nouvelle fois, le Boudoir ouvre le dossier inépuisable et néanmoins passionnant du thème de l'horreur végétale (plantes carnivores géantes, essentiellement) qui occupa les auteurs populaires durant plusieurs décennies de la fin du XIXe jusqu'aux années 1930. C'est cette fois Jean-Luc Buard qui nous livre une sélection érudite et commentée des classiques du genre. Au sommaire: «L'Arbre pieuvre» (1914) de H.S. (Henri Sauvère?), «Un homme dévoré par... un arbre» (1921) de Marius Alix, «Note sur "Un homme dévoré par... un arbre"» par Philippe Gontier, «L'Arbre anthropophage» (1934) de Tragon de Bozes, «L'Arbre anthropophage» (1933) de Guy d'Armen, «Une réaction malgache à "L'Arbre anthropophage" de Guy d'Armen», «"L'Intrépide" et les arbres anthropophages» par Jean-Luc Buard, Extrait de La France civilisatrice: Madagascar (1895) de Napoléon Aubanel, «Des abres qui dévorent des hommes? Une aventure miraculeuse qui semble confirmer une vieille fable» (1935) de Rodolphe Pax.
Faute de place et de temps, les rubriques habituelles (Les étranges enquêtes du commissaire Clès, Le Chercheur de Merveilleux) ne sont pas au rendez-vous, mais gageons que ce n'est que partie remise.
Le lecteur curieux de mieux connaître le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

Le Boudoir des Gorgones n°19 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - mai 2008 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

(vendredi 23 mai 2008)
Le Boudoir des Gorgones 19

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Le Scarabée d'Or.

Bande-dessinée de Thouard et Seiter (Casterman, avril 2008).

Le concept du projet par Roger Seiter, scénariste: Le «Scarabée d'Or» est une longue nouvelle dont le thème se prête bien à une adaptation en bandes dessinées. L'idée est donc de remplacer le narrateur du «Scarabée d'Or» par le personnage de William Wilson, c'est à dire Poe lui-même (voir la nouvelle qui porte le titre de «William Wilson»). William Wilson et Edgar Legrand, les deux héros du «Scarabée d'Or», devriendraient ainsi les personnages récurrents que l'on pourra retrouver dans d'autres adaptations des nouvelles de Poe. J'ai donc rajouté à la nouvelle elle-même, qui fait environ douze ou treize chapitres, une dizaine de chapitres supplémentaires, destinés à mieux présenter les personnages et surtout, à terminer cette première adaptation de manière très ouverte. En résumé, le «Scarabée d'Or» respecte complètement la nouvelle de Poe et fonctionne comme un « one-shot Nous retrouverons les personnages dans d'autres adaptations de nouvelles (Le «Double meurtre de la rue Morgue» ou la «Lettre volée» par exemple...). Si tel était le cas, Poe, à travers le personnage de William Wilson, se promènerait dans son oeuvre.

Le Pitch: Caroline du sud, vers 1845. Deux gentlemen, William Wilson et Edgar Legrand sont des amis de longue date. Les deux hommes vivent à Charleston, où ils passent leur temps au «Blue Peter», à jouer aux cartes et à tenir compagnie à la jolie Kitty. Jusqu'au jour où Edgar trouve sur une plage de l'île de Sullivan un extraordinaire scarabée doré. A partir de ce moment, le comportement d'Edgar devient de plus en plus étrange. Il va alors entraîner son ami William et le fidèle Jupiter sur les traces du capitaine Kidd, dans une incroyable chasse au trésor.

Le dessinateur: Jean-Louis Thouard est né à Toulouse et a passé son enfance dans le Jura. Après un diplôme aux Arts déco de Strasbourg et une licence en Arts plastiques, il réalise pour l'édition bon nombre de couvertures, d'albums, de décors... Son goût pour le fantastique le porte naturellement vers les contes, les histoires étranges, les légendes... «Le Scarabée d'Or» est sa première bande-dessinée. www.lebaron-rouge.com >>

Le scénariste: Roger Seiter est né en 1955 à Strasbourg. Historien de formation, il travaille aujourd'hui comme conseiller principal d'éducation. Il commence son oeuvre de scénariste pour Roussel en 1989, avec Après un si long hiver (éd. La nuée bleue). Puis il publie aux éditions Glénat, Simplissisimus avec Frédéric Pillot au dessin, et, en 1995, avec Vincent Bailly, aux éditions Delcourt, la série Coeur de Sang, dont le troisième album parait en janvier 1999. Chez Casterman, il publie les séries Fog, Dies Irae et H.M.S.

L'album Le Scarabée d'Or est paru en avril 2008 chez Casterman bd dans la collection Ligne-rouge. Cet album ouvre une série intitulée «Histoires extraordinaires d'Edgar Poe» destinée à explorer l'univers des nouvelles fantastiques de Poe.

(vendredi 23 mai 2008)
Le Scarabee d'or

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Le Boudoir des Gorgones n°18, décembre 2007.

Encore un numéro thématique pour cette (déjà) 18e livraison. Ce sont cette fois les années 1880, période faste pour le genre fantastique, qui sont explorées: «Apparition» (1883) de Guy de Maupassant, «La Leçon d'anatomie» (1883) de A. De Lauzières-Thémines, «Note sur "La Leçon d'anatomie"» par Noëlle Benhamou, «Les deux avares» (1886) de Catulle Mendès, «Les Crocodiles (1888) de Vernal-Fontenille, «L'épingle d'or» (1889) de Marcel Schwob, et enfin l'inénarrable «Boîte aux lettres» (1896) récit épistolaire attribué à Henriot, A. Robida et Christophe dont on a pu lire les chapitres précédents dans les numéros 14, 15, 16 et 17 du Boudoir, ce qui explique sa présence ici en dépit de sa date de rédaction de 17 ans trop tardive en principe pour pouvoir figurer dans ce numéro thématique.
Toujours pas d'étranges enquêtes du commissaire Clès, donc, numéro thématique oblige, mais nous le retrouverons certainement un jour ou l'autre.
Le lecteur curieux de mieux connaître le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(jeudi 20 décembre 2007)


Le Boudoir des Gorgones n°18 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - décembre 2007 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones 18

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Les Reflets de la conscience, recueil de Michel Rozenberg, 2007.

Présentation de l'éditeur:

Quel est le rôle de l'âme? S'opposer aux désirs interdits? Favoriser l'aboutissement des bons sentiments, des idées nobles? Est-elle capable de comploter à notre endroit, de contrecarrer nos plans, de nous acculer dans nos derniers retranchements? Est-elle le reflet de nos actes ou est-ce au contraire nos agissements qui traduisent sa noirceur?
Imaginez que vos fantasmes les plus secrets soient percés à jour; que les fondations de votre vie se désagrégent; que votre espace se réduise et vous piège; que des objets apparaissent et s'évanouissent autour de vous; que vous arriviez trop tard à chaque événement de votre vie. Que feriez-vous pour empêcher l'inéluctable?
Lorsque le rêve et la réalité se confondent, lorsque des brèches zèbrent le mur de la cohérence, lorsque le banal dérape pas à pas, lorsque les repères et les références s'effilochent, il ne reste plus qu'un ultime garde-fou pour nous protéger de la chute finale: notre conscience. Après Altérations, prix Robert Duterme 2004 et Les maléfices du temps, prix Graham Masterton 2007, celui que certains appellent «le bruxellois successeur de Jean Ray» et que d'autres qualifient de «un des sept piliers du fantastique européen» nous livre ici 7 nouvelles étranges, dans la plus pure lignée des grands conteurs de l'imaginaire.

(novembre 2007)


Michel Rozenberg: Les Reflets de la conscience. Roisin, Belgique: Euryale, 2007. 248 p. ISBN 978-2-9600766-0-8.

Les Reflets de la conscience - Michel Rozenberg

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Le Boudoir des Gorgones n°17, mai 2007.

Au sommaire de ce 17e numéro entièrement consacré à l'anticipation ancienne: «En l'an 2885 !!!» (1885) d'Alfred de Sauvenière, «Joies futures» (1894) de Raoul Minhar, «Boîte aux lettres» (1896) récit épistolaire attribué à Henriot, A. Robida et Christophe dont on a pu lire les chapitres précédents dans les numéros 14, 15 et 16 du Boudoir, «Le Suicide du monde» (1904) de André Saglio, «Un empoisonnement au XXIe siècle» (1887) de Jean Rameau, «L'Amour par fil (En l'an 2000)» (1900) de François de Nion, «Le Ballon-cigare dirigeable» (1908) de Caran d'Ache, «Les Amours d'Antimoine et de Benzamide (conte surhumain)» (1918) de Gaston de Pawlowski.
Pas d'étranges enquêtes du commissaire Clès, donc, numéro thématique oblige, mais gageons qu'il réapparaîtra au mieux de sa forme très bientôt.
Les autres rubriques sont bien là, par contre: «Le Chercheur de merveilleux» (revue de presse de l'étrange, avec notamment d'étranges lumières noctures dans le ciel de Saône-et-Loire) et «Last but not least» (notes de lecture, avec entre autres un compte-rendu de lecture détaillé et élogieux des Terres Creuses de Guy Costes et Joseph Altairac).

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette remarquable entreprise qu'est le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(Mardi 29 mai 2007)


Le Boudoir des Gorgones n°17 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - mai 2007 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones 17

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Claude Seignolle et l'enchangement du monde, Roland Ernould, mai 2007.

Après Claude Seignolle: du sacré à l'étrange (2005) où il dressait l'inventaire des thèmes principaux du monde de Seignolle, et Claude Seignolle ou la puissance du désir (2005) où le lecteur pouvait suivre le parcours de Seignolle de son enfance aux années 1960, Roland Ernould nous livre une troisième étude sur l'auteur. Dans Claude Seignolle et l'enchangement du monde, qui couvre cette fois la période allant de 1960 à la fin de la production littéraire de l'auteur, Roland Ernould s'attache plus que jamais, selon ses propres termes, à rendre justice à la variété, à la richesse et à la complexité d'un auteur qui a su refléter l'esprit de son temps tout en créant une oeuvre profondément originale. On est loin, parfois, de ce personnage de passeur de mémoire, de collecteur des contes et légendes de nos campagnes que Seignolle a constamment mis en avant, comme pour mieux laisser dans l'ombre une oeuvre personnelle profondément ancrée, parfois, dans le quotidien urbain. Quels rapports Seignolle a-t-il véritablement entretenu avec l'occulte, qu'il a complaisamment mis en avant durant une partie de sa carrière littéraire? Que dissimulent les masques que l'on rencontre fréquemment tout au long de son oeuvre? Qui sont ces doubles que l'on y croise tout aussi fréquemment? Ces questions, et bien d'autres avec elles, trouvent dans l'essai de Roland Ernould des réponses parfois inattendues mais toujours passionnantes, car d'une érudition confondante. Claude Seignolle et l'enchangement du monde forme, avec les deux essais précédents que nous citons plus haut, une somme inégalée et indispensable pour tout amateur de Seignolle. On la complètera même utilement par la lecture du chapitre que Roland Ernould consacre à Seignolle dans un autre essai, Quatre approches de la magie, paru en 2003 aux éditions de L'Harmattan.

(mercredi 23 mai 2007)


Roland Ernould: Claude Seignolle et l'enchangement du monde. L'Harmattan, 2007. 444 p. ISBN 978-2-296-02997-2. 31 euros.

Liens: Littératures de l'Imaginaire (site de l'auteur).

Claude Seignolle et l enchantement du monde

Nouveautés José Corti, collection Merveilleux, printemps 2007.

Lien: www.jose-corti.fr.
Éric aux Yeux Brillants, Henry Rider Haggard.
Traduit de l'anglais par Bertrand Fillaudeau.

Résumé de l'éditeur: Au moment où, en France, s'éteignait la grande tradition du roman populaire (Balzac, Dumas, Sue, et tant d'autres) avec le XXe siècle, les Anglo-saxons prenaient le relais et de quelle façon (Stevenson, Kipling, Wilkie Collins, Rider Haggard, etc.). Sir Henry renouvelle complètement le genre du roman d'aventure avec sa capacité d'inventer des histoires élémentaires (C.G. Jung comprit que le romancier avait réussi à atteindre le noeud éternel des archétypes humains) tout en réactivant des genres existants (merveilleux, fantastique, science-fiction, etc.). Éric aux Yeux Brillants est l'une des démonstrations les plus éclatantes de cette étonnante faculté. Fasciné par les sagas islandaises, qu'il a lues et après un voyage en Islande, Rider Haggard, en 1891, se lance. Tout en restant fidèle à l'esprit du genre (les exploits guerriers, la vengeance) il le réinvente en y introduisant de nouveaux éléments, la passion amoureuse et le genre héroïque (on peut penser que Conan le Barbare est tout droit sorti d'Éric), tout comme il fait revivre le «merveilleux magique» cher à Breton. On s'étonne moins dès lors que sir Henry Rider Haggard ait pu fasciner des personnalités aussi différentes que Stevenson, Jung, Kipling ou Henry Miller.

Éditions José Corti, collection Merveilleux n°32. 13,5 x 21,5 cm. 414 pages. ISBN 978-2-714309-37-2. 21 euros.

Eric aux Yeux Brillants - Henry Rider Haggard.
Le Jour où la terre trembla, Henry Rider Haggard.
Traduit de l'anglais et postfacé par Jacques Finné.

Résumé de l'éditeur: Il s'agit là d'un des derniers grands romans de Rider Haggard. Il l'acheva en mars 1917, soutenu par l'enthousiasme de Kipling, car lui-même commence à subir des périodes de dépressions qui alternent avec des vagues de bonheur. Auteur à succès de quelque 50 romans, il sent que l'étau se resserre (son fils unique vient de mourir, la première guerre mondiale, qu'il redoutait, fait rage, sa santé se dégrade), Le Jour où la terre trembla reflète son oscillation entre des extrêmes; parfois plein d'une espérance sincère, ce livre est en même temps très pessimiste. Et si l'homme avait détenu ou détenait un jour le pouvoir de changer l'axe de la terre, qu'adviendrait-il? Après nous avoir enchanté avec ses romans sur les mondes perdus (le cycle de She, Les Mines du Roi Salomon) Rider Haggard réinvente le mythe de l'Atlantide.

Éditions José Corti, collection Merveilleux n°33. 13,5 x 21,5 cm. 432 pages. ISBN 978-2-714309-38-9. 22 euros.

Le Jour ou la terre trembla - Henry Rider Haggard.

Nouveautés Éditions Baleine, collection Baleine Noire, printemps 2007.

Les Éditions Baleine proposent une série de nouveautés au sein de leur collection Baleine Noire, dirigée par J.F. Planet. Cette collection rassemble thrillers, romans d'angoisse, récits, et classiques de la littérature noire. On les reconnaît facilement à leur couverture noire brillante et à leurs trois vignettes, reproduisant à chaque fois les fameux moulages anatomiques en cire du docteur Spitzner.

Lien: www.editionsbaleine.fr.
Le Vengeur, Thomas de Quincey.

Résumé de l'éditeur: Écrit en 1838 par l'auteur de De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts, ce texte aussi bref qu'efficace, amorce la littérature policière contemporaine. Mettant en scène une ville terrorisée par un serial killer, Thomas de Quincey parsème son intrigue d'indices... et de victimes! Crimes massifs et sanglants, meurtrier motivé par une tragique histoire familiale: avec les bases du profiling, c'est un percutant récit de vengeance que nous livre cet auteur du XIXe.

Notre avis: Récit d'une implacable vengeance exercée sur des victimes que, pourtant, seul le hasard ou les caprices d'un bande de fous sanguinaires semblent désigner. Un proto-polar où l'ambiance prime sans doute sur l'intrigue et surtout sur l'enquête, relativement linéaire, mais un document étonnant, indispensable certainement à quiconque s'intéresse un tant soit peu aux origines du récit noir.

Éditions Baleine, collection Baleine Noire. 11,5 x 17 cm. 110 pages. ISBN 978-2-842194-13-0. 5 euros.

Le Vengeur - Thomas de Quincey
Ariel, Lawrence Block.

Ariel. une enfant adoptée et... possédée ? Une famille américaine moyenne. Une maison hantée. Un bébé mort. Une mère devenue folle. Une histoire d'horreur.
Publié en 1980 aux États-Unis, ce roman stupéfiant était resté inédit en français.

Éditions Baleine, collection Baleine Noire. 11,5 x 17 cm. 400 pages. ISBN 978-2-842194-16-1. 12 euros.

Ariel - Lawrence Block
Magie Noire, Gilbert Gallerne.

Vacances paradisiaques sur une île au large de l'Afrique, retrouvailles familiales sur fond de fortune à l'origine douteuse: pour les membres d'une famille à l'ascendance prestigieuse, ce sont les prémices de l'enfer. Entre redoutables prédateurs et malédiction millénaire: les adultes, tout comme les enfants, ne feront pas de vieux os...

Éditions Baleine, collection Baleine Noire. 11,5 x 17 cm. 412 pages. ISBN 978-2-842194-17-8. 8 euros.

Magie Noire - Gilbert Gallerne
Un Dîner de sanglots, Franck Quélen.

Roman gothique moderne, Un dîner de sanglots dévoile les moeurs perverses d'une famille d'aristocrates vivant sous l'emprise d'un patriarche aussi violent que retors. Alors qu'il leur impose la réclusion, il introduit un jour dans leur manoir un jeune homme en apparence inoffensif. Ce dernier est amené à intégrer un univers morbide où le menacent des projets équivoques, et des traditions sadiques.

Éditions Baleine, collection Baleine Noire. 11,5 x 17 cm. 282 pages. ISBN 978-2-842194-15-4. 7 euros.

Un diner de sanglots - Franck Quelen


(1er mai 2007)

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Monk n°1, mars 2007.

Les éditions Silenda (Aix en Provence) viennent de faire paraître le premier numéro de Monk, revue dédiée aux fictions courtes relevant «du fantastique et du merveilleux des villes, des champs et même d'ailleurs...» et animée par Léonor Lara, Sandrine B et Virgine B. Dans ce premier numéro illustré par Fabien Fernandez, les auteurs ont donné leur vision de la couleur rouge.

