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Wilkie Collins (1824-1889)
 
Note: le texte qui suit, publié à l'origine en 1990 n'est naturellement plus le reflet des connaissances actuelles sur W. Collins.

De Collins, on sait généralement qu'il fut un écrivain anglais du XIXème siècle. D'aucuns croient savoir qu'il fut plus précisément un auteur populaire ayant grandi à l'ombre du génial et colossal Dickens, tandis que d'autres voient en lui l'un des ancêtres du roman policier. On le situe tout près du Français Emile Gaboriau, ce dernier représentant, à partir du conte policier proprement dit inventé par Poe, le versant roman-feuilleton, Collins représentant, lui, plutôt le côté roman de mystère à intrigue plus sophistiquée.

Né le 8 janvier 1824, William Wilkie Collins est le fils aîné du peintre paysagiste William Collins. De la Royal Academy, s'il vous plaît, ce qui laisse supposer, outre une certaine aisance, un style de vie sans doute des plus conformistes. Ses biographes nous décrivent le jeune William comme un enfant solitaire, au physique pour le moins ingrat. William, donc, ou plutôt Wilkie, comme il en adoptera plus tard l'usage exclusif (ainsi nommé à cause d'un ami proche de son père, le peintre Sir David Wilkie), de même que son frère cadet Charles, seul autre enfant de la famille, subit d'abord la coupe de son pater familias, à l'ego pour le moins sourcilleux et envahissant. Puis il est placé dans une école privée de Highbury, où il connaîtra selon ses déclarations, "l'enfer sur terre". Ses premières envies d'écrire lui viennent dès l'adolescence. Cependant, il faut se conformer aux dures réalités de la vie, et c'est ainsi que William père himself décide de placer son fils comme apprenti dans une fabrique de thé (Antro-bus and Co., Tea Traders), subodorant une carrière commerciale pour son rejeton.

Wilkie, lui, pensa déjà à la rédaction d'un roman sur la Rome antique. Père et fils transigeront et Wilkie se tournera vers le droit en 1846, études qui seront même sanctionnées par un titre d'avocat en 1851. On ne sache pas qu'il ait jamais plaidé (parallèle étrange avec, par exemple Joseph Sheridan Le Fanu, de dix ans son aîné), mais il va désormais être toute sa vie fasciné par les grandes affaires, les mystères et les mécanismes de la procédure.

À la mort de son père, en 1847, Collins est, par testament, chargé d'une tâche bien particulière: rédiger et publier une biographie officielle du défunt, dans la plus pure tradition victorienne. L'ouvrage sera mené à terme et paraîtra à compte d'auteur en novembre 1848 (Memoirs of the life of William Collins). Désormais, Wilkie est libre de contempler ses propres horizons. C'est un garçon timide et renfermé, qui continue d'habiter à Tavistock, dans les quartiers "comme il faut" de Londres, avec sa mère, sur qui il veillera toute sa vie.

Charles, son jeune frère, montrera aussi quelque engouement littéraire, mais il est pour l'heure surtout occupé à courtiser la fille du grand Dickens, Kate, qu'il épousera en 1860. C'est le début d'une longue amitié qui devait durer vingt ans, même si l'impossible Dickens finit par prendre plus ou moins ombrage de la gloire persistante de celui qui était également devenu son beau-frère. Collins avait seulement publié jusque-là Antonina, or the fall of Rome (février 1850), roman manifestement inspiré par Les derniers jours de Pompei de Bulwer-Lytton, mais qui n'avait pas connu grand succès. C'est donc avec empressement qu'il accepte l'offre de Dickens de publier des textes dans les revues qu'il anime. La première contribution de Collins, destinée à Household Words, sera une de ses nouvelles les plus sinistres, "A terribly Strange Bed." Il s'agissait en fait de son deuxième texte, le premier, "The Twin Sisters", étant paru en 1850 dans le Bentley's Miscellany.

Dickens et Collins écriront ensemble quelques oeuvres mineures mais ont, en fait des opinions très divergentes concernant la littérature. Dickens, en particulier, ne cesse de fulminer contre la psychologie prônée par Collins, où il ne voit qu'une influence pernicieuse des "romans français."

En 1852, les deux hommes gagnent le continent, où Collins affectionnait particulièrement Paris, où il aimait à déambuler, ravi, le long des quais de la Seine pour parcourir l'étal des bouquinistes installés le long des berges et admirer d'un oeil luisant les brochures que l'on trouvait en vente partout et qui relataient toutes les grandes affaires criminelles agitant alors l'opinion.

En novembre 1852, paraît Basil, le premier de ses romans contemporains, histoire d'amour, de haine et de revanche dont Van Thal, dont il faut cependant manier les affirmations avec précaution, estime que s'il avait été publié en France, Collins aurait été considéré comme un des chefs de file de l'école réaliste. Nous voilà prévenus.
En janvier 1855, Dickens offre à Collins la direction de Household Words. Parallèlement, Collins publie divers romans qui n'ajouteront rien à son nom.

