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Henri Hertz (1875-1966)

Rendons à César ses lauriers: Henri Hertz ne nous tombe pas du ciel, c'est Michel Décaudin, le spécialiste d'Apollinaire, qui a procédé à ces retrouvailles en éditant chez Flammarion dans les années 1970 un recueil étonnant, Le Guignol horizontal, puis en 1982 chez l'éditeur de poésie Guy Chambelland Sept nouvelles. Le Guignol horizontal au titre plus qu'étrange recouvrait cinq récits déroutants dont le texte éponyme qui met en scène Dieu et Newton observant la terre, un bijou d'originalité, et l'extraordinaire «Charmé» qui devrait suffire à attirer de nouveaux lecteurs à cet auteur trop longtemps négligé.

Hertz est né le 17 juin 1875 à Nogent-sur-Marne où son père militaire est en garnison. Le métier des armes impose à sa famille une vie itinérante qui la conduit à Rennes. Là, le jeune Hertz devient le condisciple et l'ami d'Alfred Jarry. Taquiné par la muse, il offre aux journaux locaux des écrits qui sont régulièrement refusés, si on en croit Léon Treich et son Almanach des lettres françaises et étrangères (1924). Des années de recherche poétique, largement inédite, s'entassent dans des cartons avant qu'Henri Hertz élargisse la gamme de ses écrits: roman, nouvelle, critique littéraire ou théâtre vont lui permettre de s'exprimer et d'obtenir de raisonnables succès.

Installé à Paris en 1895, il entame aussitôt une collaboration avec la Revue générale internationale de Louis Gastine. On retrouve sa trace six ans plus tard avec un autre récit, les «Contes de la soif» publié dans les pages de la Revue des indépendants. Cette même année 1901, il entre à la Revue blanche qui est sur le point de défaillir, avec une nouvelle, «Le Prisonnier». C'est à cette époque qu'il produit les vers qui formeront un volume chez le prestigieux éditeur Léon Vanier en 1906. Léon Treich, décidément bien informé, nous apprend qu'il écrivait derrière un guichet de son employeur, la Banque de Paris et des Pays-Bas.

En 1907, peut-être avant, Hertz fréquente Apollinaire chez lequel il fait la connaissance de Max Jacob, le bon génie de la littérature nouvelle. Il racontera en mars 1920 cette rencontre dans la revue Action de F. Fels et M. Sauvage. En 1909, paraît sa pièce Les Mécréants mais elle est réputée injouable car elle réclame trop de figurants. Deux ans plus tard, ce sont Les Apartés pleins de sombres pressentiments et d'humour grinçant qui suscitent l'intérêt de Georges Duhamel et Henri Ghéon. Ses vers qui l'apparentent à l'école fantaisiste de Carco, Derême et Vérane sont remarqués. Max Jacob, notamment, le tient pour «l'un des plus singuliers [écrivains] du moment» et dit à propos de son oeuvre: «Il y a là-dedans, tout! -- dadaïsme... Gidisme et tout le naturalisme au complet.» Quant à Apollinaire, il évoque avec beaucoup de verve le jeune poète dans sa conférence sur «La Phalange nouvelle» prononcée le 25 avril 1908 dans les serres de la ville de Paris:

Henri Hertz est un poète, un poète marin. Son âme, que composent sans doute les âmes de Corbière et de Laforgue, a les caprices de l'Océan qui, fluide et immense, vit partout à la fois, qui dort, qui se réveille, qui court à l'assaut des récifs, qui bondit dans les abîmes. La mer n'habite pas seulement les gouffres qui lui paraissent destinés; elle déborde et engloutira l'une après l'autre toutes les villes. Les nuages la portent et la secouent, en pluie, en grêle, en neige. Elle relie la terre au ciel.
   Lorsque Henri Hertz eut fait paraître son recueil de Quelques vers, il l'envoya aux poètes célèbres, aux écrivains illustres, aux critiques orgueilleux et aux revues!
   C'était l'usage.
   Les revues ne parlèrent point de Quelques vers, et il ne se trouva dans Paris, dans la France toute entière qu'un seul homme, M. Paul Adam, qui prît peine d'adresser à Henri Hertz sa carte de visite, sur laquelle il avait fait écrire un banal compliment. Et cependant, il s'agissait là de poèmes d'une force et d'une puissance trop rares aujourd'hui.
«Tiraillé entre l'ironie et l'attendrissement, écrit M. Décaudin, la mélancolie et la confiance en l'avenir [...] Henri Hertz est au carrefour des incertitudes et des espérances de la poésie moderne.»