La mise en pages signée Virginie B., graphiste web de formation, est un modèle de sobriété et d'élégance. La vignette de couverture contrecollée sur bristol gris donne à l'ensemble, en dépit de la mise en pages et de la typographie très contemporaines, une allure intemporelle assez remarquable.

Même si la revue annonce donc en sous-titre qu'elle se préoccupe essentiellement de fantastique et de merveilleux, on remarque que des genres proches sont également abordés. C'est le cas de l'épouvante avec «Sang visage» de Nicolas Bally (variation courte mais efficace sur un thème que le titre dévoile à dessein dès le départ), «Les autres» de Justine Niogret (qu'on peut lire comme le récit du passage de l'aliénation sociale à l'aliénation mentale sauf à croire la narratrice, ce qui plonge alors le récit dans l'horreur surnaturelle et fait finalement de cette nouvelle un bel exemple de conte fantastique!), ou «D'or et de sang» de Charlotte Bousquet (étonnant récit de métempsychose tauromachique, sans doute une première). «Maître Sonaelq est de sortie» renvoie par contre nettement au merveilleux, avec son univers légèrement steampunk qui emprunte à un XIXe urbain, européen, ses moeurs bourgeoises en trompe-l'oeil. Mais c'est là un merveilleux cruel et ironique servi par le style imparablement efficace de Timothée Rey. Si on considère enfin le récit fantastique comme essentiellement ambigu, jouant sur l'hésitation entre explication rationnelle et surnaturelle, deux autres nouvelles participent cette fois pleinement de ce genre: le narrateur de «No Man's Land» de Franck Ferric est-il victime d'hallucinations dans le désert/purgatoire où l'ont relâché ses tortionnaires? Paul le vieux technicien de «Krassnaïa» de Marianne Lesage a-t-il bien vu ce qu'il a cru voir le jour de l'embrasement des studios de West Hollywood? La réponse est ailleurs. Estelle Valls de Gomis, marraine de la revue, inaugure la rubrique «Pages dérobées à la correspondance de...» avec une lettre à Lestat où elle dévoile dans un style très vampire fin-de-siècle toute la complexité de ses sentiments envers M. de Lioncourt. Elle clôt également ce numéro avec la nouvelle symboliste «Double, rouge, impair et passe» où la Vie et la Mort s'affrontent pour mieux s'unir.

Mais, en toute subjectivité (comme nous le disions déjà l'an passé à propos d'une précédente nouvelle de l'auteur parue dans Black Mamba), la réelle surprise de ce numéro est sans nul doute «La Mémoire de l'orchidée» de François Fierobe. Sous ce beau titre se cache un de ces exercices de style tel qu'ont pu les pratiquer en leur temps René Sussan dans L'Anneau de fumée ou Jean-Pierre Bours dans Celui qui pourrissait. Ce récit de club (ainsi pourrait-on qualifier les innombrables contes fantastiques où l'action débute ou est rapportée dans le cadre d'un club britannique), qui est déjà en soi un hommage à toute une littérature, est en outre écrit dans un style d'un classicisme épuré comme on en rencontre rarement de nos jours. Plus inattendu, «La Mémoire de l'orchidée» renvoie enfin dans une certaine mesure à une autre littérature, plus proche de nous dans le temps: la littérature de contrainte. À la suite de circonstances qu'il serait tout simplement criminel de dévoiler ici, le narrateur explore et défriche en effet avec une constance quasi monomaniaque le champ lexical de la couleur (rouge en l'occurrence) avec une maîtrise des nuances et un renouvellement des effets qui font de ce texte un futur classique d'anthologies. Au fil de ce récit, l'auteur multiplie avec à propos de fascinants «déja vu» littéraires qu'il serait fastidieux et encore une fois inexcusable de révéler. Citons simplement l'évocation du trouble qui saisit le narrateur à la vue de ce qu'il ne peut croire être de pures hallucinations et qui renvoie, l'espace d'un instant, aux belles pages que J.H. Rosny Aîné a consacré à semblable rencontre dans sa nouvelle «Un autre monde». Enfin, peut-être nous trompons-nous, mais le nom de cette tribu amérindienne citée par le narrateur semble bien faire un discret écho au patronyme de l'auteur de certain traité de cryptobotanique paru il y a quelques années déjà et dont la poésie est un enchantement de tous les instants pour qui a la chance de dénicher ce curieux volume chez un bouquiniste. Bref, «La Mémoire de l'orchidée» est l'un de ces textes auxquels on repense longtemps après les avoir lus et qui nous font dire avec soulagement: non, je n'ai pas rêvé tout ceci, le livre est là, je peux le relire quand je voudrai. Pour faire de même, rien de plus simple, il suffit de se procurer ce premier numéro de Monk.

Revue trimestrielle éditée par les Éditions Silenda, Rés. Etoile Mirabeau n°3, 50 avenue de Grenade 13100, Aix en Provence, France. 6,90 Euros (frais de port compris pour la France, en plus pour les autres pays). 15x21 cm, couverture 240 g avec illustration couleur contrecollée, illustrations intérieures en noir et blanc, dos carré-collé, 64 pages.

Lien: www.revue-monk.com.

(31 mars 2007)
Monk 1

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Nyarlathotep, février 2007.

Il y a deux ans, Rotomago avait surpris les habitués des adaptations lovecraftiennes classiques (comprendre: horrifiques et un brin outrées) en scénarisant une nouvelle de Lovecraft: «Le Temple» (1920). Le résultat, un album intitulé U-29, dessiné et mis en couleurs par Florent Calvez, s'était avéré fidèle à l'ambiance originale d'une histoire qui ne compte sans doute pas parmi les plus connues de l'auteur. U-29 témoigne d'un travail rigoureux, qu'on peut par instants trouver un peu appliqué, et qui rompt toutefois nettement avec la tradition certes sympathique mais un peu usée des monstres indicibles et autres yog-sothotheries, pour reprendre l'expression chère à Lovecraft lui-même. Rotomago, en compagnie cette fois du dessinateur Julien Noirel, adapte à présent dans le même esprit un texte datant de la même année: «Nyarlathotep».

«Nyarlathotep», c'est, à l'origine, ce poème en prose envoûtant inspiré à Lovecraft par un cauchemar particulièrement réaliste dont il entreprit la transcription alors même qu'il se trouvait encore dans un demi-sommeil, comme il le confia dans une lettre aujourd'hui fameuse à son ami Rheinart Kleiner. Le personnage qui donne son nom à ce court récit est l'une des créations les plus énigmatiques et les plus fascinantes de Lovecraft. Cet égyptien mystérieux, organisateur de projections cinématographiques apocalyptiques, démonstrateur de merveilles scientifiques indicibles qui sèment le trouble dans l'esprit des spectateurs, semble annoncer (accompagner? provoquer? révéler?) la fin du monde tel que les hommes l'ont connu jusqu'alors. Telle la pierre de touche, ses spectacles semblent dessiller les yeux des hommes, pour leur plus grand malheur. Ce thème éminemment lovecraftien est ici traité, comme c'était le cas dans U-29, avec une fidélité scrupuleuse. Il trouve en outre une résonance particulière aujourd'hui, notamment par l'évocation des dérèglements climatiques, des troubles sociaux et du mal être général qui accompagne la venue du Chaos Rampant, Noir Messager des Grands Anciens.

Lorsqu'on découvre l'album de Rotomago et Julien Noirel, on est d'emblée dérouté par le côté statique des personnages, le rendu un peu photographique qui semble par endroits presque malhabile à force de précision. Puis, à mesure que l'on entre dans l'histoire, on mesure qu'il y a là une façon originale et efficace de demeurer un peu en retrait, de laisser l'ambiance s'installer d'elle-même. C'est une démarche qui semble à l'opposé de celle du génial Breccia (à qui on ne peut s'empêcher de comparer toute tentative sérieuse d'adaptation lovecraftienne), mais qui paraît en définitive tout aussi efficace. Le découpage de Rotomago, la mise en pages (utilisation fréquente des pleines pages), tout concourt à installer l'ambiance, ce qui est bien évidement essentiel avec pareil récit. L'utilisation de couleurs froides, ou de couleurs censément chaudes que leur traitement fait paraître ici presque froides, renforce encore le sentiment d'oppression du lecteur. C'est d'autant plus appréciable qu'on aurait tendance à imaginer l'adaptation d'un rêve en noir et blanc. C'est le cas, par exemple, du court métrage réalisé en 2001 aux États-Unis par Christian Matzke à partir du même récit.

Précisons que la BD proprement dite est suivie d'un poème de Lovecraft également intitulé «Nyarlathotep» et tiré de sa fameuse série de sonnets, Les Fungi de Yuggoth, écrits dix ans plus tard. Le texte en est illustré de vignettes en noir et blanc par Julien Noirel et suivi de la lettre de Lovecraft que nous évoquions plus haut, utilement annotée par Rotomago, également responsable de l'ensemble des traductions, ce qui témoigne là encore du sérieux avec lequel ce projet a été mené.

Nyarlathotep, de Rotomago (adaptation, découpage et lettrage) et Julien Noirel (dessins et couleurs), Akileos , 2007. 24,5 x 33 cm, 58 p. Couverture pelliculée mat, dos entoilé noir. 15 Euros.

(20 février 2007)
Nyarlathotep

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Black Mamba n°5, janvier 2007.

Couverture résolument polar d'Anthony Geoffroy pour la «Revue des littératures Pulp» qui, devenue trimestrielle, se veut donc désormais plus qu'un magazine (puisque tel était son titre auparavant). Les différentes rubriques se sont étoffées et des articles de fond ont fait leur apparition, faisant effectivement désormais de Black Mamba une revue de référence pour les amateurs du genre.
Signalons tout d'abord, charité bien ordonnée commençant par soi-même, que dans ce numéro figure une adaptation en BD des aventures de Coolter et Quincampoix, les infatigables investigateurs de l'Étrange, que les fidèles (et patients) lecteurs de La Clef d'Argent connaissent bien. Sur un scénario original de Jonas Lenn, qui a déjà écrit plusieurs aventures de Coolter et Quincampoix parues ou à paraître dans la collection Ténèbres & Cie, Sylvain Chevalier a mis en scène avec une aisance déconcertante les deux loustics. Le résultat vaut le coup d'oeil. Rappelons pour les étourdis que nous devions déjà à Sylvain Chevalier, dans un registre subtilement différent, les illustrations du roman de Jonas Lenn, La Spirale de Lug.
Au sommaire: «Lola», nouvelle de David Miserque illustrée par Damien Venzi. «Heze», nouvelle de Nicolas Benard illustrée par Thomas Balard. «Chaos», BD de Samir Haniche. «Le Conservateur des enfers», nouvelle de Kaily Caine illustrée par Alexandre Tuisr. «Coolter & Quincampoix: Tout feu tout flamme», BD de Sylvain Chevalier sur un scénario de Jonas Lenn. «Épilogue», nouvelle de Jacques Fuentealba illustrée par Samuel Figuière.

Revue trimestrielle éditée par les Éditions Céléphaïs, 72 chemin des Pêcheurs, 30900 Nîmes, France. 18x25cm, 70 p, 4,50 Euros.

(5 janvier 2007)
Lien: www.blackmamba.fr.
Black Mamba 5

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Le Boudoir des Gorgones n°16, octobre 2006 (parution en décembre).

Au sommaire de ce 16e numéro: «Le Cécube de l'an 79» (1877) de Gustave Toudouze (suivi de «Pompéi dans la littérature fantastique de 1850 à 1900» par Marie-France David-de Palacio), «Une histoire de loup» (1892) de A. De Nouval, «La Lampe» (1892) de Gaston Danville (suivi d'une étude sur Gaston Danville par Marie-France David-de Palacio et Philippe Gontier), «Une histoire étrange» (1892) de G. Sénéchal, «Boîte aux lettres» (1896) récit épistolaire attribué à Henriot, A. Robida et Christophe dont on a pu lire les chapitres précédents dans les numéros 14 et 15 du Boudoir.
Les étranges enquêtes du commissaire Clès continuent et c'est cette fois Amélith Deslandes, bien connue des amateurs de littérature gothique, qui reprend dans sa nouvelle «Les Nuits affamées» le personnage du commissaire bourru, pipu et moustachu inventé par Philippe Gontier.
Depuis quelques numéros il avait disparu, il est de retour: le port-folio d'illustrations anciennes et oubliées. Le Boudoir nous offre à redécouvrir dans ce numéro «The Giant Hands» (1856) d'Alfred Crowquill.
Les habituelles rubriques sont là, pour notre plus grand plaisir (que nous ne bouderons donc pas): «Le Chercheur de merveilleux» (revue de presse de l'étrange) et «Last but not least» (notes de lecture).

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette remarquable entreprise qu'est le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(6 décembre 2006)


Le Boudoir des Gorgones n°16 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - octobre 2006 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones 16

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Vathek, 2006.

À la lecture de cette adaptation du conte oriental de Beckford, on a la surprise de redécouvrir (pour peu qu'on l'ait déjà lue, naturellement) une histoire qu'on croyait connaître, ce qui est déjà en soi assez épatant. Toutes sortes de petits détails vous sautent alors aux yeux, à côté desquels vous étiez bêtement passé. Des connections avec Clark Ashton Smith notamment (grand lecteur de Beckford, Smith a même écrit une suite à Vathek). Des choses parfois anecdotiques mais amusantes, comme la fuite grotesque du Giaour, ce personnage de démon tentateur dont la fuite sous forme de punching ball vivant déclenche une scène de violence collective digne du René Girard de La Violence et le Sacré ou du Bouc émissaire. Cette scène rappelle en fait assez nettement, avec un certain nombre de variantes sans doute, la fuite du nécromant dans la nouvelle de Smith «Le Voyage du Roi Euvoran». Le destin de Vathek rappelle en partie celui, plus prosaïque, d'Avoosl Wuthoqquan dans «Le Destin d'Avoosl Wuthoqquan» ou, sur un ton moins moralisateur, celui, plus ironique, de Ralibar Vooz dans «Les Sept sortilèges». Pour certains détails, Patrick Mallet s'est d'ailleurs inspiré directement de Smith: les grandes idoles noires à l'entrée de la cité abandonnée d'Istakhar, ou le destin même de cette ville ravagée par un tremblement de terre où les survivants ont été asphyxiés par des vapeurs souterraines nocives, tout cela est directement tiré de la nouvelle de Clark Ashton Smith «Le Frai de la tombe» et ne figure pas dans le conte de Beckford. Pour le reste, c'est-à-dire l'essentiel, cette adaptation est scrupuleusement fidèle à l'original et lui vaudra sans doute de nouveaux lecteurs.
Les couleurs de Laurence Croix sont superbes, que ce soit pour le quotidien, lorsqu'elles sont «naturelles», ou pour des scènes plus tragiques, lorsqu'elles accompagnent l'action (rouge pour la violence, le mal; bleu pour l'apaisement, l'apparition des djinns rédempteurs, etc.). Les quelques jardins qu'on aperçoit sont, là encore, très smithiens, avec leur profusion végétale tachetée d'écarlate par des orchidées languides.
Le format carré et le découpage soigné du récit sont parfaitement adaptés à ce conte sombre et ironique. Le Vathek de Patrick Mallet est un bel objet dont on est heureux de se dire qu'il existe, d'autant plus qu'on en possède un exemplaire!

(11 novembre 2006)


Patrick Mallet: Vathek. Glénat, coll. Carrément BD, 2006. 60 p. 30 x 30 cm. ISBN 2-723455-69-6. 14,99 euros.

Présentation de l'éditeur: La soif de pouvoir est au coeur de Vathek, ce récit imaginé au XVIIIe siècle par un Anglais écrivant en français : William Beckford. Patrick Mallet s'est emparé de son roman pour en faire une adaptation majestueuse où l'on retrouve une galerie de personnages dignes des Mille et Une Nuits. Que ce soit le Giaour, étrange visiteur aux pouvoirs divers, Elbis, le roi des Enfers, la belle Nouronihar ou la mère possessive de Vathek calife de Samarah: le casting est solide pour assurer cette mise en bande dessinée d'un conte sulfureux et moral qui étonne par sa modernité. Fable sur le pouvoir et les dangers qui en découlent, thème fantastique aux images oniriques saisissantes, ce nouvel opus de la collection Carrément BD devrait ravir de nombreux lecteurs. Un découpage éclaté et une mise en couleurs chatoyante participent à cette entreprise artistique qui en étonnera plus d'un...

Résumé de l'éditeur: Une oeuvre fabuleuse au pays des mille et une nuits. Vathek, le calife de Samarah est prêt à toutes les folies pour parvenir au pouvoir ultime dont il rêve. Le Giaour, un étrange visiteur, lui promet de le conduire dans un pays souterrain où tout est fabuleux. Après avoir sacrifié cinquante enfants au Giaour et à son maître Elbis le roi des enfers, Vathek prend la route d'Istakhar où il tombe amoureux de la belle Nouronihar qu'il épouse. Le couple arrive dans un immense palais peuplé de spectres gémissants. Elbis, le prince des lieux, leur promet d'y trouver de quoi contenter leur insatiable curiosité. Carathis, la mère du calife elle aussi disciple d'Elbis, le rejoint pour assister au cruel sort qui lui est réservé. Patrick Mallet a dapte avec passion ce roman à la fois sulfureux et drôle écrit à vingt ans en trois jours et deux nuits par William Becford, en langue française, selon lui après une orgie mémorable, organisée pour le Noël 1781.

Lien: Glénat (site de l'éditeur).

Vathek - William Beckford / Patrick Mallet / Laurence Croix

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Le Boudoir des Gorgones n°15, juin 2006 (parution en octobre).

Au sommaire de ce 15e numéro: «Maison tranquille» (1888) de Jules Lermina, «Les yeux du mort» (1891) de Jean Lorrain, suivi d'une présentation de l'auteur par Isabelle Soriano et Philippe Gontier, «Boîte aux lettres» (1896) récit épistolaire attribué à Henriot, A. Robida et Christophe dont on a pu lire la première partie dans le précédent numéro, «La Chose qui pleurait sous la pierre» de Viviane Etrivert. L'habituelle rubrique «Le Chercheur de merveilleux» (revue de presse de l'étrange) ravira une fois de plus les habitués avec des envois de Claude Hermier et François Fiérobe, suivie, «Last but not least», d'une copieuse rubrique de notes de lecture. Et c'est son titre («Last but not least»).