Jusqu'ici, on ne peut pas dire que la vie ou la trajectoire de notre homme soient des plus follement délirantes, il faut l'avouer. Détrompez-vous et méfiez-vous des eaux calmes car voici qu'à la fin de l'été 1855 les événements prennent un tour bien singulier sur lequel il faut s'attarder un peu. En compagnie de son frère Charles et du peintre préraphaélite J. E. Millais (dans la biographie duquel on trouve l'anecdote rapportée, une des rares allusions à la vie privée de Collins), Collins décide d'effectuer pedibus cum jambis une petite promenade nocturne pour digérer après un repas tardif. Les trois compères passent ainsi devant la grille d'une grande maison de Regent's Park, non loin du domicile de Collins, d'ailleurs, tant ceci illustre qu'il peut vous arriver n'importe quoi au coin de la rue. Un long cri d'horreur retentit et, par la grille, surgit dans la rue une créature entièrement vêtue de blanc et qui semble flotter, plutôt que marcher. La femme s'approche d'abord d'eux, une supplication muette dans les yeux, puis s'enfuit et disparaît au coin de la rue.

Intrigué, Collins revient le lendemain même sur les lieux et entreprend sur-le-champ une enquête qui lui apprend bientôt que la "femme en blanc" s'appelle Caroline Graves, née Courtenay. La doulce aurait été (l'affaire est ténébreuse) séquestrée dans la grande maison avec son bébé par son mari (ou son amant, les sources diffèrent), sorte de demi-fou selon elle. Quelques jours plus tard, Collins l'arrache à son sort et... s'installe en ménage. Voilà tout de même un bien curieux itinéraire pour un rat de bibliothèque, barbu et binoclard, qui n'a jusque-là vécu qu'avec sa mère. On imagine l'effet qu'une telle attitude pouvait produire en pleine époque victorienne. D'autant que notre Wilkie ne s'arrêtera pas là et, un an plus tard, lorsque Caroline demandera le mariage - perspective qui l'effrayait, malgré tout - il récidivera à corps perdu dans une nouvelle aventure amoureuse avec une certaine Martha Rudd, à qui, sans qu'ils soient mariés, il fera trois enfants, qui recevront le patronyme de Dawson. Wilkie ne cessera pas pour autant de voir Caroline Graves, dont il aura une fille, Hariette, et avec qui il est d'ailleurs enterré.

De la réalité à la fiction, il n'y avait qu'une porte ouverte à enfoncer et, en 1857, il entreprend la rédaction de The woman in White, son premier chef-d'oeuvre. Publié d'abord en feuilleton dans l'une des revues de Dickens, de novembre 1859 à octobre 1860, le succès est énorme, la foule se presse à chaque livraison et chacun veut connaître le secret de la "Dame en blanc." Les trois volumes de l'édition en librairie, novembre 1860, s'arrachent en quelques jours. La réputation de Collins est faite.

En ce qui concerne l'art de Wilkie Collins, tel qu'il apparaît avec ce premier succès, il faudra citer François Rivière quasi in extenso:  "... Mais il y a d'abord la construction remarquable de La Dame en blanc, sa structure qui nous ramène à la fascination de l'auteur pour les procès et de l'astucieux profit qu'il fait de l'enchaînement des témoignages... Collins monte sa fiction de façon cinématographique avant la lettre, par souci à la fois de lisibilité et d'ambiguïté. L'intrigue... est poussée à bout et enveloppée d'une thématique... engendrée... par la vie même de l'auteur, en ses plus secrets fantasmes. La disposition même du récit, amorcé par X., repris par Y., amendé par Z., mis comme entre parenthèses pour mieux assoiffer le lecteur,... permet l'effet dont parle Borges: les protagonistes, qui ressemblent à des témoins déposant à la barre, décrivent une action seulement visible pour nous en pointillés, de loin, mais perçue par des caractères qui façonnent et refaçonnent sans cesse la matière même de la fiction."

L'ouvrage lui apporte gloire et aisance et, en 1863, Collins peut abandonner All The Year Round, revue fondée par Dickens après une querelle avec les éditeurs de Household Words.

Il était difficile de soutenir le rythme de La Dame en blanc et l'ouvrage suivant, No Name (1862), bien que véritable tour de force, ne rencontrera pas le même succès. C'est une histoire très complexe racontant les malheurs d'une jeune fille qui se voit spoliée de son héritage car ses parents ne sont pas mariés.