   Sorties, un recueil de récits livré en 1921 montrera Hertz justement plus proche d'Apollinaire et de Jacob que des fantaisistes. Pourtant il semble toujours se refuser aux groupes et aux écoles malgré son amitié avec Jean Royère, le directeur de La Phalange ou d'André Spire. En leur compagnie, il joue un rôle important dans le renouveau de la «pensée littéraire de gauche» (en opposition au néo-classicisme maurrassien). Il est singulier, patient et ne semble pas aspirer à la gloire. C'est un perfectionniste qui préfère aux projecteurs d'un jour le lent travail du temps. Son activité littéraire se caractérise par un polissage de ses écrits qu'il reprend inlassablement. Sa prose ira en se simplifiant, ses romans se «syncoperont», se dépouilleront et procéderont par images et ellipses. «Charmé» en dit long sur le métier de cet artisan méticuleux, soucieux de produire des morceaux de qualité. Pour cette raison, le Prix Mallarmé couronnera l'ensemble de son oeuvre en 1928... avant qu'elle sombre dans une indifférence quasi générale.

   Critique littéraire influent des années 1930, il tient la chronique «Panorama des livres» de la revue Europe, il donne des pages sur Jarry, Barbusse, Laforgue, Apollinaire, Max Jacob, le travail ne lui fait pas défaut. Lorsque la guerre se déclenche, il s'engage dans la résistance juive et disparaît peu à peu de la scène littéraire -- seul, il faut le noter, le milieu poétique ne le négligera pas -- jusqu'à ce mois d'octobre 1966 où il s'efface tout à fait.

Bibliographie :
 
  • Quelques vers (Léon Vanier, 1906).
  • Les Mécréants, mystère civil en quatre actes (Bernard Grasset, 1909).
  • Les Apartés (Éditions de la Phalange, 1912).
  • Aux abords de la ligne Hindenburg, avril-mai 1917. Abris et systèmes de défense allemands (Films Silf, 1917).
  • La Libération du territoire français par les armes, conférence illustrant les vues prises par la section photographique de l'Armée (Films Silf, 1918).
  • Henri Barbusse, son oeuvre, étude critique (Éditions du Carnet-Critique, 1919).
  • Degas (Félix Alcan, 1920).
  • Lieux communs, poèmes (éd. William-Luc, Cahiers de l'Artisan n°2, 1920).
  • Sorties, neuf histoires (Rieder, 1921).
  • Le Guignol horizontal (galerie Simon, 1923; Flammarion, 1972).
  • Vers un monde volage (Marcel Seheur, 1926).
  • Le Jeu du Paradis (Gallimard, 1927).
  • Enlèvement sans amant (Rieder, 1929).
  • Passavant (éd. La Vie réelle, 1938).
  • Impressionnistes (Londres, Phaidon, 1952).
  • Tragédie des temps volages, contes et poèmes, 1906-1954 (1955, Seghers).
  • Sept nouvelles (Guy Chambelland, 1982).
  • Henri Hertz a collaboré aux revues suivantes, livrées sous réserve d'inventaire: Action, Art et décoration, Art in America and elsewhere, Choses de théâtre, la Chronique des Livres, La Démocratie sociale, le Disque vert, L'Effort libre, Esprit, Europe, Le Festin d'Esope, Les Feuillets inutiles, l'Illustration juive, les Lettres pari-siennes, Litterary review, Living age, Menorah Journal, le Mercure de France, le Monde nouveau, la Nouvelle Revue française, La Phalange, la Revue Blanche, la Revue de l'époque, la Revue des indépendants, la Revue générale internationale, la Revue juive, la Revue mondiale, Signaux de France et de Belgique, les Solstices, les Trois Roses, La Vie des lettres, la Vie réelle, Visages du monde.
     
    Sur Henri Hertz on peut consulter :
     
  • Léon Treich, Almanach des lettres françaises et étrangères (Crès, 1924, tome II).
  • André Spire, «Un précurseur: Henri Hertz», Europe (n°116-117, août-septembre 1955, p. 192-198).
  • Apollinaire, «La Phalange nouvelle» in Oeuvres en prose complètes (Gallimard, 1991, «La Pléiade»).
  • Poésie vivante (n°33).
  • De Henri Hertz, La Clef d'Argent a publié: «Charmé».
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