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette remarquable entreprise qu'est le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(10 octobre 2006)


Le Boudoir des Gorgones n°15 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - juin 2006 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones 15

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Black Mamba n°4, septembre 2006.

Sous une couverture très pulp de Vincent Minck, le «Magazine des littératures Pulp» devient trimestriel avec ce n°4 et renouvelle en partie son équipe éditoriale. On retrouve néanmoins ce qui caractérise le magazine depuis l'origine: un mélange de textes toujours illustrés et de BD, complété par des notes de lecture et des dossiers thématiques. Le tout étant clairement orienté vers la culture pulp au sens le plus large du terme.
Signalons tout d'abord (foin de fausse modestie) qu'avec ce numéro la nouvelle équipe inaugure une rubrique intitulée "Zoom sur...". Cette rubrique, comme son nom l'indique assez clairement, fait le point sur un sujet donné, en l'occurence un éditeur... La Clef d'Argent. Pas moins de six pages illustrées nous sont donc consacrées, où vous pourrez apprendre tout ce que vous ne savez pas déjà sur La Clef d'Argent, ses projets (en retard), et ses ambitions (démesurées).
Au sommaire, on trouve aussi et surtout: «La Reine des fourmis» de Jonas Lenn (gentille chinoiserie illustrée par Herval qui prouve si besoin en était, après la publication de «L'Éléphant vert» dans le numéro 1 de Black Mamba, que Jonas Lenn maîtrise avec une égale aisance des registres très différents), «Balade sentimentale» d'Eric Girold (nouvelle noire illustrée par Stéphane Gallais), «Le Chat de Tchernobyl» de Jean-Pierre Laigle (nouvelle SF illustrée par Gaëlle Beerens), «Concerto pour une résurrection» de Karim Berrouka (nouvelle fantastique illustrée par Thomas Balard, délire sympathique mais un peu long et truffé d'argot parfois hélas un peu surfait sur le retour des géants du rock resuscités pour contrer les transnationales de la soupe musicale), «Ensevelir les mots» (BD de Eric Henninot, belle variation sur un thème qu'on pourrait croire usé: la transformation d'un... hum, impossible d'aller plus loin sans déflorer le sujet, désolé), «Just like a movie» (BD de Olivier Rochier), «Tierce Mineure» (BD de Hepken/Damien Venzi).
Un dossier sur l'Heroïc Fantasy au cinéma fait le tour de la question de façon assez synthétique mais n'apprendra rien aux fans du genre car il semble avant tout destiné aux nouveaux convertis au genre. L'interview de Laurent Whale, auteur SF, intéressera par contre tous ceux qui ont eu un jour envie d'écrire.

En 4 numéros (5 si on compte le numéro pilote), Black Mamba est parvenu à mettre au point une formule très satisfaisante servie par une cohérence graphique indéniable. Le format moyen (18x25cm) est très agréable.

Magazine trimestriel édité par les Éditions Céléphaïs, 72 chemin des Pêcheurs, 30900 Nîmes, France. 18x25cm, 70 p, 4,50 Euros.

(9 octobre 2006)
Lien: www.blackmamba.fr.
Black Mamba 4

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Sable n°5 (édition espagnole), octobre 2006.

Poursuivant son labeur de bénédictin de l'Imaginaire, l'inlassable rédacteur/traducteur/maquettiste de la revue espagnole Sable, Fermín Moreno Gonzáles, vient de faire paraître un nouveau numéro. La présente livraison est cette fois en castillan puisqu'il s'agit de l'édition espagnole de Sable, à ne pas confondre avec l'édition française que nous chroniquons plus bas ni avec l'édition anglaise en projet! On notera avec intérêt la présence de notre ami Jonas Lenn avec «De una vida a otra», nouvelle illustrée par Johann. Également au sommaire: «Buena obra» de Franco Arcadia (illustrations de Sebastián Cudicio), «Mariposas nocturnas» de Denis Labbé (ilust. de Alexandre Folliot), «Regálame una estrella» de Khristo Poshtakov (ilust. de Jean-Félix Lyon), «¿Solita, linda?» de Claudia De Bella (ilust. de Chema Lera), «Olor a humo, sabor a muerte» de Frank Roger (ilust. de Carlos Gómez), «Descuento fatal» de Guillaume Suzanne (ilust. de Rózsa Tatár), «El destino de los dioses» de Olivier Gechter (ilust. de Jean-Félix Lyon), «La traición» de David Jasso (ilust. de Alberto Hernández), «La ducha» de Lucie Chenu (ilust. de Fred Grivaud), «El último sueño de Bwona Khubla» de Lord Dunsany (ilust. de Mia Bengtsson), «Lazos familiares» BD de Pablo Leirós et David Braña, «Arte moderno» BD de Fernando Acosta y Eleonora Korsartz, «Primate» BD de J. J. Rovella. Couverture de John Zeleznik. On l'aura compris, même si les français sont nombreux au sommaire, la lecture de ce numéro implique une certaine aisance en castillan.

Plus d'infos sur le site de la revue (consultable en castillan, français et anglais).

(9 octobre 2006)


Format: A4, 52 p. agrafé, couv. couleur. 4,95 Euros.

Liens: www.revistasable.com.

Sable 5

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Khimaira n°4, octobre/décembre 2006.

Ce numéro 8 de Khimaira est (déjà) le dernier numéro de l'année. Il comporte notamment un dossier très complet sur les robots dans l'imaginaire SF, des origines du mythe à nos jours, avec une série de micro-dossiers (Ces machines qui nous ressemblent, Les robots d'Asimov, Les robots Anges ou démons, Coeurs sensibles dans corps d'acier) et un entretien avec Louis (42 agents intergalactiques) et Geyser (Omnopolis). On notera deux nouvelles de qualité: «Prise» de Stan Nichols et «La Vie et la mort des Cigales» de Jean-Pierre Planque. Oui, le JPP des célèbres et récurrentes mises à jour du site Infini que les abonnés de sf-info connaissent bien. «La Vie et la mort des Cigales» est un beau texte sur le mal de vivre et la métamorphose mettant en scène de façon poétique et légèrement uchronique l'Homère des insectes, Jean Henri Fabre (1823-1915). On est juste un peu décontenancé par l'irrépressible besoin qu'éprouve le narrateur de vanter à plusieurs reprises sa région et les produits de son terroir, sans que cela ait a priori de rapport direct avec l'histoire. De nombreux entretiens: E. et R. Lebreton, Michael Moorcock, Raymond E. Feist, Jean-Louis Fetjaine, Olivier Ledroit et Pat Mills, Clémence Poésy, Tragic Black, Delayaman, Soysoy. Des articles: Les Technopères, La Roussalka, Pan/Grind House, Fritz Lang, Anime 2006, Leipzig 2006, Eureka Seven, Tyler Bates, La Hache et le Feu, Les dessous de Tessa. On est parfois étonné de voir ressurgir au fil des articles le cliché (qu'on reproche souvent aux chroniqueurs mainstream) selon lequel un texte de SF qui donne à réfléchir sur autre chose que les thèmes classiques de la SF irait «au-delà» de la SF, serait «plus» que de la SF.

Khimaira nouvelle série a désormais éliminé ses quelques défauts de (seconde) jeunesse et offre dans une mise en pages agréable un contenu éditorial de plus en plus maîtrisé et ciblé ainsi qu'une foule d'informations et de conseils de lecture en tous genres. Le public visé est clairement celui des ados.

100 pages couleurs. 6 Euros. La revue est disponible par abonnement et mise en vente chez tous les marchands de journaux.

(4 octobre 2006)


Lien: Khimaira.

Khimaira 8

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L'Alambic est mort, vive l'Alamblog!

Inespéré et réjouissant: on nous signale, de source sûre, la renaissance de l'Alambic, la fameuse lettre d'information littéraire d'Éric Dussert, sous la forme d'un blog: l'Alamblog. Les nostalgiques de la feuille verte, où se cotôyaient annonces de parution improbables, coups de gueules nécessaires et critiques jubilatoires peuvent d'ores et déjà se féliciter, ils ne sont plus qu'à un clic de souris de cette indispensable source de petits bonheurs littéraires.



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Black Mamba n°3, juin 2006.

Parution du numéro 3 de Black Mamba, le «magazine des littératures et bandes dessinées 100% Pulp».
Au sommaire, Polar, SF, aventure et Fantastique, avec: «Cloaca Maxima» de Peggy van Peteghem (Fantasy), «Défaillance» de Morethil (SF), «Double Je» de Jean-pierre Cancel (Fantastique), «Jamais après minuit» de Jacques Fuentealba (Fantastique), «Rico» de Kevin McGregor (Western/aventure), «Reversible» de Line Parmentier et Lydie Bette (BD SF), «Le jour d'avant» de Freddy Cash et Vinz (BD SF). Dossiers thématiques: Mars en littérature et interview des Editions Kymera. La rubrique critique s'étoffe avec ce troisième numéro, où elle double de volume.

Prix: 4,50 Euros.

(21 juin 2006)
Lien: www.blackmamba.fr.
Black Mamba

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Black Mamba n°2, mars-avril 2006.

Les éditions associatives Céléphaïs viennent de faire paraître le 2e numéro de Black Mamba, le «magazine des littératures et bandes dessinées 100% Pulp».
Au sommaire, quatre nouvelles exclusives et illustrées représentant les genres Polar, SF et Fantastique: «Métamorphoses» d'Éric Girold, «Daemoniacus in Whisky» de François Fierobe, «Ed se lève» de Gilles Béreszynski et «L'école de l'Excellence» de Thomas Dumoulin. 2 BD: «Cas de conscience» de Freddy Cash et Vinz, «Aller Simple» d'Éric Henninot, le tout suivi d'un article de Simon Sanahujas sur Lovecraft, Clark Ashton Smith et Robert E. Howard, intitulé fort à propos «Les trois mousquetaires de Weird Tales».
Ce qui surprend le plus dans ce numéro -- comme dans le précédent d'ailleurs -- c'est un parti pris affiché et assumé de faire cohabiter des oeuvres relativement inégales. Ainsi la BD «Cas de conscience», au graphisme encore parfois malhabile, au scénario assez faible, soutient-elle difficilement la comparaison avec «Aller simple», qui aurait eu parfaitement sa place dans le Métal Hurlant de la grande époque. De même, des textes comme «Ed se lève», variation honnête mais assez convenue sur les caprices du destin, ou «L'école de l'excellence», concession là encore assez convenue à la mode nippone, sont assez loin d'égaler «Métamorphoses», d'Éric Girold, beau texte SF à l'écriture aboutie et personnelle. Mais, en toute subjectivité, la réelle surprise de ce numéro est sans doute «Daemoniacus in Whisky». Véritable pastiche/hommage lovecraftien truffé de clins d'oeil érudits, mais sans référence flagrante et gratuite, le texte de François Fiérobe témoigne, sans ostentation, d'une authentique maîtrise de l'écriture et d'une jubilation certaine. L'intrigue de ce «à la manière de» aura par la force des choses un air de déjà vu pour les lovecraftophiles, mais là où François Fiérobe innove, sans pour autant trahir l'esprit de Lovecraft, c'est dans l'analyse en filigrane de la fascination de l'horreur chez ses personnages. Un joli tour de force. L'article de Simon Sanahujas sur les trois mousquetaires de Weird Tales complète donc utilement ce numéro, même s'il apparaîtra sans doute un peu superficiel aux passionnés des auteurs en question puisqu'il s'adresse en premier lieu, bien qu'il soit très complet, aux non-spécialistes qui ne connaîtraient pas encore les auteurs en question. On notera par contre avec un effroi indicible une orthographe assez aléatoire des principaux noms: "Howard Philippe Lovecraft" ou "Howard Philip Lovecraft" (pour "Phillips" qui était en fait le nom de famille du grand-père maternel de Lovecraft), ou "Cthulu" (pour "Cthulhu"). Mais en dehors de ce détail, l'article de Simon Sanahuja est extrêmement synthétique et incitera certainement de nouveaux lecteurs à découvrir l'univers de HPL, CAS et REH.
Les nombreuses illustrations de ce numéro sont souvent remarquables mais elles n'ont qu'un défaut: révéler quasi-systématiquement les points forts et l'issue des nouvelles avant qu'on ait eu le temps de les terminer. Peut-être qu'une mise en pages plus judicieuse aurait permis d'atténuer ce problème.
En dépit de ces quelques défauts de jeunesse, Black Mamba est une revue prometteuse, à la ligne éditoriale claire, qu'on lit avec plaisir. Que demander de plus? Peut-être une rubrique critique (livres, films) légèrement plus fournie.

Prix: 4,50 Euros.

(11 mars 2006)
Lien: www.blackmamba.fr.
Black Mamba

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Les Maléfices du Temps, recueil de Michel Rozenberg, 2006.

On s'en souvient, Michel Rozenberg avait fait paraître en 2003, aux éditions du Colibris, un premier recueil de nouvelles intitulé Altérations (prix Robert Duterme 2004). C'est aux éditions Nuit d'Avril, qui prévoient de rééditer très prochainement cet ouvrage aujourd'hui épuisé, que l'auteur vient tout juste de publier son deuxième recueil: Les Maléfices du temps. Deux bonnes nouvelles pour tous ceux qui apprécient un fantastique tel qu'ont su le pratiquer des auteurs comme Thomas Owen, Jean Ray, Gérard Prévot ou, plus près de nous, Jean-Pierre Bours. Témoignant d'un attachement certain pour «l'école belge», Michel Rozenberg avait su déjà, avec son premier recueil, renouveler avec élégance un genre relativement délaissé ces dernières années: le fantastique de l'âme des lieux oubliés, le fantastique de la lente acceptation de la survivance impossible mais indéniable d'un quelque chose qui ne devrait plus être, mais aussi le fantastique du bizarre confinant à l'absurde, menant à la folie. Avec Les Maléfices du Temps, Michel Rozenberg confirme cet attachement et montre une fois encore qu'il a su se donner les moyens de l'assumer. La lecture de ce recueil confirme également un choix délibéré: l'auteur pratique volontiers une nouvelle hybride, à mi-chemin entre le récit court, à chute, et le texte d'ambiance, nécessairement plus long. Au risque, peut-être, de ne satisfaire pleinement ni les amateurs de l'un, ni les inconditionnels de l'autre. Il est pourtant plus probable, à la lecture des cinq textes qui composent ce recueil de 180 pages, que tous y trouvent leur compte. Sans perdre de vue le thème central du recueil, le temps, Michel Rozenberg renouvelle souvent avec originalité des thèmes désormais classiques en fantastique: malédiction dont on cherche à se débarrasser en la transmettant à autrui («Les Maléfices du Temps»), difficulté à démêler réalité vécue et réalité potentielle («Le temps d'aimer»), amnésie («À rebrousse temps»), personnage hanté par son passé («Les Spectres du temps»), limite entre réalité et fiction («Le Temps fissuré»). Certains reprocheront sans doute à Michel Rozenberg une écriture trop classique, l'emploi fréquent de locutions convenues, parfois légèrement désuètes. C'est un choix d'écriture qui en vaut d'autres et qui en l'occurrence semble plutôt bien assumé.
Saluons au passage le travail des éditions Nuit d'Avril et surtout leur courage: la relative désaffection du public pour le fantastique, ces dernières années, rend leur entreprise d'autant plus méritoire.

(mars 2006)


Michel Rozenberg: Les Maléfices du Temps. Oulon: Nuit d'Avril, 2005. 180 p. 14,50 euros.

Lien: Nuit d'Avril (site de l'éditeur).

Les Malefices du Temps - Michel Rozenberg

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Black Mamba n°1, 16 janvier-février 2006.

Après un numéro pilote qui a permis à l'équipe des éditions associatives Céléphaïs de rôder son projet, le «magazine des littératures et bandes dessinées 100% Pulp» sort enfin son numéro 1. Une orientation résolument polar pour ce premier numéro d'un magazine qui ambitionne tout de même, sur le long terme, d'offrir un panorama le plus large possible de l'imaginaire tendance Pulp. Au sommaire, quatre nouvelles, «Suprême saveur» de Véronique Cabon d'Angelo, «Ils arrivèrent» de Freddy Cash, «Flashes» de Michel Rozenberg et «L'Éléphant vert» de Jonas Lenn et deux BD «Willy Dynamite» de Vincent Minck et «Avis de tempête» de Thomas Balard. L'habituelle rubrique livres/BD/CD/DVD/sorties cinéma encore peut-être un peu courte, et un article sur les nouvelles éditions Rivière Blanche, de Philippe Ward, qui a entrepris de «ressusciter» la collection Anticipation du Fleuve Noir, telle qu'elle était dans les années 1970.
Black Mamba se présente sous la forme d'une revue au format intermédiaire (18x24 cm, très pratique à emporter pour la lire n'importe où) et à la couverture semi-rigide, et à la maquette intérieure soignée, ce qui en fait un bel objet. Prix: 4,50 Euros.

(janvier 2006)
Lien: www.blackmamba.fr.
Black Mamba

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Claude Seignolle ou la puissance du désir, Roland Ernould, 4e trim. 2005.

Après Claude Seignolle: du sacré à l'étrange (2005) Roland Ernould revient sur Claude Seignolle. Dans cet essai essentiellement biographique le lecteur habitué au conteur paysan, au fantastiqueur de la ruralité, dérouté peut-être déjà par un Seignolle bien différent qu'il avait pu découvrir dans Les loups verts, apprend à connaître un Seignolle inattendu, surprenant, mais finalement plus «complet» que l'image monolithique que le Meneur de loups s'est appliqué à donner de lui-même. Passionnant.

(janvier 2006)


Roland Ernould: Claude Seignolle ou la puissance du désir. Paris, Hesse, 2005. 314 p. ISBN 2-911272-82-X. 26 euros.

Liens: Littératures de l'Imaginaire (site de l'auteur).

Claude Seignolle

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Le Boudoir des Gorgones n°13, octobre 2005.