Nous connaissons bien en France The Moonstone, le troisième de ses grands romans ténébreux, paru en 1868. C'est l'une des pierres du roman policier actuel et sa réputation se situe au même niveau que The Woman in White. D'abord impressionné, Dickens confiera un an plus tard à William Gorman Wills: "Je suis tout à fait de votre avis au sujet de The Moonstone. La construction en est fastidieuse au possible et l'ouvrage est d'une insupportable vanité." On tempérera ces emportements en faisant remarquer que The Mystery of Edwin Drood, ouvrage inachevé de Dickens, ressemble comme à un frère à The Moonstone. Il est même typiquement collinsien.

Comme The Woman in White, le roman paraît d'abord en feuilleton, cette fois dans All the Year Round, et connaît aussitôt un succès comparable. Le roman est inspiré d'un cas réel, l'affaire Constance Kent, jeune criminelle de 13 ans qui avait occis son frère et dont les aventures avaient défrayé la chronique en juin 1861. Comme pour La Dame en blanc, La pierre de lune repose sur une série de dépositions de témoins, principaux protagonistes de l'affaire, le tout venant se mêler à une malédiction censée s'acharner sur les possesseurs successifs d'un fabuleux diamant, la fameuse "pierre de lune."

Riche et reconnu, Collins est cependant malade, sérieusement malade, souffrant de divers maux qu'on qualifierait aujourd'hui de psychosomatiques. Pour calmer les épisodes douloureux qui l'assaillent périodiquement, Collins s'est tourné très tôt vers un vieux compagnon, paternel mais retors, le laudanum, dont il finira par avaler des quantités invraisemblables à la fin de sa vie. Pour avoir une idée des affres et des inspirations provoquées par une drogue, on consultera avec profit la bible de De Quincey, Confessions d'un mangeur d'opium , ou certains textes de Jean Lorrain. Collins ne se laisse cependant pas abattre mais continue d'aligner imperturbablement gros roman sur gros roman, dont aucun ne rencontrera le succès de ses deux chefs-d'oeuvre.

Il est un troisième roman, peu connu celui-là, mais qu'il faut cependant citer car il fait partie de la trilogie noire dont nous parlions plus haut. Mis par certains, S.M.Ellis en particulier, pratiquement au même rang que La Dame en blanc, Armadale a été publié en 1866. [...]

Collins ne s'est jamais marié et sa vie privée a toujours été un mystère aussi épais que les intrigues de ses ouvrages.

À la fin de sa vie, épuisé physiquement, rongé par le laudanum, Collins devient peu à peu un reclus (autre parallèle avec Le Fanu, un troisième étant l'importance attachée aux rêves). Il ne tint jamais le moindre journal et les seuls documents qui lui aient survécu, sont en ce sens de peu d'intérêt: ses lettres à Dickens parlent surtout de leurs activités communes et ne nous révèlent rien du personnage lui-même.
 

Gérard Coisne (extraits de la préface à Monkton le fou)
Mini bibliographie de Wilkie Collins

De 1995 à 1996, l'oeuvre de W. Collins a été en partie rééditée par les éditions Phebus et Ombres:
 

  • La dame en blanc (The Woman in White), trad. de l'anglais par L. Lenob, Paris, Phebus, 1995, 554 p.
  • Pierre de lune (The Moonstone), trad. de l'anglais par L. Lenob, presenté par Charles Palliser, Paris, Phebus, 1995, 510 p.
  • Qui a tue Zebedee?, nouvelles, trad. de l'anglais par Alexandre Mehl, Toulouse, Ed. Ombres, 1995, 183 p.
  • Sans nom (No Name), trad. de l'anglais par Émile Forgues, Paris, Phebus, 1996, 829 p.
  • Armadale (Armadale), trad. de l'anglais par E. Allouard, préf. de Michel Le Bris, Paris, Phebus, 1996, 782 p.
  • Wilkie Collins, presenté par Francois Rivière, Paris, Librairie des Champs-Elysées, 1996, 1436 p.

  • Réunit, "La dame en blanc", trad. de "The woman in white" par L. Lenoir; "Le secret", trad. de "The secret" par Old Nick (pseudonyme de Émile Forgues); "Mari et femme", trad. de "Man and wife" par Charles Bernard Derosne.
    Wilkie Collins sur Internet

    Parmi les nombreux sites consacrés à Wilkie Collins, signalons (en langue anglaise):

  • Wilkie Collins Appreciation Page de David R. Grigg. On y trouve d'importantes notes biographiques, l'actualité de Wilkie Collins dans les médias, et des liens vers les autres sites collinsiens ainsi que vers les principales librairies en ligne où on peut se procurer les oeuvres du King of Inventors ou les ouvrages qui lui sont consacrés.
  • Wilkie Collins de Paul Lewis. On y trouve une bibliographie très complète, ainsi que des liens vers les nombreux textes de Collins disponibles en ligne: outre les classiques, citons parmi les curiosités: la préface française inédite à The Woman in White, ou le testament de Wilkie Collins.
  • De Wilkie Collins, La Clef d'Argent a publié: Monkton le fou.
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