Au sommaire de ce 13e numéro: «La Terreur future» (1891) de Marcel Schwob, où d'étranges hommes en noir, au regard froid, sèment une panique irrationnelle en massacrant leurs concitoyens (la description faite par Schwob de ces événements nocturnes évoque impossiblement mais irrésistiblement la Nuit de Cristal); «En l'an 2745» (1905) de N. de Montferrato, une représentation satirique d'un futur probable de l'humanité; «La Disparition du rouge» (1908) de François Pafiou, où nous assistons sur le mode tragi-comique aux conséquences d'une modification inattendue du spectre solaire; «La Race qui vaincra» (1910) de Jules Sageret, où l'homo sapiens voit sa suprématie menacée par l'apparition de mutants d'un genre particulier (dénués du sens de la propriété, ils s'organisent spontanément en communautés où on ignore jusqu'à l'instinct parental). Naturellement, et comme toujours, c'est le texte de Schwob qui se distingue par son style et le ton si particulier qu'il donne à son récit singulier, proche par certains côtés du poème en prose.

Outre l'incontournable «Chercheur de Merveilleux» (dossier de presse de l'étrange) ce numéro comporte enfin un magnifique portfolio de 12 illustrations de Henri Lanos, dessinateur injustement oublié qui excella, notamment mais pas seulement, dans la représentation d'engins volants et d'infrastructures industrielles futuristes.

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette remarquable entreprise qu'est le Boudoir des Gorgones orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(octobre 2005)


Le Boudoir des Gorgones n°13 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - octobre 2005 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones 13

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Khimaira n°4, octobre/décembre 2005.

Dossier Détectives de l'Étrange pour ce 4e n° de Khimaira: Policier et fantastique, interview de Valerio Evangelisti, Sherlock Holmes, l'incontournable Da Vinci Code, les Détectives de l'Étrange en BD, au cinéma, dans les jeux de rôle et... une demi-page consacrée à La Clef d'Argent, ce qui nous fait d'autant plus plaisir que l'autre demi-page est consacrée aux éditions Terre de Brume, un voisinage plutôt sympathique (d'ailleurs l'article s'intitule La Clef des Brumes).
Parmi les nombreux entretiens, on notera une rencontre chaleureuse avec Pierre Dubois, elficologue, scénariste BD (il aurait même inspiré à Loisel son Peter Pan), dont le formidable alter ego est né voici quelques années sous la plume de Sfar: Petrus Barbygère.
Trois nouvelles composent la rubrique fiction de ce numéro: «entretiens avec un transparent» de Roland C. Wagner (ils sont déjà parmi nous!), «Maison-Monstre» de Jérôme Noirez, et «Supermarkt» d'Anthelme Hauchecorne.

Après seulement 4 numéros, Khimaira nouvelle série a pris son rythme de croisière. Une bonne formule qui devrait séduire les lecteurs.

(octobre 2005)


Lien: Khimaira.

Khimaira 4

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Black Mamba, n° pilote, octobre 2005.

Les éditions associatives Céléphaïs, basées à Nîmes, annoncent la parution imminente de Black Mamba, revue qui sera disponible en librairie. Black Mamba proposera nouvelles, BDs et illustrations dans un style résolument pulp, où priorité sera donnée au divertissement et à l'imaginaire. Le site de la revue se présente comme la plate-forme des travaux d'édition de l'équipe rédactionnelle. Au sommaire du numéro pilote: «Le Paquet», nouvelle de Michel Rozenberg illustrée par Gaelle Beerens, «Route 49», nouvelle de Freddy Cash illustrée par Vincent Partel, «Le monde dans ses yeux», nouvelle de Xavier Dollo illustrée par Vincent Minck, «Lady Loreley», BD de Fatadaga et Vincent Partel. Prix de lancement: 2 Euros seulement.

(septembre 2005)
Liens: www.blackmamba.fr.
Black Mamba

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Sable n°1 (édition française), août 2005.

L'infatigable rédacteur de la revue espagnole Sable, Fermín Moreno Gonzáles, vient de faire paraître une édition française de sa revue. Sable édition française propose dans son premier numéro des nouvelles de Jean-Pierre Planque, Victor Miguel Gallardo Barragán, Pierre-Luc Lafrance, Alan W. Wolf, Sergio Gaut vel Hartman, Sébastien Gollut, Jonas Lenn (avec un très beau texte en passe de devenir un classique: «Une porte sur l'hiver»), Philippe Heurtel, Ketty Steward, Nico Bally, et Fermín Moreno Gonzáles.

Pour les hispanophones, 4 numéros sont déjà parus en castillan et pour les anglophones, une édition anglaise est en projet! Ce numéro francophone est un essai que Fermín Moreno renouvellera en cas de succès, n'hésitez donc pas à acquérir ce premier numéro autant pour lui-même que pour encourager cette initiative de revue francophone internationale (les intervenants sont français, canadiens, suisses, argentins, espagnols, portugais, danois, américains, russes, suédois et islandais!).

Plus d'infos sur le site de la revue (consultable en castillan, français et anglais).

(août 2005)


Revista Sable - Format: A4, 52 p. agrafé, couv. couleur. 4,95 Euros.

Liens: www.revistasable.com.

Sable

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Salmigondis n°21, juin 2005.

Après une petite année d'absence, Salmigondis est de retour. L'indispensable revue de création et de critique littéraire tous azimuts est toujours aussi dense, aussi riche et on ne peut que regretter que, les temps étant ce qu'ils sont pour la littérature, elle ne puisse pas paraître plus souvent. Au sommaire de ce numéro: Raymond Alcovère, Christiane Baroche, Jonathan Bougard, Jean-Luc Bruyas, Calou, Jean-Luc Coudray, Abdelkader Djemaï, Fernando Goncalvès Félix, Yves Leclère, Didier Millotte, Anne Mulpas, Georges Païta, Nicolas Puzenat, Isabelle Sojfer, Jacqueline Thouillot, Daniel Walther. Dossier: Franck Pavloff, Poésie Mozarabe Andalouse présentée par Michel Host. Rubrique Passeurs: Philippe Gindre, Georges Païta.

(juillet 2005)


Salmigondis, 452 route d'Attignat, 01310 Polliat, France - Format: A4, 108 p. agrafé, couv. couleur - ISSN 1274-5200 - Périodicité: variable - Prix: 10 Euros + 1,20 Euros de frais de port.

Liens: www.salmigondis.com.

Salmigondis


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Le Boudoir des Gorgones n°12, avril 2005.

Le n°11 avait paru avec un léger retard et ce n°12 serait presque en avance: l'amateur de fantastique et d'insolite se retrouve donc en ce début d'été avec presque 120 pages de Boudoir des Gorgones. Joie!

Au sommaire de ce numéro: «Messire Tempus» d'Erckmann-Chatrian (1859), grand classique qu'on retrouve avec plaisir (Philippe Gontier, l'animateur du Boudoir des Gorgones, soutient avec raison que même et surtout si on possède tous ces textes chez soi, on ne songe jamais à les relire, tandis qu'on n'hésitera pas à le faire si on les redécouvre dans sa revue préférée, accompagnés de passionnantes notules); «À tatons» de Jehan Soudan (1884), curieux pastiche-plagiat du célèbre texte de Fitz-James O'Brien «Qu'était-ce?» (lire à ce propos l'intéressante postface de Marc Madouraud); «La Main de gloire» de Marcel Schwob (1893); «La Légende du château de Coëtfrec» de Mme Georges Renard (1894). Vient ensuite un fascinant portfolio de huit illustration d'Henrique Alvim Corrêa pour La Guerre des mondes d'H.G. Wells (1906), dont un inédit. Puis les auteurs contemporains: «L'Hymne à la mort» d'Amélith Deslandes; «Poussières de crimes» de Viviane Etrivert (dans la série désormais bien connue des fidèles lecteurs du Boudoir: Les étranges enquêtes du Commissaire Clès). Enfin, les rubriques habituelles, dont «Le Chercheur de Merveilleux», dossier de presse de l'étrange, que je ne peux décidemment pas m'empêcher de consulter en premier, avant même de consulter le sommaire, lorsque j'ouvre mon Boudoir.
Le Boudoir des Gorgones paraît désormais imprimé dans un format légèrement plus petit qu'auparavant, et (pour ce qui est du tirage de tête) sur un étonnant papier qui tient le milieu entre celui des pulps et celui des gazettes pour turfistes, ce qui donne si besoin en était à cet ovni du fanzinat un charme insensé.

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette remarquable entreprise orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(juillet 2005)


Le Boudoir des Gorgones n°12 - 56 pages - 14,5 x 21 cm - ISSN 1630-2354 - juin 2005 - 6 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones

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Khimaira n°3, juillet/septembre 2005.

Dossier Space opera pour ce 3e n° de Khimaira: Dan Simmons, Hamilton, Iain Banks, Ayreon, Roland C. Wagner, Laurent Genefort, Mangin et Démarez, et bien sûr Star Wars, Star Trek... On trouvera également des articles sur des thèmes connus ou moins connus de l'imaginaire comme les Selkies ou les Dragons. De nombreuses interview: Dominique Poisson (Terre de Brume), Nicolas Jarry (La Rose et la Croix), Denis Bajram, Dario Argento, The Birthday Massacre, Olivier et Stéphane Peru. Côté fiction on peut lire ce trimestre «Tempête sur la Baleine» de Christophe Sambre et «Quand il y aura des pommiers sur Mars» de Ugo Bellagamba.

Avec ce 3e numéro Khimaira offre un panorama très complet (films, livres, musique, BD) de l'Imaginaire, avec pour lectorat visé un public ados/jeunes adultes. Dans leur vaste majorité, les articles, y compris ceux du dossier thématique se veulent avant tout des initiations aux genres qu'ils abordent, une manière sans doute de ne pas rebuter les «non-spécialistes», même si certaines rubriques (japananime, jdr, dvds) sont finalement très complètes. Une mise en pages très agréable.

(juillet 2005)


Lien: Khimaira.

Khimaira 3

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Le Boudoir des Gorgones n°11, avril 2005.

Infatigable promoteur de la littérature populaire, du fantastique et de l'étrange, Philippe Gontier publie depuis quelques années déjà une indispensable revue: Le Boudoir des Gorgones. Le sommaire s'en divise invariablement comme suit: textes anciens suivis de notules (Dans les griffes de Sthéno), textes contemporains (Sous le regard de Méduse), revue de presse et miscellanées (Dans l'ombre d'Euryalé). Le tout fournit avec une régularité quasi-métronomique à l'amateur d'imaginaire décalé une source inépuisables de joies littéraires, petites ou grandes, sans égal actuellement sur le marché de l'Imaginaire.
Avec «l'Inexpliqué» d'Alfred de Sauvenière (1887), ubiquité et prémonition se mêlent dans un récit imparablement classique, mais écrit avec une simplicité revigorante. Un de ces textes tout en dialogues comme on en trouve (à condition de les chercher) dans les revues de la fin du XIXe, et qui nous font regretter que l'art de faire parler les personnages se soit un peu perdu chez les nouvellistes. «La Signature illisible» de J. Ricard (1910), est un conte cruel très académique également, à ceci près qu'il se teinte vers la fin de surnaturel. L'auteur y lie, comme il se doit dans ce genre très codifié, le destin d'un personnage à un détail en apparence insignifiant. Là encore, on y voit l'illustration du fait que les auteurs de cette époque, même et surtout lorsqu'ils écrivaient en toute connaissance de cause des textes sans autre prétention que celle de divertir leurs lecteurs, attachaient à la correction de leur style une attention qu'on jugerait presque aujourd'hui démesurée. Je citerai Philippe Gontier qui me confiait il y a quelques temps, un brin désabusé: «À cette époque-là, même le pire tâcheron écrivait bien.» Et pourtant, il n'est pas question de cela ici: «La Signature illisible» est une honnête contribution au genre et se lit avec un réel plaisir. L'action de «L'Idole» de Claude Farrère (1910), ne se situe pas en Inde -- une fois n'est pas coutume chez l'auteur de Fumée d'opium -- mais à Salonique. Churah Sungh, Rao de Saharajonpur, est pourtant bien indien, et le sort (surnaturel?) qu'il réserve à ses ennemis d'un soir semble le désigner comme le détenteur de sombres secrets «que seuls connaissent, là-bas, les prêtres et les rois». On notera avec intérêt que cette réédition s'accompagne de deux articles sur Farrère parus en 1957 et 1928, «L'oeuvre de Claude Farrère» par Léonce Peillard, et l'étonnant «Farrère opiomane mis en accusation par Marcel Nadaud et Maurice Pelletier».
Du côté des contemporains, Pierre Bellier poursuit une série initiée précédemment dans le Boudoir, «L'Inconnu chasse les spectres». Avec la nouvelle «Poissons morts», il renouvelle le thème cher à Lovecraft d'une hérédité quelque peu aquatique, en transposant l'action (et en adaptant le style) à une France délicieusement intemporelle, et qu'on devine vaguement début de siècle (mais lequel?). Dans «Prends garde de tomber», Daniel Teulade s'attaque lui aussi à un grand classique de l'étrange: la ville labyrinthe. Dans une ambiance tout à fait digne des meilleurs épisodes de la série Twilight Zone, ses personnages découvrent peu à peu qu'il est assez difficile d'y descendre deux fois de suite dans le même hôtel... Autre série à succès du Boudoir: «Les Étranges enquêtes du commissaire Clès». C'est encore Daniel Teulade qui reprend cette fois le personnage inventé par Philippe Gontier. Comme le veut le principe de la série, Armand Clès y est confronté à un mystère semblant tout droit sorti de la mythologie. Grecque en l'occurrence.
Outre une rubrique de lecture fournie et illustrée, nous retrouvons enfin avec un plaisir sans cesse renouvelé la rubrique «Le Chercheur de Merveilleux», véritable revue de presse de l'étrange et du fantastique (c'est d'ailleurs son sous-titre), autant que recensement quasi-fortéen du bizarre et de l'incongru. Philippe Gontier puisant une partie de ses informations dans la rubrique des faits divers du Bien Public de Dijon, la lecture du «Chercheur de Merveilleux» vous laisse toujours avec l'impression ahurissante que l'honnête cité du Chanoine Kir, éternelle capitale de la moutarde, est en fait le centre géométrique de toutes les bizarreries hexagonales!

Le lecteur soucieux d'en apprendre davantage sur cette admirable entreprise orientera avec profit son navigateur cybernétique vers l'adresse suivante: http://boudoirdesgorgones.free.fr

(mai 2005)


Le Boudoir des Gorgones n°11 - 60 pages - 17 x 25 cm - ISSN 1630-2354 - avril 2005 - 7,60 Euros port compris à l'ordre de Les Aventuriers de l'Art Perdu, 25 boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France.

Le Boudoir des Gorgones

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Borderline n°1, mai 2005.

La littérature fantastique est de moins en moins présente chez les libraires, et les textes courts demeurent encore et toujours méconnus ou ignorés du public. C'est ce qu'affirme Lionel Benard dans son éditorial du n°1 de Borderline, fanzine sous-titré «Nouvelles de fantastique, dark-fantasy et horreur». Il y voit une double raison de faire de ce nouveau support une sorte d'anthologie contemporaine de la nouvelle fantastique ouverte en priorité aux nouveaux auteurs. Parmi les trois genres évoqués en sous-titre, le fantastique est bien représenté. Trois des sept textes proposés offrent véritablement cette «hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel», pour reprendre la définition du genre proposée par Todorov. Dans la nouvelle de Bruno Marchesson intitulée «La Mort dans l'âme», la nature exacte de l'affection découverte par hasard par un jeune étudiant en médecine, gardien de nuit dans une morgue, semble d'autant plus difficile à définir que sa découverte entraîne chez ce personnage un trouble qui va grandissant jusqu'au dénouement du récit qu'on devine tragique. «Le Métèque», de Guillaume Costille, est un récit de vengeance post mortem assez déstabilisant. On pourra peut-être regretter un style presque trop soutenu du narrateur, mêlé par endroits, et sans réelle nécessité apparente, d'expressions triviales qui nuiront pour certains à la cohérence de l'ensemble. «Loin de l'hiver», de Dan R. Ronelli, est l'histoire d'une longue agonie à l'issue indécidable (sauf pour le narrateur). Les autres nouvelles de ce numéro renvoient très nettement à la violence physique, ses causes, ses conséquences. «Il paraît», de Hervé Le Corre, se distingue. Par l'attention qu'il porte au rythme des phrases, au choix des mots, à leur connotation, l'auteur fait de ce récit d'un massacre a priori inexplicable (un meurtre à la machette au beau milieu d'un bar qu'on imagine PMU) une sorte de poème en prose contemporain. Avec «V.R.P 85 B», le spécialiste du fantastique Denis Labbé aborde sans ostentation mais avec une réelle maîtrise de l'écriture le genre un peu délaissé du conte cruel avec cette mise en scène, là aussi très contemporaine, d'une terreur sexuelle masculine qu'il ne nous est hélas pas même possible de nommer, fût-ce de son nom latin, sous peine de déflorer complètement le sujet. «Salle 19», de Vincent Gagneux, pourra décevoir par le choix d'un sujet déjà trop largement traité (le sort réservé aux déviants par une société totalitaire) et d'expressions un peu convenues («rire à s'en décrocher la mâchoire», des secondes qui s'égrènent «tel un sable brûlant qui s'écoule dans un sablier»). «Salle 19» est pourtant un texte efficace, écrit avec une grande sobriété. «Maudite Providence», de Li-Cam (dont on a pu lire récemment une autre nouvelle dans le premier numéro de la nouvelle série de la revue Khimaira) est sans doute le texte le plus inclassable de ce numéro. Le narrateur, Lovecraft, y prend peu à peu conscience de sa propre mort. Emmuré consentant dans une vaste demeure aux volets clos, entouré de ses objets familiers, il mène tout d'abord une existence en tous points semblables à celle qui fut la sienne de son vivant. Puis il prend conscience d'une autre présence. Une chose impossible, un monstre difforme, indescriptible, qui vit dans le grenier et dont il comprendra peu à peu la véritable nature. Il est souvent difficile pour les lecteurs de Lovecraft de réconcilier le Lovecraft affable, amical, parfois plein d'humour que nous révèlent certaines de ses lettres ou les nombreux témoignages de ses proches, avec le xénophobe dogmatique que d'autres lettres, d'autres témoignages, trop nombreux hélas, nous dévoilent également. Les critiques s'y sont essayés. Rarement les écrivains. On pourra bien sûr regretter que Lovecraft soit encore une fois décrit de manière peut-être un peu trop exclusive comme un reclus, quand on sait par exemple que dans la dernière partie de sa vie l'essentiel de ses faibles revenus était consacré à des voyages (Louisiane, Québec, Nouvelle-Angleterre). Mais si on voit dans ce choix une sorte de licence littéraire, le texte de Li-Cam offre une alternative intéressante aux habituelles psychanalyses de salon auquel on soumet l'écrivain de Providence depuis plusieurs dizaines d'années. Les illustrations de ce numéro sont souvent remarquables, à commencer par l'étonnante couverture de Fabrice Lavollay.

(mai 2005)

Borderline, disponible contre 3 Euros en timbres, sous réserve de se renseigner auparavant sur la disponibilité du numéro (tirage limité). Pour cela, visiter le site de Borderline.
Lien: http://legendsleoben.free.fr.
Borderline

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Claude Seignolle: du sacré à l'étrange, avril 2005.

Après trois précédentes études, notamment sur Stephen King et le Surnaturel aux éditions Naturellement, et sur la magie (Quatre approches de la magie, aux éditions de l'Harmattan où Seignolle était déjà largement abordé), Roland Ernould nous étonne une fois de plus en publiant, à nouveau chez L'Harmattan: Claude Seignolle: du sacré à l'étrange. Car on ne peut manquer d'être étonné de la capacité de travail de cet universitaire qui a su, en quelques années, livrer des études aussi documentées qu'accessibles sur le Fantastique, au sens le plus large du terme. Ainsi de ce volumineux ouvrage sur Seignolle (464 pages), où l'auteur de Marie la Louve et de La Malvenue n'est pas tant ici étudié comme le passeur de mémoire ou comme le chroniqueur de la vie paysanne qu'il est effectivement, que comme le témoin privilégié et lucide de la transformation du sacré dans notre société au cours du XXe siècle.
La fascination du sacré, Du sacré à l'étrange, l'Envoûtement de l'étrange sont les trois axes de cette étude qui fera certainement regretter à beaucoup de lecteurs d'avoir lu Seignolle un peu rapidement: c'est l'occasion où jamais de le relire (l'édition intégrale de son oeuvre romanesque est désormais disponible chez Phébus).
Après la publication des actes du colloque de Cerisy-la-Salle, Seignolle et le Fantastique (Hesse, 2002), l'ouvrage de Roland Ernould vient compléter et enrichir notablement la bibliothèque des études seignolliennes.

(avril 2005)


Roland Ernould: Claude Seignolle, Du sacré à l'étrange. Paris, L'Harmattan, 2005. 464 p. ISBN 2-7475-7720-1. 38 euros.

Liens: Littératures de l'Imaginaire (site de l'auteur).

Claude Seignolle

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Khimaira n°1, janvier/mars 2005.

Cent pages -- dont 36 en couleurs -- de fantastique, de fantasy et de sf en kiosque pour 5,95 Euros, c'est le pari que fait désormais l'équipe de la revue Khimaira. Débutée sous forme associative en Belgique (asbl Anthêsis) l'aventure se poursuit maintenant dans une bonne partie de la francophonie (France, Belgique, Canada...). Pour l'occasion la revue redémarre sa numérotation, c'est donc le numéro un que vous pourrez trouver chez votre marchand de journaux à partir de janvier. Trimestriel éclectique, Khimaira ne se donne pas pour but dans l'immédiat de défricher les marges de l'imaginaire: dossier Vampires, entretiens avec l'écrivain S.P. Somtow (Valentine) et l'illustrateur John Howe (Le Seigneur des Anneaux), rubriques DVD, JdR,... les valeurs sûres sont au rendez-vous. Mais c'est un choix qu'on serait mal venu de reprocher à une équipe qui entreprend de diffuser sa revue à une telle échelle. D'autant que le rédactionnel est désormais à la hauteur des graphismes (on se souvient des articles au style parfois un peu sms des premiers numéros). C'est en fait l'Imaginaire dans son ensemble que Khimaira vise à couvrir, et on notera avec intérêt un entretien avec le dessinateur Hyppolite à propos de son adaptation BD de Dracula, ou avec Norman Spinrad à propos de ses brèves incursions dans la littérature vampirique, ce qu'ignorent souvent les lecteurs de ses romans SF. Un éclectisme qu'on retrouve dans les rubriques livres et musique où les principales sorties du moment sont signalées et commentées avec beaucoup d'à propos. Une excellente revue.

(décembre 2004)


Liens: Khimaira.

Khimaira 1

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Yellow Submarine n°132, octobre 2004.

Sous une couverture de Sébastien Hayez (une splendide montre à gousset rétrochrone sur fond de ténèbres), voici un dossier conjoint Yellow Submarine/La Clepsydre sur le thème de la Conscience historique.
On y trouvera tout d'abord de remarquables essais par les spécialistes de l'uchronie et de la dystopie, avec notamment une étude de Raphaël Colson, «De la pernicieuse dictature du temps présent», sous-titrée avec beaucoup d'à propos «des mythes et des réalités de la démocratie occidentale». Raphaël Colson y fustige avec intelligence l'évolution récente de notre culture de masse. On s'intéressera notamment à ses remarques pertinentes (et déprimantes) sur les remakes américains des films de SF des années 1960, et sur le soin avec lequel les majors américaines édulcorent désormais systématiquement le propos des scénaristes originels, et font disparaître tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à de la critique sociale. Entre autres films cités: La Planète des singes, Rollerball, La Machine à explorer le temps. La rhétorique est un peu rigide, le point de vue plutôt dogmatique, mais hélas... il a cent fois raison!
En fait, il serait fastidieux et inutile de résumer ici ces essais, qui sont tous du même niveau et du même intérêt, qu'il s'agisse de l'article d'Ugo Bellagamba sur «L'acteur historique dans les récits de SF», de celui d'Al' Durou sur «Les uchronies de la Révolution industrielle» ou de l'entretien accordé par David Morse à P.J.G. Mergey à propos de son roman The Iron Bridge, où, une fois n'est pas coutume, les héros uchroniques se voient imposer un pré-requis plutôt contraignant, celui de modifier l'histoire sans avoir recours à la violence, pré-requis qui implique pour l'auteur, selon David Morse, «de porter une grande attention aux forces sociales». De l'uchronie intelligente, donc, comme on parlait il y a quelques années de SF intelligente.

On passera un peu plus rapidement sur l'entretien avec Tim Powers par David Calvo, où il est finalement presque plus question de David Calvo que de Tim Powers.
Je n'ai pas été vraiment convaincu non plus par les considérations historico-politiques de Johan Heliot (dont j'apprécie pourtant beaucoup les fictions) sur la notion de violence nécessaire en période de révolution. Tout en se défendant de faire l'apologie de cette violence, il affirme notamment, à propos de la politisation qu'il estime nécessaire des récits steampunk: «La véritable utopie consiste à croire à la possible réalisation d'une utopie sans violence...», ou «L'histoire des révolutions le démontre, aucun mouvement strictement pacifique n'a obtenu gain de cause...». Ceci étant dit, son constat est bien plus nuancé que ces courts extraits peuvent le laisser paraître. Mais tout de même... Si tant est que l'histoire démontre quoi que ce soit, plutôt que de convoquer comme il le fait ces éternelles icônes pour post-adolescents occidentaux que sont, en vrac, les Communards, Ravachol, ou Malcolm X, pourquoi ne pas parler de ceux dont on ne parle jamais, alors qu'ils ont su amener leurs pays à la démocratie sans concession et, pourtant, avec un minimum de violence? Des gens comme Václav Havel en Tchécoslovaquie, comme les Capitaines d'Avril au Portugal, ou comme ces milliers d'anonymes qui, plus récemment, ont rendu possible la Révolution des Roses en Géorgie? Ah, évidemment, un dramaturge de l'Europe de l'Est qui vous raconte qu'il ne sortait jamais sans sa brosse à dents au cas où il serait arrêté par la police politique dans la journée, quand on vient de voir au cinéma ce film plein de jolies couleurs sur le Che, ça le fait moins, c'est sûr. Mais la révolution au cinéma ça peut être aussi, heureusement, ce film magnifique de Maria de Medeiros: Capitaines d'Avril.

Côté fiction, ce numéro est également une incontestable réussite. Avec «Jacques X, roi d'Amérique», de Gilles Ascaride, c'est toute l'histoire parallèle (et qu'on nous cache!) de la colonisation de l'Amérique du Nord qui nous est enfin révélée. Avec «L'horloge qui reculait», notre ami Marc Madouraux, spécialiste (entre autres) de SF ancienne, présente un texte étonnant d'Edward Page Mitchell écrit en 1881. Étonnant, car finalement peu marqué par les inévitables clichés et désuétudes qui parasitent généralement pour nous, avec le recul, la lecture de la proto-SF.
Mais la véritable surprise, c'est la nouvelle «Le premier transversal» de Harry Morgan. Si les termes n'étaient pas déjà affreusement galvaudés, on aimerait décrire ce texte comme «réjouissant», «délicieusement jubilatoire», «spirituel». On aimerait parler d'une écriture «subtile et joyeusement complice». Après tout, pourquoi pas? Qui a un jour tenté d'aligner trois mots dans le faible espoir de parvenir à achever une nouvelle ne peut qu'en vouloir à ce Harry Morgan-là. Quiconque a jamais essayé de maintenir à flot une revue ne peut que haïr cordialement André-François Ruaud pour avoir déniché un texte pareil. Rien que la première phrase: «Petitpas habitait la maison depuis trois ans, quand il découvrit que la porte condamnée du grenier donnait sur le jour d'avant.» C'est magistral de concision. C'est beau, tout simplement. Non, je ne dirai pas que cette nouvelle raconte l'histoire d'un prof. de fac un peu coincé qui a souvent du mal à appréhender le quotidien (et plus encore les artisans plâtriers-peintres), et pour qui la découverte d'une porte temporelle dans son grenier n'est pas forcément une bonne nouvelle. Non, il faut la lire. Et maintenant, on peut: il suffit de se procurer le n°132 de Yellow Submarine. Merci Aeff!

(novembre 2004)


Yellow Submarine n°132: Conscience historique. Numéro publié en association avec la revue La Clepsydre. Avon s/Fontainebleau, Éditions du Bélial', octobre 2004. 192 pages. ISBN 284344-060-2. 12 Euros.

Liens: Éditions du Bélial', Yellow Submarine, La Clepsydre.

Yellow Submarine 132

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Le Singe, l'Idiot et Autres Gens, 14 janvier 2004.
«Le génie narratif de Kipling et le sens de l'horreur d'Edgar Poe, quoique les récits de Morrow soient une chose si neuve qu'il est inutile d'y chercher des
comparaisons... On n'a encore rien écrit de pareil.»
Alfred Jarry


Excellente initiative des éditions Phébus qui rééditent ici un maître oublié du conte cruel outre-atlantique, W.C. Morrow (1854-1923). Paru à l'origine à Philadelphie en 1897, ce recueil traduit en français quelques années plus tard était depuis longtemps introuvable. Cette réédition dirigée et préfacée avec intelligence par Éric Dussert (quelques révélations sur les relations de Morrow et Bierce, où le mentor n'est peut-être pas celui qu'on pensait) se complète d'une bibliographie bilingue. Du savant fou du «Faiseur de monstres» au Malais du «Talisman fidèle», en passant par le perfide Velasco de la nouvelle éponyme, on peut se demander lequel a le sort le plus enviable. Oui, comme le dit Éric Dussert, on meurt beaucoup dans ces quatorze histoires, et rarement dans son lit. L'humour ténu, presque informulé que Morrow sait si bien faire naître de situations dérivant lentement mais sûrement vers l'absurde et le tragique, fait tout l'intérêt de la lecture de ce recueil à découvrir toutes affaires cessantes. Jarry disait de Morrow «On n'a encore rien écrit de pareil.» On peut dire, encore aujourd'hui, qu'on ne lit pas souvent quelque chose de semblable.

(janvier 2004)


Le Singe, l'Idiot et Autres Gens, William Chambers Morrow, Paris, Phébus, 2004. Traduit de l'anglais par George Elwall. ISBN 2-85940-955-6. Prix: 16,50 Euros. Page web de l'éditeur.

Le singe, l'Idiot et Autres Gens (W.C.Morrow)

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Altérations, recueil de Michel Rozenberg, 2003.

Présentation de l'éditeur:

Chacune des dix nouvelles de ce recueil offre la mise en scène déroutante d'un personnage pris au piège, seul et perplexe face à l'événement qu'il subit. Un homme sauve une jolie jeune fille de la noyade et s'étonne de la voir reprendre ses esprits comme si rien ne s'était passé. Un employé, chargé de ranger des paquets au contenu mystérieux dans un immense entrepôt sans fenêtre, voit ses collègues disparaître un à un. Un psychiatre s'affole en entendant le récit insensé d'un homme au visage singulier. Un voyageur s'apprête à passer la nuit dans l'unique chambre d'un hôtel dont les murs se déplacent. Mus par la volonté de savoir, les victimes et narrateurs de ces événements insolites se prêtent à ce qu'ils s'imaginent être les règles du jeu. Mais, confrontés à la dégradation de leur perception de l'espace, du temps et de leur rapport au monde, ils plongent progressivement dans un univers corrompu, perdent la maîtrise de leur destinée et s'égarent dans des cauchemars parallèles où la raison n'a plus prise. Si les nouvelles semblent déléguer à la fatalité l'explication de ces phénomènes étranges, les récits des protagonistes sont loin de rester lettre morte : le lecteur peut en altérer la signification mystérieuse en jouant avec le sens des mots. Distillé avec efficacité par l'auteur, Michel Rozenberg, la peur s'insinue à chaque ligne et se nourrit de la moindre de nos failles. Notre mémoire gardera de cette lecture la marque indélébile du doute.

(octobre 2003)


Michel Rozenberg: Altérations. Saint-Germain: Colibri, 2003. 164 p. 12 euros.

Alterations - Michel Rozenberg

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Le catalogue Egone s'enrichit.

La disparition concertée et annoncée de la revue bordelaise Rose Noire aura eu pour effet prévisible -- et sans doute souhaité -- d'étoffer considérablement le catalogue de son éditeur Egone, qui demeure pourtant un minuscule livret de 5,5 x 12cm à la couverture de vergé lie-de-vin. Ce catalogue, on n'aura de cesse de se le procurer à l'adresse ci-dessous, ne serait-ce que pour le plaisir de constater que de telles choses existent. Nous signalions dernièrement le port folio de 6 cartes postables de Miguel Fraley. c'est aujourd'hui au tour de 6 des oeuvres graphiques de Colette Trignac -- variations subtilement érotisantes sur le thème d'une femme tour à tour stéatopyge, callipyge ou guerrière -- de se voir ainsi recueillies: «deux fois l'an, en effet, une série de cartes présentant une sélection des travaux d'un artiste particulier, toujours dans un domaine proche du dessin, voit le jour. Ces extraits, au travers d'un choix éclectique, permettent de survoler les thèmes et techniques de prédilection de chacun des graphistes présentés.» Traverser du désert nous est présenté comme «un périple angoissé au travers du doute et de la foi lu au travers des confessions intimes d'un père du désert.» Le texte de Lionel Tran et les peintures et calligraphies de Thomas Foucher composent en fait un ensemble si cohérent qu'on ne saurait affirmer qui illustre l'autre. C'est sans doute là le meilleur indice de la réussite de leur collaboration. Enfin, le travail tout en nuances d'Egone sur l'objet lui-même (choix des matériaux, reliure japonaise, maculatures bordeaux fruits d'une bichromie infiniment discrète,...) fait de Traverser du désert l'exemple même d'un équilibre réussi entre texte et support. Le lecteur curieux d'en apprendre davantage surEgone et ses productions ne saurait différer la visite de son site.
Colette Trignac: 6 cartes postables en étui, n&b sur carton ivoire, 10,5 x 14,9 cm, 3 euros. Traverser du désert: Lionel Tran et Thomas Foucher, 21 x 15 cm, 90 p. - 12 euros). Prix franco. Egone, 128 cours Victor Hugo, 33000 Bordeaux. Tél. 05 57 95 78 24. Web: www.egone.net.

(janvier 2002)

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Martobre n°11-12, 4e trim. 2001.

La revue littéraire des éditions de l'Agly se transforme insensiblement en anthologie thématique avec, pour ce numéro double, le thème «Temps et mondes parallèles». L'équipe semble avoir trouvé là la solution aux problèmes qu'elle rencontrait encore il y a quelques mois et on ne peut que s'en réjouir. Dans un proche avenir c'est la formule 1 anthologie + 2 n° normaux par an qui est retenue. Les prochaines anthologies auront pour thème «autres mondes» (SF) et «femmes». Au sommaire de ce numéro 11-12: Alexeï Bejetsly, Darnaudet, Viviane Sontag, Fabien Tournel, Viviane Etrivert, Monique Romagny-Vial, Lucile Négel, Victor Parral, Béatrice Gaudy, Daniel Teulade, Jonas Lenn, Vital Sram, Raymond Alcovère, Georges Richardot.
Format: A5, 66 p. ISBN 2-913025-30-7. ISSN en cours. Prix: 10 Euros + port 1,22 Euros. Abonnement 4 n°: 16,77 Euros. Éditions de l'Agly, 22 rue de la Carreyrade, 66220 Saint-Paul-de-Fenouillet, France - Web: www.agly-editions.com.

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Le Visage Vert n°11, novembre 2001.

Dans ce numéro onze, le Visage Vert nous livre un passionnant dossier sur le mythe historico-littéraire de la Vierge de Fer. Il se compose de trois nouvelles (Édouard Dujardin, Arthur Machen, Max Pemberton) complétées d'une étude de Michel Meurger. Le Petit catalogue illustré du fantastique allemand, chronique commentée de la littérature de l'étrange de 1787 à nos jours, dû à Robert N. Bloch, est certes infiniment frustrant par sa longue énumération d'oeuvres pour la plupart introuvables, mais il constitue désormais une référence utile et pratique du genre. Quant à la nouvelle qui clôt le volume, La Morte fiancée (1812), de Friedrich Laun, elle vaut autant par l'intérêt intrinsèque du texte que par son importance dans l'imaginaire collectif des Romantiques.
Format: A5. ISSN 1280-7788. ISBN 2-844121-05-5. Prix au n°: 14 Euros , règlements à l'ordre de Mango Littérature. Le Visage Vert, Éditions Joëlle Losfeld, 4 rue Caroline, 75858 Paris Cedex 17, France.

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Édition en ligne.

Le Calcre, association d'information et de défense des auteurs, vient de mettre au point un contrat-type pour l'édition électronique. Très complet, il a été rédigé avec le souci constant de l'intérêt des auteurs.
Calcre, BP 17, 94404 VITRY Cedex, France.

(octobre 2001)

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Egone et TerreNoire, juillet 2001.

Regain d'activité chez Egone, l'équipe de la défunte et regrettée revue bordelaise Rose Noire. On y multiplie depuis quelques mois les ouvrages graphiques (recueils, port folios). Nous avons reçu tout récemment un ensemble de 6 cartes postales de Miguel Fraley (sans titre), reproductions soignées de dessins et gravures sur cuivre dont le maniérisme macabre n'est pas dénué d'un humour plutôt sympathique. Reçu également Nature Morte, recueil de photographies de Valérie Berge, coédité avec TerreNoire. Sous-titré "De la triste mais véridique destinée des promesses du jardin d'Eden", ce recueil N&B propose une étonnante succession de photographies de plantes et d'animaux morts. Enfin... bien entendu, il y a plus, bien plus dans ces amoncellements de légumes au rebut, ces voisinages improbables de têtes de poulets et d'yeux de bovins (ou d'ovins?) sur fond de macadam. Valérie Berge joue avec une discrétion exemplaire avec les textures, les ombres et les formes pour susciter, toujours subtilement, un effet très vite et toujours déçu de déjà-vu: à chaque détour de page, la vie semble surgir, les structures du vivant semblent s'épanouir, mais c'est la mort, la putréfaction banale et le hasard de ce qu'on n'ose reconnaître comme des compositions, qui s'affirment comme seule réalité. D'un point de vue technique, la réalisation du recueil est une nouvelle preuve du talent des gens d'Egone.
Recueil de 6 cartes postales de Miguel Fraley (10,5 x 15 - 2,15 Euros ). Nature Morte, recueil de Valérie Berge (16 x 21 cm, 90 p. - 10 Euros ). Prix franco. Egone, 128 cours Victor Hugo, 33000 Bordeaux. TerreNoire, 2 rue Édouard Millaud, 69004 Lyon.

(juillet 2001)

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L'Aconique n°6, juin 2001.

Nous découvrons avec ce numéro 6 une revue qui, comme son nom l'indique, ne s'embarrasse pas de circonlocutions éditoriales: après un éditorial de quelques lignes, Roger Avau consacre les 4 pages A4 de ce poésine sous-titré «La Cinquième Saison» à des citations, glanées ici et là, tournant autour du thème de la mort. C'est efficace et étonnant. Citons: «Il est interdit à toute personne ne disposant de caveau de décéder sur le territoire de la commune (arrêté municipal)». «Si vous n'allez pas aux funérailles des gens, ils ne viendront pas aux vôtres». «La nouvelle de ma mort est très exagérée.» (Mark Twain). «On l'a oublié. Il n'en finissait pas de vivre» (Jacques Canut). «Ha, ha, dit Bosse de Naze, et ce furent ses dernières paroles.» (Alfred Jarry). Ayant épuisé les différents thèmes qu'il s'était fixé, L'Aconique passera à partir du prochain numéro à une formule «Tout-terrain», c'est-à-dire sans thème imposé.
L'Aconique, Rue Martin Van Lier 11, B-1070 Bruxelles, Belgique - Format: A4, 4 p. - Périodicité: indéterminée - Abonnement: 6 Euros - Prix au numéro: 1,50 Euros .

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Décès de Pierre-Jean Oswald.

Nous apprenions avec tristesse à la fin de l'année dernière le décès de Pierre-Jean Oswald. Les éditions NéO qu'il avait créées en compagnie de son épouse Hélène à la fin des années 1970, ont permis à plusieurs générations de lecteurs, amateurs de paralittératures, d'accéder à d'innombrables classiques devenus introuvables. La collection «Le Cabinet Noir» (Éd. Les Belles Lettres) fut en 1997 le prolongement naturel et attendu de cette aventure éditoriale. Hélène Oswald nous a appris récemment qu'elle allait poursuivre cette collection. Nous lui souhaitons courage et réussite dans cette nouvelle entreprise.

(mai 2001)

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Salmigondis n°16, février 2001.

Un tour d'horizon affolant de la production littéraire et graphique actuelle. Affolant parce qu'étonnament complet malgré la diversité des styles: un travail énorme. Au hasard du sommaire: Marc Wetzel, Didier Daeninckx, Bill Mayo, Jean-Michel Bongiraud... et beaucoup d'autres. Demandez Salmigondis à votre libraire. Et s'il ne le trouve pas... insistez!
Salmigondis, 2 place de l'Abbaye, 39200 Saint-Claude, France - Format: A4, 66 p. agrafé, couv. bicolore - ISSN 1274-5200 - Périodicité: trimestrielle - Prix: 4,54 Euros .

(mai 2001)

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Sur les rayons de la bibliothèque populaire n°5, mars 2001.

Slrdlbp se révèle à chaque nouveau numéro une mine inépuisable d'informations indispensables sur la littérature populaire et/ou de mystère du siècle dernier. Si vous voulez savoir ce qu'écrivait Robert Charroux avant de s'intéresser aux trésors engloutis et aux maîtres occultes de l'Humanité, si vous n'avez jamais lu Le Meurtre du vélo taxi, Le Cimetière des lépreux ou Les Sectaires du Boud-dha, procurez-vous au plus vite Slrdlbp!
Les Aventuriers de l'Art Perdu, boulevard Albert Einstein, Impasse Jean Anouilh, 21000 Dijon, France - Web: http://www.chez.com/aap/pageAAP.htm - Format: A4 couv. couleur, 56 p. - Prix: 7,62 Euros .

(mai 2001)

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Salmigondis n°15, novembre 2000, novembre 2000.

«Parce que chaque genre, chaque mouvance peut receler des oeuvres créatives et personnelles, Salmigondis ne fait aucun cas des chapelles pour s'attacher uniquement à ce qui lui paraît neuf, original, surprenant.» Ce -- déjà -- 15e n° en est une fois de plus l'illustration, avec plus de 20 auteurs connus ou inconnus au sommaire, un concours de nouvelles et une rubrique de lecture passionnante que le lecteur déçu par l'indigence des présentes notules consultera avec profit!
Salmigondis, 2 place de l'Abbaye, 39200 Saint-Claude, France - Format: A4, 62 p. agrafé - ISSN 1274-5200 - Périodicité: trimestrielle - Prix: 4,54 Euros .

(Le Codex Atlanticus n°10, décembre 2000)

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Hématomes Crochus n°8, septembre 2000.

Nouveau numéro pour la dense et dynamique revue littéraire bizarriste où se mêlent textes de création, entretiens et notes de lecture. Ces dernières, toujours étonnamment précises, s'éloignent des polémiques inter-revues parfois un peu hermétiques qui avaient marqué les derniers numéros.
Hématomes Crochus, 46 boulevard du Val Claret, 06600 Antibes, France - Web: http://www.multimediane.com/hc - Format: A5 dos carré collé, 124 p. - ISSN 1297-0397 - Tirage: 200 ex. - Prix: 40F (6,10 Euros ).

(Le Codex Atlanticus n°10, décembre 2000)

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Rose Noire n°6 (et fin), décembre 1999-janvier 2000.

Magnifique livre-objet, Rose Noire est aussi une réflexion approfondie sur l'homme à travers ses productions artistiques, surtout les plus extrêmes. Sous un emboîtage gris et or sur fond crème (splendides photo-montages mettant en évidence un remarquable travail sur les textures), R.N. c'est encore: un cahier A4 horizontal dos carré de 50 p. abondamment illustré; une série de 18 planches sur papier couché d'oeuvres d'artistes contemporains en rapport avec le sujet traité (ici, le suicide); un journal de 8 p. (28 x 40 cm) où les artistes en question sont invités à parler de leur oeuvre et où les rédacteurs livrent en outre une copieuse revue de presse de l'année écoulée; et enfin un CD du groupe Rrupt (Indus).
Au sommaire: Goran Bertok, Alain Margotton, Gérard Trignac, Françoise Duvivier, Sibylle Ruppert, Ambre & Lionel Tran, Valérie Berge, David Chapuis, Thomas Foucher.
Quelques critiques (mineures !) pour tempérer tant d'enthousiasme: sur le fond, l'universitaire sera sans doute désorienté par l'absence de bibliographie et de références précises; sur la forme, la surabondance graphique nuit parfois à la lisibilité de l'ensemble. Enfin, il est dommage de faire voyager de si belles réalisations dans de simples enveloppes papier qui ne suffisent pas toujours à nous les faire parvenir en parfait état. La revue s'arrête (une cessation mûrement réfléchie), mais la Rose Noire poursuit ses activités, dans un premier temps à travers une exposition itinérante. À suivre, avec intérêt...
Format: A4 (entre autres!). Annuel. ISSN 1261-4297. Tirage: 1000 ex. Prix au n°: 50F (7,62 Euros ). Certains anciens n° sont encore disponibles. Rose Noire, 128 cours Victor Hugo, 33000 Bordeaux, France - Web: http://www.cyberdeck.com/rosenoire/.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Hématomes Crochus n°7, mars 2000.

Sous-titrée Revue Littéraire Bizarriste, H.C. consacre un large quart de ses pages bien remplies à une revue de presse sans concession où les injures et l'anti-copinage sont de rigueur. Des critiques parfois outrées mais qui paraissent souvent, sur le fond, relativement justifiées. Un parti pris de «démolisseurs» qui n'enlève rien au sérieux et à la passion qui animent visiblement les rédacteurs. Les trois autres quarts de la revue sont consacrés aux textes d'écrivains contemporains, connus ou inconnus, lesquels sont invités à se présenter et à préciser leur rapport au sujet traité (ce n° est un spécial érotisme) dans des petits appendices intitulés «Libre-Parole».
Format: A5, 112 p. Semestriel. ISSN 1279-0397. Tirage: 200 ex. Prix au n°: 40F (6,10 Euros ). Abonnement: 105F (16,01 Euros ). Hématomes Crochus, 278 avenue de Fabron, 06200 Nice, France.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Martobre n°5, janvier 2000.

Le retour de la revue des Éditions de l'Agly, après une cessation de parution (presque) annoncée. Martobre, avec sans doute une périodicité réduite, s'affirme désormais revue de littérature à tendance fantastique. Un fantastique éclectique, qui va d'une SF poétique («Images» de Arthur Z. Balogh) à un fantastique teinté de surréalisme («Célibataire endurci» et «Journal infime» de Gilles Bailly) ou contemporain («Le Portable» de Bernard Kieken). Également au sommaire: Lucile Négel, Gilbert Millet, Matthieu Baumier, Evguéni Schwartz (traduit du russe par Lucile Négel), Nathalie Potain, Béatrice Gaudy, Jacques Canut, Gérard Lemaire, Éric Dejaeger.
Format: A5, 46 p. ISBN 2-913025-17-X. ISSN en cours. Prix au n°: 30F (4,57 Euros ) + 5F (0,76 Euros ) de port par n°. Abonnement 4 n°: 100F (15,24 Euros ). Éditions de l'Agly, 22 rue de la Carreyrade, 66220 Saint-Paul-de-Fenouillet, France - Web: http://www.agly-editions.com.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Le Visage Vert n°8, avril 2000.

L'équipe du Visage Vert poursuit avec constance et talent, sous la direction de Xavier Legrand-Ferronnière, son entreprise salutaire de redécouverte des trésors de la littérature fantastique et insolite mondiale. Parmi les heureuses surprises de cet opus citons le magistral «Benlian» d'Oliver Onions, étonnante et très personnelle variation sur les thèmes de la possession, de la création artistique et de la folie, ou les réjouissants contes absurdes de Catulle Mendès. On pourra, sous forme de clin d'oeil amical, adresser au Visage Vert le reproche inverse de celui que nous adressons plus haut -- tout aussi amicalement -- à Rose Noire. La surabondance de notes et notules, de gloses et de commentaires suscite parfois chez le lecteur une certaine frustration: dans ces études à mi-chemin entre la note et l'essai, les intervenants citent indifférement des sources contemporaines accessibles et des sources anciennes, notoirement introuvables. Dans ce dernier cas, des extraits seraient parfois souhaitables. Pourtant, ne boudons pas notre plaisir: le référencement systématique et cohérent des sources utilisées, les biobibliographies scrupuleuses qui accompagnent chaque oeuvre, font de cette revue un modèle du genre.
Le Visage Vert: un parangon de néguentropie littéraire.
Format: A5. ISSN 1280-7788. ISBN 2-844120-48-2. Prix au n°: 90F (13,72 Euros ). Abonnement 2 n°: 180F (27,44 Euros ) règlements à l'ordre de Mango Littérature. Le Visage Vert, Éditions Joëlle Losfeld, 4 rue Caroline, 75858 Paris Cedex 17, France.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Les Hésitations d'une mouche.

Après 3 ans d'existence et 70 auteurs publiés, la mouche semble toujours aussi vivace: auteurs de nouvelles, chansons, récits de voyage, textes d'humour sont les bienvenus dans cette entreprise sympathique.
Format: A4, 16 p. ISSN 1284-2710. Prix au n°: 10F (1,52 Euros ). Les Hésitations d'une mouche, 21 Le Parc Saint-André, 33360 Cénac, France.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Où elles vivent à présent, recueil de Roland Fuentes, février 2000.

L'infatigable co-rédacteur de la revue Salmigondis (voir notre précédent n°) a publié en 2 ans 5 recueils de nouvelles. Le texte éponyme du présent opuscule est très représentatif du style si particulier de l'auteur: en empruntant par petites touches au fantastique et à un non-sens ténu, Roland Fuentes construit, l'espace de quelques pages, des univers improbables qu'on reconnaît pourtant, finalement, comme vaguement familiers à des détails imperceptibles (un geste, un bruit, un chuchotement). Un déjà-vu qui n'est pas véritablement inquiétant mais plutôt intrigant: la page tournée, le livre refermé, les personnages s'attardent dans notre mémoire qu'ils ont su agacer par leur familiarité contenue.
Format: 10,5 x 19 cm, 28 p. Texte imprimé sur vergé, jaquette vélin à rabats avec impression bicolore. ISBN 2-913901-01-8. Prix: 35F (5,34 Euros ). Éd. Orage-Lagune-Express, 30 rue Pierre Dupont, 01100 Oyonnax, France - Web: http://www.chez.com/oragelagun/.

(Le Codex Atlanticus n°9, juin 2000)

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Littérature populaire.

Signalons sans plus tarder les enthousiasmants travaux de l'association dijonnaise Les Aventuriers de l'Art Perdu, tout entière dévolue aux arts populaires: créée en 1993, cette association a pour but l'étude des arts populaires faisant l'objet d'une diffusion de masse: littérature et cinéma populaires (policiers, aventures, science-fiction, fantastique, espionnage, humour, etc.), bande dessinée, roman-photo, séries et films tv, illustrations, affiches, musique (dans la mesure où elle se rattache à l'un de ces domaines, comme la musique de film par exemple), etc...
Parmi ses multiples productions:
Sur les Rayons de la Bibliothèque Populaire (prix au numéro: 50F (7,62) port compris): Cette revue au format A3, sous couverture couleurs (et quelles couleurs !), comporte 56 pages bien remplies où vous trouverez tout ce qu'il faut savoir sur les auteurs et éditeurs qui ont fait la littérature populaire du xxe siècle. Parmi les incontournables citons les éditions Ferenczi et leurs collections «Police», «Voyages et Aventures», «Mon Roman d'Aventure» ou «Le Petit Roman Policier Complet». Chaque titre fait l'objet d'un commentaire-résumé accompagné d'une courte biobibliographie de l'auteur qui donne envie de lire -- après les avoir dénichés chez un bouquiniste -- L'Expérience du docteur Horner de Maurice Perot, La Mort aux ongles longs de Gilles Hersay, Robotville, la mystérieuse cité ou Les Hommes-serpents de Maurice Limat. C'est une saine érudition qui se dégage de ces pages: loin de céder à un collectionnisme pathologique et stérile, les chroniqueurs de Sur les Rayons de la Bibliothèque Populaire n'hésitent pas à appeler un nanard un nanard... C'est un hommage appuyé et mérité qui est ici rendu aux auteurs aujourd'hui bien oubliés de cette littérature qui a toujours nourri notre imaginaire collectif. À découvrir absolument.
L'Écho du Canon (Prix au numéro: 50F (7,62) port compris): Plus qu'un lieu d'interminables commentaires, gloses ou exégèses du corpus doylien, L'Écho du Canon se veut une fenêtre ouverte sur la «galaxie Sherlock Holmes» et sur l'ensemble des oeuvres, anciennes ou récentes, qui contribuent à perpétuer le mythe du plus grand détective de tous les temps, que ce soit à travers la littérature, le cinéma, la télévision, la bande dessinée, l'illustration ou d'autres moyens d'expression.
Les Aventuriers de l'Art Perdu, 4 rue du Pr Robert Debré, Les Allées Mallarmé, Bât. B5, Esc. B, 21000 Dijon, France. - Web: http://www.chez.com/aap/pageAAP.htm.

(Le Codex Atlanticus n°8, décembre 1999)

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Salmigondis n°11, septembre 1999.

Salmigondis est résolument consacré à la création: on y écrit (nouvelles, poèmes) et on y dessine (dessins, bd) avant tout. Si l'on y chronique, c'est avec sobriété et pertinence. Signalons l'intéressante rubrique «Histoires bonsaï» (des textes très courts de quelques centaines de mots). Au sommaire de ce n°11: Jean-Pierre Andrevon, Matthieu Baumier, Frédérique Becquet, G.O. Chateaureynaud, Christian Cottet-Emard, Bianca Dorato, Bruno Ehret, Fabrice Fosse, Mathias Gosselin, Sylvain Guesdon, Gérard Lemaire, Gilbert Millet, Jean-Jacques Nuel, Michel Perdrial, Russo, Rózsa Tatár, Éric Verteuil.
52 p. Revue trimestrielle de littérature. ISSN 1274-5200. Prix au numéro: 24F (3,66 Euros ). Abonnement 1 an / 4 numéros: 90F (13,72 Euros ). Abonnement 2 ans / 8 numéros: 175F (26,68 Euros ). Salmigondis, 2 place de l'Abbaye, 39200 Saint-Claude, France. - Web: http://www.bigfoot.com/~salmigondis.

(Le Codex Atlanticus n°8, décembre 1999)

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L'Alambic n°0, été 1999.

Atypique, nécessaire et gratuite, destinée aux curieux amateurs de littérature, verte et au format A4, cette feuille littéraire de 4 pages arrivera chez vous contre une enveloppe A5 timbrée et libellée que vous aurez pris soin d'envoyer à L'Alambic c/o L'Esprit des péninsules, 21 rue du Grand-Prieuré, 75011 Paris. Pour vous inabonner plus durablement, envoyez-en plusieurs.
Nombrilisme et copinage sont ici proscrits d'entrée: l'objectif est d'offrir de l'information -- celle qui circule de bouche à oreille dans les cercles initiés -- à tous ceux qui, peu ou prou, s'inquiètent de la littérature: auteurs à la retourne, messies en mie de pain et revuistes précocement gâteux, passez au large ! Si vous aimez Gabriel de Lautrec, Francis de Miomandre, Yves Martin, si une marginalité bien tempérée n'est pas pour vous déplaire, hâtez-vous de vous procurer l'un des 250 exemplaires du n°0, paru cet été.
Avis!

(Le Codex Atlanticus n°8, décembre 1999)

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Verrières n°2, octobre 1999.

Verrières est la revue du Centre Régional du Livre de Franche-Comté. Plus que l'inévitable vitrine des activités régionales (et/ou de celles de l'équipe rédactionnelle) Verrières est tout d'abord, pour l'oeil et la main, un objet plaisant qu'on sent pensé et maquetté avec soin mais sans ostentation. C'est ensuite, bien sûr, une source d'informations pertinentes sur l'actualité littéraire, mais c'est aussi et surtout un lieu de réflexion ouvert dont on comprend avec plaisir qu'il est relativement étranger au sectarisme un peu snob des habituelles productions institutionnelles.
120 p. ISBN 2-913474-01-2. ISSN en cours. Prix au numéro: gratuit + 16F (2,44 Euros ) de port par numéro. CRLFC, 2 avenue Gaulard, 25000 Besançon, France.

(Le Codex Atlanticus n°8, décembre 1999)

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Martobre n°4, octobre 1999.

Martobre annonce avec ce quatrième numéro sa probable cessation de parution par manque de lecteurs. Martobre n'est pourtant que la partie émergée de l'iceberg: l'équipe de l'Agly multiplie avec constance les sorties dans tous les domaines de la littérature contemporaine. Infirmez ce sombre pronostic en vous procurant sans tarder cette revue qui mérite un autre sort.
48 p. ISBN 2-913025-14-5. ISSN en cours. Prix au numéro: 30F (4,57 Euros ) + 5F (0,76 Euros ) de port par numéro. Abonnement 4 numéros: 120F (18,29 Euros ). Éditions de l'Agly, 22 rue de la Carreyrade, 66220 Saint-Paul-de-Fenouillet, France. Web: http://pro.wanadoo.fr/agly.editions.

(Le Codex Atlanticus n°8, décembre 1999)

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Martobre n°3, juillet 1999.

Au sommaire de ce N°3: Lucile Négel, Béatrice Gaudy, J. Alizia Galine, Daniel Meunier, Marie-France Delestre, Titou Sauvêtre, Gérard Lemaire, Jean-François Pollet, Jean-Paul Gavard-Perret.
48 p. ISBN 2-913025-13-7. ISSN en cours. Revue trimestrielle de littérature. Prix au numéro: 30F (4,57 Euros ). Abonnement 4 numéros: 120F (18,29 Euros ). Éditions de l'Agly, 22 rue de la Carreyrade, 66220 Saint-Paul-de-Fenouillet, France. Forfait port: France 10F (1,52 Euros ) - Étranger 15F (2,29 Euros ).

(Le Codex Atlanticus n°7, septembre 1999)

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Création des éditions de l'Oxymore, 1999.

Création d'une nouvelle maison d'édition consacrée à la littérature fantastique: les éditions de l'Oxymore. Son équipe dirigeante a fait ses premières armes dans le fandom au sein de l'association Cercle d'Études Vampiriques, publié pendant quatre ans la revue Requiem et organisé en 1997 une convention française autour du Centenaire Dracula. Les éditions de l'Oxymore publient fictions et essais dans le domaine du Fantastique, de la Fantasy et de la Science-Fiction (éditions à tirage limité et numéroté).
Oxymore, 5 rue Jacques d'Aragon, 34000 Montpellier, France. - http://www.oxymore.com.

(Le Codex Atlanticus n°7, septembre 1999)

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Requiem n°9, hiver 1998-99.

Une mine d'informations référencées sur le mythe du vampire, ses prolongements littéraires et cinématographiques, ainsi que des textes d'auteurs contemporains. Sobre et passionnant.
68 p. ISSN 1273-2699. Prix au numéro: 40F (6,10 Euros ). Abonnement 4 numéros: 150F (22,87 Euros ). Oxymore, 5 rue Jacques d'Aragon, 34000 Montpellier, France. - http://www.oxymore.com.

(Le Codex Atlanticus n°7, septembre 1999)

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Chasseurs de rêves n°4, été 1999.

Splendide travail de mise en pages pour le prozine de référence de la SF/Fantasy actuelle. Au sommaire de ce N°4: dossiers thématiques (les films d'animation, les mondes engloutis, les privés du XXIe siècle), entretiens (Dan Simmons, Turf, Lebeault, Laloux).
50 p. ISSN en cours. Prix au numéro: 30F (4,57 Euros ) + 5F (0,76 Euros ) de port. Mickaël Ivorra, 96 rue Lamarck, 75018 Paris, France. - http://www.chez.com/dreamchasers.

(Le Codex Atlanticus n°7, septembre 1999)

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Verrières n°1, mai 1999.

Revue du Centre Régional du Livre de Franche-Comté. Textes de Claude-Louis Combet, Odile Massé, William Cliff, André Beucler. Très bel objet... utile et agréable.
178 p. ISBN 2-913474-00-4. ISSN en cours. Prix au numéro: gratuit + 16F (2,44 Euros ) de port. CRLFC, 2 avenue Gaulard, 25000 Besançon, France.

(Le Codex Atlanticus n°7, septembre 1999)

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Fin de siècle à rebours: le retour des papivores.

Où le lecteur (re)découvre ce sentiment si particulier, si malaisé à définir qu'on nomme nostalgie de l'inactuel... (si, si).
Rappelons-nous l'époque où, mystérieux, Norbert Gaulard promenait furtivement sa silhouette de Sâr Mérodack entre Auxonne et Besançon (en passant bien évidemment par Dole), annonçant avec des airs de conspirateur la préparation d'un fascicule alors intitulé Le Château hermétique. Si le Château n'a finalement jamais baissé pont-levis, nous retrouvons quelques années plus tard Norbert, en compagnie de Xavier Legrand-Ferronière, dans un entreprise étrangement parallèle dont la concrétisation coïncide, presque jour pour jour, avec la sortie du N°3 de notre Codex Atlanticus. Depuis le 15 novembre 1995, on peut en effet se procurer Le Visage Vert, cette «revue entièrement consacrée au fantastique, à la littérature de mystère et à l'anticipation ancienne» pour reprendre le texte du charmant petit feuillet qui en annonce la parution.
Au sommaire du N°1: Ann Radcliffe/Arsène Houssaye: La Trépassée, ou le Château de Nebelstein (supercherie, 1842) -- Adolfo Bioy Casares: Prologue à l'Anthologie de la littérature fantastique (1941) -- Mary Shelley: La Demoiselle invisible (nouvelle inédite, 1832) -- Valerius le ressuscité (nouvelle inédite, 1819) -- Gabriel de Lautrec: Le Bocal vert (nouvelle, 1898) -- Raphaël Landoy: L'Âme verte (nouvelle, 1900) -- Mary L. Bissell: L'Antédiluvien (nouvelle américaine de 1870) -- William Butler Yeats: Rosa Alchemica (nouvelle, version du Savoy, avril 1896) -- Robert Barr: Le Grand Mystère de Pégram (pastiche de Sherlock Holmes, 1894). Un fascicule de format 17 x 24, 156 p., nombreuses illustrations N&B -- 70 FF + 15 FF.
Le Visage Vert est, jusque dans sa mise en pages (scrupuleuse reproduction de la sévère et bodoniesque typographie des Revue Blanche et autres Revue des Deux Mondes), un manifeste d'antiquaires en même temps qu'un monument d'érudition. Rien n'est laissé au hasard, tout est dit sur les textes présentés, leurs auteurs, dans des notes bio-bibliographiques dont le volume représente parfois 5 à 6 fois celui du texte proprement dit. L'entreprise a ceci de paradoxal que nous voilà sans doute à présent plus renseignés sur les textes et les auteurs en question que la majeure partie de leurs lecteurs de l'époque.
Autre publication du Visage Vert, une Bibliographie des oeuvres d'Arthur Conan Doyle traduites en périodiques 1894-1914, par Jean-Luc Buard, l'incontournable et incollable archiviste-paléographe de la littérature populaire & de mystère. Au sommaire: Introduction -- Liste chronologique des traductions publiées en périodiques (1894-1914) -- Index des périodiques -- Index des titres -- Essai de chronologie des éditions originales et des principales rééditions (1896-1910) -- Index des illustrateurs (livres et périodiques) -- Index bio-bibliographique des traducteurs (livres et périodiques). Un fascicule de format A4, 50 p., une illustration en couleur, nombreuses illustrations N&B -- 60 FF + 15 FF de frais de port. Programme 1996: Le Visage Vert N°2, Nouvelles de E.G.Bulwer-Lytton -- James Hogg -- Sheridan Le Fanu -- H.H.Ewers -- Silas Weir Mitchell -- Richard Middleton -- André Couvreur. Le Visage Vert N°3, Nouvelles de Petrus Borel -- Mary Shelley -- Comte Dalbis -- Mary Wilkins -- Barry Pain -- John Polidori -- Louis Bailleul -- Alphonse Le Mire -- Jean Bréchal -- Raphaël Landoy -- Pierre Mille. Ces sommaires sont donnés sous réserves.
Souscription pour les deux numéros: 200 FF (port compris). Tout paiement par chèque bancaire à l'ordre de Xavier Legrand-Ferronnière.
Contact: Xavier Legrand-Ferronnière, 38 avenue du Maréchal-Joffre, 92190 Meudon.

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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La Revue du Chat Noir n°7.

Contrairement au Visage Vert, le Chat Noir ne s'intéresse pas exclusivement à l'archéologie littéraire et, à l'exception d'une nouvelle en page centrale, ne propose que des chroniques de livres récents. Pourtant, quelque chose les rapproche, qui réside sans doute dans le choix des ouvrages chroniqués, qui ne doit pas grand chose à l'actualité et beaucoup à l'arbitraire des auteurs, ce qui rend la revue plutôt sympathique. Sans doute la mise en page résolument inactuelle du Chat n'est elle pas étrangère à ce sentiment: en première de couverture, W.W.Collins jette depuis un médaillon ovale un regard équivoque sur les petites filles perverses de Nadine Montfils...
16 pages, format A4) sous-titrée «Bouquins d'hier et d'aujourd'hui, poésie, fantastique» (et parfois aussi «trimestriel en retard»).

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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Solaris n°115.

Muriel Martin analyse très finement l' «héritage» lovecraftien, parvenant à des conclusions comme celles-ci: «L'intervention de Derleth peut se résumer à une vaste tentative de systématisation, de codification et de normalisation du texte post-Lovecraft, alors que l'imaginaire et la pratique littéraire de Lovecraft visaient précisément à éviter ces penchants»; «D'emblée ces auteurs abandonnent la création d'atmosphère, pourtant le critère essentiel pour Lovecraft. On la remplace par un schéma mécanique, selon lequel le recours à une réalité littéraire pré-existante évoque un décors déjà connu du lecteur [...]. Et le schéma Bien/Mal se substituant au déséquilibre cosmique, le texte derlethien devient rassurant, alors que le texte lovecraftien se voulait déstabilisant».
48 pages, format A4. Contact: Joël Champetier, 830 Thériault, Gallix (QC) G0C 1L0, QUÉBEC, CANADA.

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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Création de la revue Bifrost.

Les Éditions du Bélial' annoncent la parution de Bifrost (100 pages, A5, 2000 ex.) consensuellement sous-titré «Un pont sur les univers de la Science-Fiction, du Fantastique et de la Fantasy». Contenu annoncé: textes d'auteurs francophones confirmés ou non, critique de nouveautés choisies (BD, romans), actualité, fandom. Bifrost fait appel aux collaborateurs, écrivains comme dessinateurs (textes rémunérés au tarif d'un centime/signe, sans thème donné mais dans la mesure où ils s'inscrivent dans le cadre des littératures de l'imaginaire et n'excèdent pas les 100.000 signes; dessins couleur ou N&B). Un service de P.A. est même prévu.
Contact: Éditions du Bélial', 57 rue Grande, 77250 Moret-sur-Loing.

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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Parallèles n°2.

Reçu le N°2 (64 pages, format A4) de la revue à thèmes Parallèles, «Précis de l'imaginaire» elle aussi consacrée à la triade: fantastique, science-fiction, Fantasy. Chaque N° regroupe articles de fond, actualité et critiques de livres concernant le thème traité. Signalons notamment pour ce N°2 (La cité) un article très documenté de Daniel Walter, «De l'utopie, de la dystopie et de ce qu'elles sont devenues». La mise en pages est relativement sobre malgré les très nombreuses illustrations et reproductions, ce qui devient relativement rare dans le domaine si l'on excepte peut-être les inévitables crânes et autres flambeaux de catacombes qui encombrent les sommaires de fanzines F&SF depuis des décennies... Abonnement: 80F (60F+20F de port), 40F (30F+10F de port) le N°. Le N°1 est encore disponible (thème: «Le mythe»; auteurs: H.P.Lovecraft, I.Watson, J.R.R.Tolkien; une étude sur J.L.Borges). Le troisième N° annoncé aura pour thème «Les contrées imaginaires» et les collaborations (critiques, nouvelles, illustrations) doivent parvenir à la revue avant l'été.
Parallèles, 6 rue Branda, 29200 Brest.

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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Trois étoiles noires.

Nous sommes heureux de cette prolifération de romans inutiles, de métaphysiques d'opérette, car alors nous ne pourrions ni pester, ni aimer. Le fumier qui déborde des journaux, des livres, n'existe que pour faire naître les quelques pépites disséminées dans les marges. Voilà trois étoiles noires qui ont décidé d'apparaître dans le jour glauque de la nouveauté.
Jean-Claude Pirotte serait un empailleur de soleil que ça ne m'étonnerait pas. Les matins frêles doivent le trouver desséché. Inconsolable, l'aube lui propose alors ses nuages trop gris, tandis qu'un rire de femme sonde encore sa nuit. Pirotte est un véritable conteur, à la manière d'un André Dhôtel, dont le plus beau texte d'ailleurs des Récits incertains lui est dédié. Mais un conteur impossible à relever puisque l'EDF ou Étude Du Fantastique ne saurait dire la teneur exacte du sombre banquet qu'il nous offre. D'une solitude à toute épreuve, celle de la photographie mentale, où la brume, le reflet du jour sur un étain, une pipe, nous en disent plus qu'un dialogue philosophique sur l'être et la lumière, voilà un homme capable d'enchanter les coins les plus obscurs de la vie: le noir y rayonne à chaque mesure du temps, et le vieux carillon de l'âme égrène des mots à la recherche d'une ancienne réalité toujours à venir. Des traces laissées dans ma mémoire par ces récits, je vois l'ombre d'un homme occupé à mettre le soleil en bouteille. Le fantastique nouveau est arrivé.
«Un homme qui ne fournit pas sa part d'histoires sinistres de nos jours ne semble guère être quitte envers la république des lettres». Jean Rousselot a dû faire sienne cette maxime de Leigh Hunt en écrivant Désespérantes Hespérides. Sinistre, comme une attaque en règle contre la vie, mais de cette vie dont le degré de pourrissement chez les êtres n'a d'égal que l'allégeance dont ils font montre envers les maîtres du savoir-nuire: patrons véreux («Le trou»), aristocrates déliquescents («Celle qui régnait»), médecins impitoyables («Les bobos»), ombre trop charmante pour ne pas être celle de la mort («L'homme en gris»), le tout empaqueté dans le papier du sordide, cadeau grinçant et sans avenir puisque chacun est mort avant d'être né... «Si nous tenons à ce qu'il soit Nous pouvons toujours fabriquer des preuves De son existence...» écrit Rousselot dans «Variations sur le seul thème», poèmes parus dans Poésie 87 chez Seghers. N'est-ce pas là le fondement même de toute littérature? Sauf qu'ici, les preuves sont trop accablantes pour appartenir au monde réel. C'est peut-être ce qu'on appelle le merveilleux, mais un merveilleux dont «l'ébriété nous serait prodiguée par la pourriture noble du temps». Entre Hermine et Vermine, Rousselot n'a pas choisi, mais les deux soeurs ont dû regarder au-dessus de ses épaules quand il écrivait. La meilleure façon de s'atteindre c'est de devenir sa propre cible, d'élaborer ces cercles concentriques qui, du plus grand au plus petit, cernent l'esprit jusqu'au point ultime de la piqûre.
Pour Jean-Marc Tisserant la piqûre serait encore trop douce. Alors, parlons de morsure où les venins les plus mortels, les crocs les plus acérés, la charpie éhontée de ce qu'on appelle la vie, finiraient par être apprivoisés, domestiqués par une écriture en bonne et due forme. Mais, ne nous y trompons pas, sous l'apparente facilité de composition, c'est la décomposition qui filtre, l'ennui révolté devant le théâtre insipide du monde qui garde malgré tout la perspective enivrante de ses coulisses où Tisserant se promène, le front embué de grisaille, sous un projecteur couleur de sang qui lui est réservé. Ponctuées par Huysmans, Villiers, Mirbeau, Schopenhauer ou Nietzsche, il ne pouvait y avoir d'autre alternative pour ces nouvelles que de s'offrir le luxe de l'humour noir, de la folie éclairante et d'une rage érémitique dont procède tout écrivain enfermé sur une planète abîmée, abiotique, mais ouverte à tous les espaces possibles. Et si Tisserant exhibe souvent l'écrivain comme un machiavélique entremetteur décidé à tordre des destins trop évidents, chacune de ses nouvelles est une vague noire qui n'a pour écume que ses lointains crachats dont l'effet de boomerang doit désaltérer sa bouche dédaigneuse.

Christian Hibon


Récits Incertains, Jean-Claude Pirotte (Le temps qu'il fait, 1992). Désespérantes Hespérides, Jean Rousselot (Amiot-lenganey, 1993). Terrenoire, Jean-Marc Tisserant (Éditions de la différence, 1994).

(Feuille de liaison n°4, avril 1996)

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La Neige de saint Pierre (Leo Perutz).

Le 2 mars 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin récemment engagé par le baron von Malchin pour soigner les paysans de son village de Morwede, émerge d'un long coma dans un hôpital d'Osnabruck en Westphalie. A peine les terribles événements des cinq dernières semaines lui sont-ils revenus en mémoire qu'il s'enquiert, auprès de l'infirmière et du médecin-chef, du baron, de Bibiche, sa bien-aimée menacée de mort, de la révolte, mais on lui rétorque qu'il divague, qu'il a tout simplement été renversé par une voiture. Or Georg reconnaît parmi les infirmiers les protagonistes du drame qu'il a vécu à Morwede... Cauchemar? Délire? Conspiration? Étayés par la structure «policière» du récit, les thèmes chers à Perutz ne tardent pas à apparaître: manipulation de l'Histoire, précarité de la frontière entre raison et folie, aveuglement de l'homme qui cherche à faire et à comprendre sa propre histoire. Fable trop transparente en pleine ascension du nazisme, la Neige de saint Pierre, oeuvre d'un juif praguois d'origine espagnole, fut interdite peu après sa sortie en 1933.
Il s'agit de la première publication en France de sa traduction intégrale.
St. Petri-Schnee, Traduit de l'Allemand par Jean-Claude Capèle, Éd. Fayard, 89F.

(Feuille de liaison n°3, juillet 1993)

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Arte.

Arte dérange? Oui, sans doute, si l'on considère que la majeure partie des émissions de la chaîne franco-allemande souffrent d'être regardées pour elles-mêmes. Elle dérange car elle demande plus qu'elle n'offre; rompant ainsi avec la récente tradition d'un audio-visuel parégorique qui terrifie à juste titre Alain Finkielkraut en instituant la télévision en une cure hypnotique à la grisaille des jours. Des émissions en V.O. dérangent les habitués des nauséeuses soap-productions américaines en série, qui se croient initiés aux subtilités socioculturelles d'une côte ouest fantasmée par la grâce d'une V.F. trop bien rodée. L'absence de publicité déroute sans doute les vessies trop bien réglées des enfants de la culture pub. Quand aux vertus toniques des flashes multicolores dont s'accompagnent les annonces de foire par lesquelles le téléspectateur prend connaissance des programmes du soir, elles ont sans doute échappées aux responsables d'Arte. Faute d'assurer ce constant feedback des repères fluctuants de la normalité urbaine contemporaine, Arte est tout sauf gratifiante. Le téléspectateur d'aujourd'hui souffre trop de ne pouvoir, en permanence, confronter le personnage social qu'il édifie laborieusement aux innombrables modèles que lui offrent spots publicitaires, animateurs souriants et candidats millionnaires contractés. Ce stress essentiel, Arte en est dépourvue. L'odieuse auto-justification par le plébiscite passif de l'audimat ne saurait masquer les enjeux des médias du proche avenir, où la télévision sous sa forme actuelle, linéaire, statique et monolithique ne jouera sans doute plus aucun rôle. Dans le cours temps d'antenne qui lui est imparti Arte est sans doute le media le plus proche actuellement de ce qui pourrait voir le jour tant du point de vue de l'éclectisme que de la sobriété sur ce type de support. Encore une fois, ses émissions souffrent d'être regardées pour elles-mêmes.
Ce grand club du troisième âge qu'est devenue la France urbaine, bougonne de voir ainsi bousculées ses tristes habitudes. Et alors?

Philippe Gindre
(Feuille de liaison n°3, juillet 1993)

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La Colline des rêves (Arthur Machen).

Dès son enfance, Lucian, imaginatif et solitaire, fait des forêts et des collines entourant le presbytère de son père, le lieu de ses errances. Il découvre un fort romain abandonné qui sera, par un après-midi torride, le cadre de visions fulgurantes qui ne cesseront plus de l'habiter. Sa pauvreté l'empêche d'aller à l'université, au grand chagrin de son père. C'est alors qu'il commence à écrire un livre qu'il considère comme son Grand Oeuvre. Une nuit d'été, égaré, à bout de forces, il est secouru par Annie, la fille d'un fermier, qui a déjà cristallisé ses rêveries amoureuses et à qui il dédie ce livre. Puis tout bascule. Les couleurs dont il orne son ouvrage dans une débauche de symboles qu'il comprend encore mal - rouge sang (on songe à la rose alchimique de Yeats) or (on pense à la Golden Dawn) - se teintent de gris sale. Tout chute inexorablement. Une formidable entropie des sens saisi Lucian qui croit encore pouvoir écrire, reclus à Londres comme le fut Machen lui-même. Froid, solitude, et des rencontres vides comme cette femme livide dans la foule des ivrognes tristes qui chantent dans le brouillard.

Philippe Gindre


The hill of dreams, traduit de l'anglais par Bernadette Nodinot. ed.Terrain Vague, 120F. La Colline des rêves a été publié pour la première fois en Angleterre en 1907. Il y a été réédité en 1922. Sa dernière parution remontait à 1954.

(Feuille de liaison n°3, juillet 1993)

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L'Image.

Vouloir être en phase avec son époque pourrait s'apparenter avec un désir d'être en accord avec l'immédiateté visible. Toutefois, rien ne prouve que ce qui est facilement accessible aujourd'hui ne découle pas de l'inertie d'une époque antérieure, bel et bien révolue. Les systèmes de cohérence sociale, la mode, les arts, les croyances et aspirations liées aux systèmes médiatiques, sont incapables d'émettre des solutions dépassant le court terme. Les médias actuels ne favorisent que l'image immédiate et l'instantané révélateur, interface tendancieuse entre le monde et les hommes. Et cette indécidable oscillation est peut-être sa vérité ultime.

Philippe Dougnier
«Facteur de certitude et d'incertitude, summum de transparence et comble de cécité, fabuleuse machine à informer et désinformer, il est dans la nature de cette machine à voir de faire basculer ses opérateurs de la plus grande crédibilité au plus grand discrédit, en un clin d'oeil, comme nous, les téléspectateurs, du ravissement à l'écoeurement»
Régis Debray, Vie et mort de l'image, p.381.
«Que cette dérive vers le tout marchand se confirme ou non, reste la tentation de plus en plus forte de confondre «l'air» et «l'esprit» du temps. D'aligner le droit sur le fait, le devoir-être sur l'être-là, le long sur le court. La contraction de l'image et de son référent dans l'univers électronique et demain numérique ne reconduit-elle pas à la fusion délibérée du Vrai, du Beau et du Bien fantasmée par les régimes totalitaires d'hier? Soit l'étouffement des possibles et le gel du temps, avec réduction des libertés de déviance, d'opposition et d'invention. La vidéocratie rejoindrait alors, par la droite, le triste point où était parvenue l'Idéocratie, par la gauche. La fête audiovisuelle offre dix mille fois plus d'images et combien plus gaies que les icônes des membres du Politburo, dans l'ex-«socialisme réel», mais guère plus d'imagination sociale. Car l'imagination est la fonction irréalisante de la conscience, par quoi nous pouvons nier les choses telles qu'elles vont. Or l'image enregistrée redouble l'autorité de l'événement par un terrorisme de l'évidence.»
Régis Debray, Vie et mort de l'image, p.392.
(Feuille de liaison n°3, juillet 1993)

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Lord Dunsany, le conteur ébloui.

Au commencement était la légende. Et l'homme se désigna comme ultime aventure. Sa pensée circula comme les étoiles, et le jour et la nuit se greffèrent au bourgeon qu'il était. Déjà. Les dieux furent inventés comme une autre peau nécessaire pour affronter l'inconnu. Mais l'homme dégaine toujours le premier. Les balles perdues de cette histoire, sans cible, ou sensible, rayonnent encore aujourd'hui. La publication de Merveilles et Démons de Lord Dunsany, traduit par Julien Green, en est la preuve. Il aura fallu soixante-dix ans1 pour qu'une telle oeuvre vienne, pour ceux qui ne connaissent pas l'anglais, c'est un peu mon cas, enluminer le paysage quelque peu désolé de la littérature fantastique de notre temps. Enluminer, je ne vois guère d'autre terme pour désigner la richesse de ces histoires finement développées dans un exotisme tout intérieur, où des cités perdues aux noms barbares s'allument dans les mille et une nuits du merveilleux, où des légendes prennent naissance alors même qu'elles ont l'air de venir d'une époque très lointaine. Ici, l'Orient et l'Occident frappent aux portes de l'imaginaire, l'inquiétude toute européenne de la mort flirte avec la recherche de la plénitude comme dans ce curieux conte Là où les marrées vont et viennent, plénitude assouvie avec la disparition du dernier homme et où les oiseaux, messagers des dieux, élèvent en chantant l'âme du conteur enfin dégagé de sa gangue fangeuse, ces oiseaux dont les chants en effet dans certaine légende celtique réveillent les morts et endorment les vivants. Prisonnier de la terre, homme libre de la parole, Dunsany traverse les minarets, les déserts, Londres, ou la nature avec l'aisance du voyageur sans fatigue qui ne verrait du monde qu'un seul paysage, fragmenté par la présence de l'homme et de la femme, et dont l'histoire serait toujours la même: y a-t-il une beauté cosmique, unique, et capable de réaliser cette grâce, cet eden, dont les frontières de peau et de ciel se touchent et se pénètrent? Monsieur Jorkens, au Billar Club, nous a parfois répondu, un whiskey-soda à la main. Lord Dunsany quant à lui, dans son château irlandais, a sûrement gardé un éclat perdu du Graal à la boutonnière.

Christian Hibon


1. François Truchaud parle dans sa préface à Un whiskey, Monsieur Jorkens? chez NéO, de l'édition de The Book of Wonders paru chez Figuières en 1924. J'en ignore le traducteur. La présente édition au Seuil comporte ce recueil ainsi que A dreamer's Tales paru en 1910 mais inédit en France. Merveilles et Démons de Lord Dunsany, traduit par Julien Green, aux Éditions du Seuil, 1991.

(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Le Courrier d'Arkham N°4 bis, juillet 1991.

Presque exclusivement consacré à la réédition d'un texte français d'inspiration lovecraftienne, «Celui qui suscitait l'effroi...», paru en 1958 dans la revue Satellite sous la signature de Jacques Janus, et exhumé par Jean-Luc Buard.

(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Les Cahiers Du Schibboleth (L'ARTchiTEXTE).

«L'horreur qui transcende tout.»
F.B.Long, «Les Mangeuses d'Espace».
12 numéros parus pour ces cahiers d'exploration du rêve «mysterrible», mais les premiers en sont déjà épuisés. Le simple plaisir de feuilleter le petit opuscule/bon de commande des cahiers devrait vous inciter à contribuer à cet épuisement...
Les Cahiers du Schibboleth, 59 rue Marcel-Bouc, 33130 Bègles.
(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Les éditions Jérôme Millon.

Les éditions Jérôme Millon proposent un catalogue délicieusement éclectique, rempli de ces ouvrages qu'on désespère de trouver chez un libraire, ailleurs qu'à la rubrique définitivement épuisé d'un vieil index.
Des trois collections qu'il renferme, la collection ATOPIA est sans doute la plus remarquable; outre des rééditions-exhumations telle celle de la Dissertation sur les revenants de Dom Augustin Calmet, on y trouve matière à une véritable topographie du mysticisme occidental. Citons par exemple Le livre des subtilités des créatures divines d'Hildegarde de Bingen.
La collection KRISIS, collection d'essais philosophiques, est essentiellement dédiée à la phénoménologie et à ses développements récents; on y trouve notamment deux essais sur le philosophe allemand Heidegger. Signalons enfin, hors-collection, plusieurs réflexions sur le livre, texte-objet; Tourner la page par Yvonne Johannot ou Les premiers principes de la typographie par Stanley Morison, ainsi que trois récits de voyages, rassemblés dans la collection ORBITA.
Les Editions Jérôme Millon proposent également la première réédition depuis sa parution à compte d'auteur en 1821 de l'autobiographie de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets ou Tous les démons ne sont pas de ce monde, très véridique histoire du Grand Inquisiteur des fantômes, persuadé sa vie durant d'avoir reçu pour mission de débarrasser la terre des farfadets. Pour Berbiguier, les farfadets sont partout et responsables de tout; des petits malheurs quotidiens qu'il décrit par le menu, comme des catastrophes naturelles. À longueur, d'années, infatigable, Berbiguier va mettre au point, fébrilement, des méthodes infaillibles pour exorciser les démons qui se sont donnés pour but de perdre les hommes; ce sont des coeurs de boeuf lardés d'épingles et frits dans l'huile, des petites bouteilles remplies de jus de tabac où il enferme les farfadets imprudents qui n'ont pas échappé à ses coups d'épingle nocturnes, ou encore des feux rituels d'herbes aromatiques qui empestent le voisinage mais éloignent, le temps d'une promenade, les nuées néfastes. Cas clinique exemplaire pour les spécialistes, Berbiguier surprend néanmoins par le courage dont il fait montre pendant un calvaire de plus trente ans qu'il relate sans réel talent littéraire, mais avec, parfois, un humour que n'eurent pas toujours ceux qui pensèrent abuser de sa crédulité.
Éditions Jérôme Millon, 3 place Vaucanson, F-38000 Grenoble, France.

(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Études Lovecraftiennes n°9, 1991.

Jean-Luc Buard signe un article remarquablement documenté (oserai-je dire, comme à son habitude?) sur l'hypothétique relation épistolaire entre Lovecraft et Jacques Bergier. En 30 pages de texte et 9 pages de notes il a choisi, avec force détours, de tenter de cerner le personnage de Bergier; tâche ardue que de démêler le vrai du faux dans une biographie surréaliste, à la mesure du personnage du Derleth français. Beau travail de synthèse que cette mise en lumière des diverses facettes du co(?)-rédacteur du Matin des Magiciens, inventeur du réalisme fantastique et... de Lovecraft en France. signalons encore une étude également fort documentée de Michel Meurger sur le thème des monstres-îles dans la littérature. En quelques numéros, Études Lovecraftiennes a ainsi constitué la base d'une référence thématique originale dans le fandom.
Joseph Altairac, 57 rue de Stalingrad, 95120 Ermont.

(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Popol Vuh, les musiciens de l'aube.

«...Il existe pourtant une poésie musicale qui provoque dans le fond de l'âme un jeu varié de mouvements.» Novalis
Les transhumances humaines s'activent sous l'ancien reflet des dieux. Certains agapes se célèbrent encore dans les murs du château de Nosferatu, et le coeur du monde est un coeur de verre où chantent des tribus abandonnées. Popol Vuh a sûrement touché du doigt l'un des rayons de l'aube dorée des grands mythes, ceux que le romantisme allemand du 18e et du 19e siècle s'est exercé à, recueillir et à porter jusqu'aux légendes individuelles. Popol Vuh, comme dans cette traînée poudreuse que nous ont laissé certains passages de Kraftwerk, Neu ou Schulze dans les années 70, et même Can, ce ravage étonné et inquiétant du rythme taillé dans le roc(k) telle une pierre primitive et ritualisée, nous laisse aussi entendre ces mots que Clemens Brentano, mort en 1842, écrivait à propos de Beethoven: Voici chanter de mon âme Les étoiles étincelantes, Sur le rythme qu'un dieu me bat. Tous les soleils de mon coeur, Les planètes de ma joie, Les comètes de ma douleur Résonnent clair dans ma poitrine.
Popol Vuh, un mouvement de l'âme, eine Andere Welt.
Christian Hibon
(Feuille de liaison n°2, 1991)

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Alain Roussel, au bord du monde.
«Il tient des réunions secrètes au milieu de la foule. Des mannequins désabusés lui ont enseigné les gestes. Des bars, il aime les coins obscurs. Le bois écorché des tables le tient en alerte. Dans les volutes d'un cigare négligemment fumé, il trouve un brouillard complice. Il a pour bagages certains replis du fleuve. Il en emporte aussi les reflets, le parfum du soir oublié quelque part sur la berge. La bordure usée d'un trottoir lui sert de piste dans la jungle familière. L'ombre qui cerne le vieux clocher dans la lumière assassinée d'une fin d'après-midi lui rappelle vaguement l'exil. Il y a derrière chaque gare des rails nouées qui ressemblent aux lignes de sa main: il fait partie du complot.»
La légende anonyme, Alain Roussel.
Depuis que nous savons que la terre est plate, l'homme a toujours inventé un paysage à sa mesure, montagnes, ruisseaux, ou simple pavé de la rue, horizon même, ses légendes sont là pour en tracer la démesure, comme une approche trop intime du secret. Depuis que les villes se maquillent aux phares de la nuit, que les pas s'installent entre deux pierres qui sont un regard, l'homme continue à avancer à l'intérieur d'une histoire aussitôt quittée au détour de son premier souffle, l'histoire du monde, des étoiles, comme une fine poussière sur le corps, l'histoire d'une vie laissée à l'air libre mais inquiétée par le sortilège de la distance la plus pure. Depuis que nous savons que la terre est infinie, certains hommes sont allés jusqu'au pays des nerfs, certains y laissent des plumes, d'autres leur double, Alain Roussel revient intact du pays des mots.
Christian Hibon


La légende anonyme, Alain Roussel, éditions Lettres Vives, collection Entre 4 Yeux.

(Feuille de liaison n°2, 1991)


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